accueil-jobboom accueil-jobboomecrivez-nous
à la uneextraitscarnet webarchivesressources
on sait ce que l'avenir vous réserve

présentation du magazine

 
tarifs publicitaires


emplois général
emplois comptabilité / finances
emplois génie
emplois soutien administratif
emplois technologies de l'information
emplois ventes / service à la clientèle
Votre carrière

retour au sommaire
  [À la une ]
Le travail a-t-il un sexe?
par Sophie Bernard et Nicolas Bérubé
Coordination : Éric Grenier

Depuis qu'elles ont été considérées officiellement comme des «personnes», au début du siècle dernier, les femmes ont parcouru bien du chemin vers l'équité avec leur contrepartie masculine. L'accès au marché du travail a été l'un de ces grands pas.

Toutefois, quand vient le moment de dresser un bilan de la situation des travailleuses, les opinions divergent. Les progrès non négligeables accomplis depuis une trentaine d'années cachent de sérieux ratés. En même temps, les femmes n'ont jamais autant eu accès au marché du travail, dans tous les types et niveaux d'emplois. Elles sont partout : dans les casernes de pompiers, à la tête des plus grandes institutions financières, à l'Assemblée nationale et même dans les sous-marins de l'armée canadienne.

Dans ce dossier, deux journalistes - une fille et un gars - explorent les deux côtés de la médaille.

Selon elle, la lutte des femmes sur le marché du travail est loin d'être gagnée. De vieux réflexes sociaux persistent et les obstacles à abattre sont encore considérables.

Selon lui, les femmes ont vaincu : tout est en place pour mener vers la vraie égalité, ne restent plus que certains irritants qui disparaîtront avec le temps.

Le travail a-t-il un sexe? Une double réalité...


Un pas en avant, deux en arrière

par Sophie Bernard

Depuis 1975, année symbolique s'il en est - c'était l'Année internationale de la femme! -, la situation des femmes sur le marché du travail a évolué de façon phénoménale. Les femmes ont plus facilement accès au marché du travail, elles sont cadres, chefs d'entreprises, dirigent des institutions et d'importantes agences gouvernementales.

Alors de quoi se plaint-on? D'obstacles qui ont la vie particulièrement dure et qui refusent de disparaître : la discrimination, la conciliation travail-famille et l'équité salariale. Derrière les statistiques et les success stories au féminin, l'égalité entre hommes et femmes est encore loin d'être acquise.

Car, s'il y a les Helen Kearns à Nasdaq Canada, Andrée Corriveau au Centre financier international, Carmen Crépin à la Commission des valeurs mobilières du Québec, Monique Leroux à la Société financière Desjardins-Laurentienne… il y a aussi toutes les autres.

Comme Liette, qui travaillait jusqu'à récemment aux communications pour une maison de production montréalaise : après six mois dans l'entreprise, elle s'est retrouvée sous les ordres d'une nouvelle vice-présidente, réputée pour sa façon quasi militaire de diriger ses employés. Très rapidement, les choses ont dégénéré entre Liette, vivant en couple et mère d'un enfant en bas âge, et sa supérieure, célibataire et sans enfant.

«J'étais d'accord pour rester tard en période de rush, raconte Liette. Mais, pour le bien de ma famille, je préférais avoir des horaires normaux le reste du temps. Après une de ces périodes de rush, j'ai recommencé à quitter le bureau vers 17 h 30. Au bout de quelques jours, elle m'a reproché de partir si tôt.» Malgré plusieurs tentatives d'explication de sa part, rien n'y fit, on exigeait toujours plus d'elle. Liette a craqué et a remis sa démission.

Maintenant mère d'un deuxième enfant, elle est à contrat, chez elle. «Cette femme était une caricature du modèle de la performance. Mais il faut savoir établir ses priorités et ce n'est pas parce que tu travailles les soirs et les fins de semaine que tu es un bon employé!»


Les formes de la discrimination
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPJQ) reconnaît que le problème vécu par Liette n'est pas un cas isolé. «Les femmes sont sujettes aux discriminations au même titre que les handicapés, les minorités visibles et les autochtones», indique un document de la CDPJQ déposé lors de la Marche mondiale des femmes, en 2000. «Il y a eu des avancées importantes en éducation, ce qui a permis aux femmes d'accéder à des métiers traditionnellement masculins, explique Lucie-France Dagenais, sociologue et chercheuse à la CDPJQ. Et les écarts salariaux tendent à diminuer. Mais nous sommes encore tellement loin de l'égalité.»

