Avant le mois de février, personne dans mon entourage n'avait eu
le malheur d'être congédié ou mis à pied. Depuis,
autour de moi, on vit de chômage et d'eau fraîche, et on espère
tranquillement le printemps.
Ce fut d'abord une copine, remerciée de ses services dans le domaine
du vêtement pour une raison plus ou moins obscure. Ce fut ensuite
un membre de ma famille, mis à la porte après 20 ans de
loyaux services au sein de la même entreprise. Puis un courtier
en valeurs mobilières, croisé dans un parc en plein lundi
après-midi, me raconta qu'il venait de perdre à la fois
clients et boulot en conséquence de la débâcle boursière
de 2001. Des histoires fort différentes au résultat commun :
un grand sentiment de soulagement.
La copine a vu dans sa perte d'emploi un coup de pouce du destin lui
signifiant qu'il était temps pour elle de faire le point. Malheureuse
dans son choix de carrière, elle s'est sentie délivrée
d'un poids immense quelques minutes à peine après la mauvaise
nouvelle. Elle songe aujourd'hui à redonner un sens à sa
vie professionnelle en travaillant auprès des enfants ou des personnes
âgées moins payant, mais plus enrichissant que le
vêtement. Elle n'est sûre de rien, mais elle prend tout son
temps pour y penser.
Le deuxième, cas-type de l'employé dévoué,
en a encore gros sur le cur. Apprécié de tous, il
a gravi les échelons de l'entreprise au fil des ans, sans compter
ses heures et en étant disponible 7 jours sur 7. Ce qui ne l'a
pas empêché d'être balayé sans considération
lors d'une restructuration. Blessé, il n'en ressent pas moins un
sentiment de liberté depuis longtemps perdu, maintenant que son
téléavertisseur ne sonne plus à toute heure du jour
ou de la nuit.
Quant au courtier, il songe à se recycler en entraîneur
personnel. Mais il n'est pas pressé et c'est son chien qui est
content. À l'aise avec son état de chômeur, il estime
que cette pause forcée l'épargne d'un inévitable
burn-out.
Saviez-vous que la création d'emplois va bon train au Québec?
En janvier dernier, 76 000 emplois ont été créés,
surtout du côté du travail à temps partiel. Il s'agit
de la plus forte augmentation depuis plus d'un an. Jusqu'à maintenant,
le Canada, et plus particulièrement le Québec, semblent
échapper à la déferlante de mises à pied qu'a
connu le marché de l'emploi américain l'an dernier. Mais
la tempête a tout de même provoqué quelques remous.
Des milliers de Québécois ont ainsi perdu leur gagne-pain
au cours des derniers mois, chez Air Transat comme chez Air Canada et
Canada 3000, chez Nortel comme chez Bombardier et Bell Helicopter, dans
l'industrie forestière comme dans les technologies de l'information.
Sans atteindre les mêmes proportions qu'au cours de la dernière
récession, le ralentissement économique a fait suffisamment
de victimes pour que nous leur consacrions un numéro spécial.
Ce petit guide de survie cherche avant tout à vous rassurer. Recevoir
son 4 %, c'est un peu la fin du monde. Mais c'est aussi parfois le
début d'un nouveau, qui pourrait même se révéler
meilleur. Il suffit de savoir nager en eaux troubles. Voici donc quelques
leçons de brasse
Bonne lecture!
Julie Tremblay
Rédactrice en chef