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  [Des employeurs pro-vélo]
Ça roule!
par Sylvie L. Rivard

Se rendre au boulot à vélo, la belle affaire! Certains employeurs ne tolèrent pas l'ombre d'un guidon au bureau, d'autres boudent l'aménagement de supports ou d'enclos sécuritaires. Tout de même, des entreprises qui aiment les cyclistes, ça existe!

Garer un vélo Marinoni de 3 000 $ à la porte du bureau? C'est ce que peut faire le personnel de l'Hôpital général de Montréal, un des rares employeurs de la région métropolitaine à faire la part belle aux cyclistes. En plus de supports à vélo extérieurs, la direction a installé une dizaine de casiers à vélos tout ce qu'il y a de plus sûr. Chaque abri est muni d'un cadenas et est complètement fermé pour protéger les bicyclettes des intempéries ou des voleurs.


«Ce sont véritablement des condos de luxe pour vélos! dit Robert Giguère, chef de service et responsable des stationnements et des terrains. Cette idée est l'initiative de plusieurs personnes qui venaient travailler à vélo.» L'Hôpital, qui doit parfois dérouler le tapis rouge pour attirer infirmières ou médecins, considère ces casiers comme un atout. «Les stationnements sont engorgés, précise Robert Giguère. Certaines personnes ne sont prêtes à venir travailler ici que si nous leur promettons une place pour garer leur voiture ou une autre option de transport.» La location d'un casier coûte 50 $ par saison aux utilisateurs.

Promo-vélo
À Montréal, plusieurs initiatives favorisant l'utilisation du vélo comme moyen de locomotion ont vu le jour grâce au programme «allégo» du ministère des Transports du Québec, géré par l'Agence métropolitaine de transport (AMT). Ce programme vise à améliorer l'accès aux lieux de travail en privilégiant des solutions de remplacement à la voiture. La Cité Multimédia a notamment reçu l'un des prix d'excellence «allégo» pour avoir entre autres aménagé des enclos à vélos intérieurs en plus d'une quarantaine de supports à l'extérieur.

«C'est clair qu'il y a plus de personnes qui viennent travailler à vélo depuis que nous avons aménagé ces installations, estime Bernadette Brun, coordonnatrice en transport au Centre de gestion des déplacements de la Cité. Pour nous, il était important de trouver une autre solution que ¨l'auto-solo¨ [un voyageur par voiture]. Nous diffusons des informations complètes sur le vélo dans notre site Internet, nous en faisons la promotion et nous participons au Jour V de Vélo Québec [journée consacrée à la promotion des déplacements à vélo].» L'initiative de la Cité Multimédia a inspiré quelques entreprises qui y logent, dont la compagnie Les Systèmes Proxima, qui a fait installer douches et vestiaires sous son toit.

Mais les employeurs qui facilitent la vie de leurs employés cyclistes ne sont pas légion. Parmi ceux qui ont aménagé des installations de stationnement, la sécurité varie d'un endroit à l'autre. Le quotidien La Presse, par exemple, possède un enclos à vélos clôturé, balayé par une caméra et accessible seulement aux employés qui en font la demande. D'autres employeurs ont opté pour des supports à vélos ou libéré des espaces dans le garage souterrain, souvent surveillés par une caméra ou un patrouilleur. C'est le cas de Softimage, du siège social d'Alcan au centre-ville de Montréal et des bureaux d'Hydro-Québec à la Place Dupuis. Ces deux derniers endroits disposent aussi de douches et de vestiaires.

Le pied sur le frein
Nombreux sont les patrons qui encouragent leurs employés à cesser de fumer ou à s'abonner à un centre de conditionnement physique. Mais les incitations à enfourcher la bicyclette vers le travail demeurent encore timides. Pourtant, selon les spécialistes, qui dit cyclisme dit aussi hausse de productivité… et baisse d'absentéisme. Ce n'est pas le seul avantage des deux-roues : en ville, sur un circuit de 5 à 10 kilomètres, les vitesses de parcours des cyclistes et des automobilistes sont équivalentes. C'est un moyen de transport écologique, économique et rapide.

Selon Pierre Vermette, coordonnateur au développement du Réseau Vélo métropolitain chez Vélo Québec, les principales réticences des employeurs ont trait aux coûts d'aménagement des installations, au manque «présumé» d'espace et à l'idée farfelue que les employés n'ont pas besoin de telles installations. «Ils ne se rendent pas compte du coût de l'espace du stationnement automobile, déplore-t-il. C'est comme si c'était gratuit, alors qu'un seul emplacement coûte des milliers de dollars!»

En tenant compte de l'acquisition du terrain, de l'asphaltage, du déneigement, de l'entretien et des taxes municipales, un espace de stationnement extérieur pour une seule voiture coûte, dès le départ, un minimum de 6 000 $, renchérit son collègue Patrick Howe, attaché de presse chez Vélo Québec. «Dans un stationnement souterrain, cela coûte même de 10 000 $ à 25 000 $. Or, une seule case-auto peut facilement contenir 10 vélos! Si l'on tient compte de l'espace, du support et de la dalle de béton, le coût unitaire d'une case-vélo n'est que de 100 $.»

Deux poids, deux mesures
Automobilistes et cyclistes : deux poids, deux mesures? Michel Labrecque, président de l'événement Montréal en lumière, ancien président du Groupe Vélo et ardent défenseur du transport sur deux roues, en est convaincu. «Les employés qui se déplacent en voiture ont un avantage sur les autres. Le stationnement fourni n'est pas toujours comptabilisé comme un avantage salarial et est donc exempt d'impôt. Il pourrait y avoir des déductions fiscales reliées à l'usage ou à l'achat d'une bicyclette, par exemple. Les gouvernements et les entreprises québécoises n'en sont pas là du tout!»