Depuis 1976, les articles 10 et 16 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec sont pourtant clairs : il est interdit de discriminer selon le sexe, à l'embauche comme à l'emploi. Mais, 25 ans après la mise en application de ces articles, la plupart des plaintes reçues par la CDPJQ concernent toujours le travail, et les femmes figurent parmi les victimes les plus nombreuses. Le quart des plaintes ont trait au sexisme en milieu de travail : refus d'embauche parce que le candidat est une candidate, parce qu'elle n'est pas mariée, congédiement pour cause de grossesse... «Et il y a le harcèlement en milieu de travail, particulièrement le harcèlement sexuel, qui touche beaucoup plus les femmes», rappelle Lucie-France Dagenais.

Ce harcèlement peut être psychologique autant que physique. «Journaliste pigiste, j'ai été poursuivie pour diffamation, conjointement avec mon éditeur», raconte Sylvie. «Au bout de deux ans de recours, et donc de factures d'avocat à mes frais, je demande à mon éditeur s'il ne serait pas temps de régler la cause à l'amiable. Me regardant droit dans les seins, il m'a répondu : «De toute façon, si j'étais le juge, je te donnerais tout de suite raison.» Je l'aurais giflé!»

Et puis, il y a la question de la grossesse. Dans son mémoire présenté en septembre 2000 à l'Assemblée nationale au sujet du projet de Loi sur l'assurance parentale, la CDPJQ a fait valoir que «malgré les progrès réalisés, la plupart des femmes continuent de se heurter au problème de la discrimination fondée sur la grossesse et de l'inégalité de traitement dans l'emploi en raison de leur rôle dans la procréation».

«Environ 350 plaintes sont déposées chaque année à la Commission des normes du travail pour des cas de congédiement abusif de travailleuses enceintes», souligne Lucie-France Dagenais, de la CDPJQ. En plus des cas de congédiement, il y a aussi les problèmes d'accessibilité au régime d'assurance-emploi, de durée du congé et de montant des prestations accordées. En outre, les différentes modifications apportées au régime de l'assurance-emploi ont beaucoup plus touché les femmes que les hommes. Aujourd'hui, seulement 30 % des femmes sans emploi touchent des prestations d'assurance-emploi, contre 42 % des hommes, alors qu'ils étaient presque à égalité dans les années 80. Par exemple, environ 10 000 femmes de moins qu'en 1997 ont aujourd'hui droit à des prestations de maternité, parce que le nombre minimal d'heures travaillées a été porté de 300 à 700 heures.


À salaire égal...
«Les femmes demeurent les championnes du travail précaire, concentrées dans des ghettos d'emplois sous-payés, à temps partiel, où l'accès à la syndicalisation demeure très difficile. Les deux tiers des personnes travaillant au salaire minimum sont des femmes», écrivait Françoise David, alors présidente de la Fédération des femmes du Québec, Marie Bergeron, vice-présidente de la FTQ, Claudette Carbonneau, vice-présidente de la CSN, et Lorraine Pagé, ex-présidente de la CSQ, dans une lettre ouverte à l'occasion du 25e anniversaire du Conseil du statut de la femme, en 1998.

Mais le 21 novembre 2001, une des plus anciennes récriminations des groupes féministes a été enfin satisfaite, du moins en théorie : la Loi sur l'équité salariale est officiellement entrée en vigueur (voir l'encadré).

Parce qu'il y a bel et bien un écart salarial important entre Elle et Lui, nous prouvent les données de Statistique Canada : les gains moyens des femmes canadiennes pour l'année 1998 étaient de 21 999 $, alors qu'ils étaient de 34 171 $ pour les hommes - un écart de 67 %! La situation ne se serait guère améliorée depuis 1998. La CSN estime, selon ses propres évaluations des données de Statistique Canada, que pour chaque dollar gagné par un homme, la femme ne reçoit encore que 65 cents.

«Le 21 novembre a été une date importante», confirme Claudette Carbonneau, vice-présidente de la CSN. Mais, si la bataille juridique semble gagner du terrain, dans la vraie vie, il en va tout autrement. Par exemple, bien que l'équité salariale soit en vigueur depuis novembre dernier, ce n'est qu'à partir du 21 novembre 2005 que les écarts salariaux devront être corrigés - encore quatre ans d'attente.

Or, deux mois avant l'échéance du 21 novembre, un sondage CROP pour l'Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés révélait que seulement 65 % des entreprises québécoises avaient commencé les travaux d'instauration de l'équité salariale et que 46 % d'entre elles n'en avaient pas accompli la moitié. Pire : 9 % n'avaient tout simplement pas l'intention d'appliquer la loi.

De plus, la pilule de l'équité salariale ne s'avale pas de la même façon pour tous les employeurs. Le chapitre 9 de la loi permet à certains employeurs de se soustraire à la loi, s'ils démontrent devant la Commission de l'équité salariale qu'ils ont déjà procédé à un exercice d'équité salariale. Plus de 80 % des entreprises qui ont fait appel à l'article 9 ont vu leur demande acceptée. «La Commission n'a pas voulu entendre les commentaires des syndicats et des femmes avant de donner son aval à ces entreprises, s'insurge la vice-présidente de la CSN, qui juge impossible qu'autant d'entreprises aient déjà procédé à l'équité salariale. «Il y a eu énormément de laxisme de la part de la Commission dans ses évaluations, tant sur la forme que sur le fond. Cent soixante entreprises, cela peut sembler peu, mais de ce nombre, on retrouve des employeurs très importants, dont la fonction publique, le Mouvement Desjardins, Zellers ou encore IBM. Nous allons donc nous retrouver avec quelques centaines de milliers de femmes qui seront encore traitées comme des employées de seconde classe...»


Coude à coude

par Nicolas Bérubé

«L'homme le plus puissant du Québec est une femme», a déclaré Bernard Landry lors de la nomination de Pauline Marois comme ministre d'État à l'Économie et aux Finances, ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie, et responsable d'Investissement Québec.

Bien sûr, les paroles teintées d'humour du premier ministre ont été calculées pour plaire aux femmes - son allocution avait lieu le 8 mars dernier… Mais elles n'en demeurent pas moins révélatrices : en 2001, personne ne s'indigne de voir une femme à la barre des finances de l'État. Il y a 40 ans, même la présence d'un Canadien français à cette fonction clé était considérée comme suspecte. Imaginez une femme...

On peut y voir également le signe qu'il reste de moins en moins de batailles à livrer pour que la lutte des femmes au travail soit définitivement gagnée. L'an dernier, Statistique Canada concluait dans une étude intitulée Femmes au Canada que «l'arrivée d'un grand nombre de femmes dans la population active rémunérée a été l'une des tendances sociales dominantes au cours du dernier demi-siècle».

Et les statistiques à ce sujet sont surprenantes. Ainsi, en l'an 2000, 49 % des professionnels d'affaires et des finances au Canada étaient des femmes, contre 41 % en 1987. Il y a fort à parier qu'elles y seront majoritaires très prochainement. Également en 2000, 53 % de tous les médecins et dentistes au pays étaient des femmes, soit une augmentation de près de 10 points de pourcentage depuis 1987. En sciences sociales, les femmes occupent aujourd'hui 60 % des postes, comparativement à 48 % en 1987. Et, depuis 10 ans, le taux de chômage des femmes est légèrement inférieur à celui des hommes, alors que la situation inverse avait prévalu entre 1976 et 1989.

Toujours d'après Statistique Canada, environ 11 % des femmes canadiennes gagnaient plus que leur conjoint en 1970. Aujourd'hui, elles sont 25 % à toucher un salaire plus élevé que ces messieurs. Une ombre au tableau : les postes de très haut niveau sont encore majoritairement occupés par des hommes. En 2000, à peine 21 % des postes de gestionnaires de niveaux supérieurs étaient occupés par des femmes, une augmentation de quatre points depuis 1987. Les patrons sont donc beaucoup plus nombreux que les patronnes, du moins pour l'instant.


À salaire égal, femmes égales
En septembre dernier, deux mois avant l'entrée en vigueur de la Loi sur l'équité salariale (voir l'encadré à la page 34), un sondage CROP révélait que 81 % des entreprises de la province prévoyaient être prêtes à temps et qu'à peine 9 % estimaient que la Loi leur causerait du tort. De plus, 34 % estimaient même que l'équité salariale aurait des effets positifs au sein de leur entreprise!