Le Groupe Vélo - qui regroupe Vélo Québec, Le Tour de l'Île de Montréal et Les Éditions Tricycle - donne d'ailleurs l'exemple : les membres de son personnel qui utilisent le vélo comme principal moyen de locomotion ont droit à une allocation annuelle symbolique de 100 $. Mais dans la région de Montréal, peu d'employeurs ont mis en place de telles méthodes.

Québec est encore plus loin derrière, constate Pascal Laliberté, chargé de projet à Vivre en Ville, un organisme de la capitale qui fait la promotion du développement durable. «En plus du manque chronique d'infrastructures pour accueillir les vélos dans les entreprises, nous avons des rues en pente et un climat qui rebutent plusieurs cyclistes!» Mais avec un peu de volonté, propose-t-il, «il pourrait y avoir une navette pour vélos, des supports extérieurs à l'avant des autobus ou un tapis roulant pour monter certaines rues. C'est notamment le cas à Trondheim, en Norvège.»

À Montréal, Laval et Longueuil, le projet pilote Taxi+Vélo a permis d'équiper une centaine de taxis de supports à vélos. Lancé l'an dernier pour une période de deux ans, le projet s'inspire du Danemark, où tous les taxis sont munis en permanence de supports. Un autre projet expérimental, celui-là signé AMT, peut aussi inciter certains travailleurs à marier le vélo au train de banlieue : depuis juillet 2001, les gares de la ligne Montréal/Deux-Montagnes (à l'exception de la gare Centrale) sont ouvertes aux bicyclettes. Accros du 9 à 5 s'abstenir car, comme dans le métro de Montréal, les vélos ne sont pas admis durant les heures de pointe, soit avant 10 h et entre 15 h et 19 h.

Il reste un long chemin à parcourir pour tendre vers l'exemple des pays scandinaves, où les mesures favorisant les déplacements sur deux roues font le bonheur des cyclistes. Le premier pas que les travailleurs cyclistes peuvent faire est d'exiger de leurs employeurs un espace de stationnement protégé. Les syndicats et les différents comités au sein des entreprises peuvent jouer un rôle de premier plan dans ces revendications, disent les spécialistes. Chose certaine, les travailleurs cyclistes ont avantage à pédaler un bon coup pour garder la forme dans cette aventure…


[Vélos à temps partagé]

Les villes de Saint-Hyacinthe, Victoriaville et Hull - et, dès cet été, Cowansville - mettent gratuitement des vélos communautaires à la disposition des citoyens.

La plupart de ces projets fonctionnent sous forme de prêts et sont le fruit d'initiatives des municipalités ou d'organismes communautaires. Par exemple, à Saint-Hyacinthe, la Maison des jeunes et la Ville ont développé un concept original. Les bicyclettes provenant de l'encan municipal sont peintes en jaune et parachutées un peu partout. Un travailleur qui en trouverait une sur son chemin pourrait l'utiliser jusqu'à son lieu de travail. Après sa journée, il pourra l'enfourcher de nouveau, à moins qu'un autre utilisateur ne soit déjà monté en selle…


[Au Danemark, le vélo est roi…]

À Copenhague, au Danemark, emprunter un vélo est un jeu d'enfant. On peut le faire dans plusieurs points de prêt en glissant 20 couronnes (environ 4 $) dans une distributrice. Après la promenade, le cycliste remet l'engin dans l'un des points de service pour récupérer sa mise.

En fait, la bicyclette règne en maître dans la ville! En 2000, le tiers des travailleurs y adoptaient la bicyclette pour se déplacer de la maison au boulot. Tout le monde l'enfourche. Au ministère de l'Environnement, un espace de stationnement est même réservé pour «la bicyclette du ministre»!

Partout au Danemark, les taxis sont équipés de supports à vélos. Ces derniers sont d'ailleurs les bienvenus dans tous les moyens de transport en commun… même pendant les heures de pointe. Quant aux ateliers de réparations pour bicyclettes, ils sont aussi communs que nos dépanneurs!

Dans les autres pays scandinaves, pour éviter les problèmes de cohabitation entre automobilistes et cyclistes, la plupart des grandes villes déneigent leurs pistes cyclables l'hiver.

(Sources : Le Guide du routard 2001-2002, Le Monde à bicyclette, Groupement des autorités responsables de transport, Vélo Québec.)


[… mais en Asie, il perd du terrain]

L'image traditionnelle de l'Asie sur deux roues a pris un sérieux coup de vieux ces dernières années. Jadis moyen de transport privilégié d'une grande partie des citadins asiatiques - entre autres pour des raisons économiques -, le vélo cède de plus en plus la place à l'automobile dans la plupart des grandes villes chinoises, japonaises ou coréennes. Les politiques de transport axées sur les déplacements en voiture ainsi que l'essor de l'urbanisation expliquent en partie ce phénomène.

(Sources : International Bicycle Fund, Center for Renewable Energy and Sustainable Technology.)


[L'arbre à vélos]

De drôles de fruits poussent dans certains arbres de Genève : des vélos! Inventé en 1995 par un chercheur en médecine qui avait un soir retrouvé son vélo sans selle et sans roue avant, l'arbre-parking permet aux cyclistes de garer leur bécane à cinq mètres du sol, à l'abri de la pluie et des voleurs. L'arbre, qui fonctionne à l'énergie solaire, sert aussi de système de distribution de vélos de location. Après avoir glissé sa carte magnétique pour effectuer son paiement, l'usager de la consigne peut faire descendre un vélo de location ou hisser son propre vélo au moyen de crochets liés à un système de rails verticaux. Inviolable!

Pour en savoir plus : www.bike-tree.ch


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