Une attitude qui contraste avec les grincements de dents qui se faisaient entendre il y a six ans, alors que cette loi était en gestation. «Au départ, les entreprises y étaient réfractaires : elles voyaient surtout les complications administratives que la loi engendrerait», explique Sylvie Ratté, directrice de la recherche à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. «Mais, maintenant, la grande majorité des entreprises se déclarent prêtes à se conformer à la loi. C'est une très bonne nouvelle.»

Selon elle, les écarts salariaux ne sont plus tellement basés sur une simple discrimination homme/femme, mais bien sur l'expérience et le degré d'implication de l'individu au sein de l'entreprise. Et ce n'est pas la loi qui va y changer quoi que ce soit. «Comme les femmes sont plus nombreuses à s'occuper de la famille, elles consacrent habituellement moins de temps à leur carrière et doivent s'absenter plus souvent. Ce sont des choses qui ont une incidence sur la rémunération.»


Droit au but
En fait, pour bien des experts, la question n'est plus de savoir si les femmes ont accès aux postes de direction, mais si elles prennent les bons moyens pour y accéder.

L'an dernier, la journaliste américaine Esther Wachs Book a publié Why the Best Man for the Job is a Woman, un essai dans lequel elle explique que les femmes possèdent des qualités d'entrepreneurship que les hommes n'ont pas, dont une facilité innée à réinventer les règles et une plus grande aptitude à communiquer avec les employés.

Plus récemment, l'auteure Pat Heim publiait In the Company of Women : Turning Workplace Conflict into Powerful Alliances, un livre qui laisse entendre que les pires ennemis des femmes au bureau sont bien souvent… les autres femmes du bureau, et non les hommes!

«Je crois que les femmes ont en grande partie gagné la bataille de la discrimination pure et simple à l'embauche, explique Louise St-Cyr, directrice du Groupe Femmes, gestion et entreprises, et professeure de finance à l'École des Hautes Études Commerciales. Les vieux réflexes de macho sont beaucoup moins présents aujourd'hui.»

Mais, tout comme Sylvie Ratté, Louise St-Cyr est d'avis que les entreprises sont de plus en plus exigeantes avec leurs employés : pour gravir les échelons, il faut, maintenant plus que jamais, donner son temps sans compter. «Le problème, c'est qu'à ce jeu-là, les femmes sont perdantes. Les études montrent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à s'occuper des enfants, des parents âgés, des tâches ménagères. Les hommes, eux, peuvent plus facilement consacrer leur temps à leur carrière. Ça fait toute la différence.»

La solution? Favoriser les programmes sociaux comme les garderies et les soins à domicile pour les personnes âgées. Bref, donner l'occasion aux femmes de souffler un peu… histoire d'être coude à coude avec leurs confrères masculins.


Ghettos féminins
Depuis le milieu des années 80, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à sortir de l'université avec un diplôme en poche. À l'Université de Montréal, par exemple, elles ont recueilli 61 % des diplômes décernés en l'an 2000, contre 39 % pour les hommes… On les a vues aussi apparaître chez les camionneurs, les policiers, les pompiers, dans les unités de combats de l'armée, et même dans les sous-marins.

Toutefois, en règle générale, les femmes continuent à s'inscrire massivement dans des domaines typiquement féminins. À l'université, les femmes sont toujours minoritaires dans certains programmes, comme l'ingénierie, de même qu'en mathématiques, où elles ne représentent que 20 % des diplômés (à peine 3 % de plus qu'en 1987). En formation professionnelle, par exemple, plus de 80 % des diplômées proviennent de quatre domaines : la santé, les soins esthétiques, l'alimentation, et l'administration (secrétariat). Ironie du sort, les conditions d'embauche dans ces domaines sont loin d'être extraordinaires… Sur les 50 programmes de formation technique et professionnelle désignés comme étant les plus prometteurs, 42 sont «presque complètement négligés» par les femmes, ont constaté les auteurs d'une étude sur la coordination de la condition féminine du ministère de l'Éducation, en 1999.

Une situation qui préoccupe Anne Thibault, conseillère à la coordination de la condition féminine au ministère de l'Éducation. «Souvent, les filles manquent d'information : elles ne savent pas qu'elles peuvent entreprendre des carrières dans des domaines habituellement masculins, comme la mécanique, le transport ou l'industrie forestière. Il faut changer les mentalités.»

«Les intérêts des filles changent tranquillement», croit pour sa part Christine Fréchette, consultante en relations internationales et membre de Force Jeunesse, un groupe de jeunes professionnels qui militent pour améliorer les conditions de travail des jeunes. «Les jeunes se fient beaucoup aux modèles pour choisir leur carrière et, souvent, les modèles sont issus d'emplois typiquement féminins. Il faut faire valoir des modèles de femmes qui travaillent dans des milieux d'hommes, pour montrer aux filles qu'il est possible de faire carrière dans tous les domaines.» Les filles, la balle est dans votre camp...


[Vers l'équité salariale?]

Depuis le 21 novembre 2001, les 35 000 entreprises québécoises de 10 employés ou plus doivent commencer à corriger le salaire de leurs travailleuses le cas échéant. La loi 35 sur l'équité salariale vise à «corriger les écarts salariaux dus à la discrimination systémique fondée sur le sexe à l'égard des personnes qui occupent des emplois dans des catégories d'emplois à prédominance féminine». C'est-à-dire que des professions reconnues comme «féminines» sont comparées, dans une même entreprise, à des métiers typiquement masculins. Selon un très long et complexe système d'évaluation, on détermine à quelle profession majoritairement occupée par des hommes peut se comparer le travail de secrétaire, d'enseignante ou de réceptionniste, par exemple. Les salaires de ces dames seront par la suite revus à la hausse, s'il y a lieu. Les compagnies ont au plus tard jusqu'au 21 novembre 2005 pour verser les correctifs salariaux (rétroactifs depuis le 21 novembre 2001), sans quoi elles s'exposent à des amendes pouvant aller de 10 000 à 25 000 $.

(S. B. et N. B.)


[Les patronnes]

Depuis plusieurs années, les filles sont non seulement majoritaires à l'université, mais elles réussissent mieux leurs études que leurs confrères. Est-ce à dire qu'il y aura plus de patronnes que de patrons d'ici à une vingtaine d'années? Le scepticisme semble de rigueur...

Christine Fréchette, consultante en relations internationales et membre de Force Jeunesse :
«C'est ce que je souhaite et j'aimerais croire que ça va arriver un jour. Mais je ne me fais pas d'illusions : aujourd'hui, les femmes gagnent toujours moins que les hommes. Le fait que les filles soient plus nombreuses que les gars à sortir de l'université est très positif, mais l'équation «fille + diplôme = boss» n'est pas aussi automatique que ce que l'on pourrait croire. L'ingénierie, la politique, l'informatique, ce sont encore des milieux de gars…»

Anne Thibault, conseillère à la coordination de la condition féminine au ministère de l'Éducation :
«Je ne crois pas que les femmes seront aussi nombreuses que les hommes à occuper des postes de direction, pour la simple et bonne raison qu'elles sont encore trop nombreuses à étudier dans des domaines typiquement féminins, comme l'enseignement ou les soins de santé. Il faut encourager les filles à étudier dans les domaines non traditionnels, comme le génie mécanique, le génie électrique, etc.»

Ruth Rose, professeure au département des sciences économiques à l'UQAM :
«Les femmes qui dirigent les compagnies seront plus nombreuses qu'aujourd'hui, mais elles seront toujours moins nombreuses que les hommes. Ça va prendre beaucoup, beaucoup de temps avant que l'écart ne se résorbe. Les femmes sont encore minoritaires dans les programmes de maîtrise et de doctorat, ce qui signifie qu'elles seront moins nombreuses à être qualifiées pour les emplois haut placés. De plus, on remarque que le femmes sont généralement moins carriéristes que les hommes : elles sont moins nombreuses à rechercher le pouvoir, les promotions, etc.»

(N. B.)


[«Ils peuvent être laids, pas vous»]

Pour gagner sur le marché du travail, les femmes doivent-elles absolument singer les hommes? C'est ce que croit Gail Evans, vice-présidente exécutive de la chaîne de nouvelles CNN, et l'une des femmes les plus influentes aux États-Unis.

Elle développe sa théorie du succès dans Play Like a Man, Win Like a Woman - What Men Know about Success that Women Need to Learn (Jouez comme un homme, gagnez comme une femme - Ce que les hommes savent à propos du succès que les femmes doivent apprendre), publié aux États-Unis en 2000. Le best-seller a plu aux femmes par ses petites phrases assassines et passe-partout, du genre «Soyez un imposteur» ou «Ils peuvent pleurer, pas vous; ils peuvent être laids, pas vous.»

En entrevue, Gail Evans parle comme elle écrit. «Dans toutes les sociétés du monde, une chose ne diffère pas : les femmes sont choisies alors que les hommes choisissent.» Selon elle, l'inégalité entre les sexes viendrait du fait que les objectifs des unes et des uns sont totalement différents. «Les femmes jouent pour participer, pour inclure les autres, alors que les hommes jouent pour gagner.» Autre différence : alors que les hommes ont des petites cases pour chacune de leurs activités, les femmes font tout en même temps. «Je prends l'image des bulles dans les bandes dessinées : l'homme n'a qu'une bulle au-dessus de la tête à la fois, la femme en a plusieurs. Par exemple, les femmes essaient de mener une carrière tout en voulant élever une famille parfaite. Pas les hommes. Autre exemple : ma fille peut passer deux heures à choisir entre cinq blouses blanches. Bon sang, une blouse blanche est une blouse blanche! Si les femmes canalisaient toute cette énergie émotionnelle, elles pourraient accomplir tellement plus. Mais les femmes veulent toujours bien faire les choses; elles se sentent coupables, pensent avoir fait une erreur, reviennent vérifier et perdent beaucoup d'énergie...»

Plutôt que de jouer selon les règles des hommes, ne serait-il pas préférable d'inventer nos propres règles? «Non. Nous devons avant tout savoir comment se joue le jeu. Nous pourrons un jour écrire nos propres règles toutes ensembles, mais, avant cela, nous devons prendre le pouvoir. Il faut être à l'intérieur pour pouvoir changer les règles du jeu. Oui, j'ai brisé les règles au cours de ma carrière, mais j'ai choisi les moments pour le faire.»

Se prendre en main et assumer ses choix - Gail Evans répète cela comme un mantra. «Nous ne pouvons tout simplement pas être parfaites», lance-t-elle simplement.

Gail Evans écrit en ce moment son prochain essai, qui portera sur l'obligatoire solidarité féminine. «Il n'y aura qu'une règle dans celui-ci : nous devons nous soutenir entre nous, nous devons faire attention les unes aux autres. Je crois que les femmes doivent apprendre à faire appel à d'autres femmes dans le monde des affaires. Donnons-nous la business les unes aux autres. Il serait temps que nous nous réveillions.» Vive le réseautage... sélectif!

(Play Like a Man, Win Like a Woman - What Men Know about Success that Women Need to Learn, par Gail Evans, New York, Broadway Books, 2000.)

(S. B.)



[Du travail et de la famille]

De plus en plus de femmes atteignent les sommets de la hiérarchie au Québec. Mais est-ce difficile d'être femme et grande patronne? Et les enfants dans tout ça? Voici ce qu'en pense une dirigeante d'entreprise.


Denise Verreault / Présidente du Groupe maritime Verreault
Mère adoptive de deux fillettes

«C'est à la suite du décès de mon père que je me suis retrouvée malgré moi à la tête du Groupe Verreault. Puis je me suis laissée prendre au jeu. Mes études en éducation ne m'avaient pas du tout préparée à devenir chef d'entreprise. Au début ça a été difficile parce que j'ai dû gérer l'entreprise en apprenant comment le faire en même temps. Mais je ne crois pas que le fait d'avoir été une femme ait été un problème. Au contraire, ça a plutôt été un avantage, à cause de l'effet de surprise. Et, finalement, beaucoup d'hommes m'ont aidée.

«Je n'ai jamais perçu que le fait d'être femme me posait des embûches qu'un homme n'aurait pas eues à ma place… Des problèmes, j'en avais déjà assez ailleurs sans en chercher dans le fait d'être une femme.

«Même si je suis à la tête d'une entreprise, je voulais avoir une famille, parce que je crois que c'est important. Nous avons décidé d'adopter deux petites Chinoises. Nous les avons adoptées lorsqu'elles étaient très jeunes, l'une avait six mois et l'autre un an. Elles ont maintenant sept et neuf ans.

«Je ne concilie rien du tout! Je me sens toujours déchirée : quand je suis à la maison, je voudrais être au travail et inversement. Et, en plus, je voyage beaucoup. Or, plus mes filles grandissent, plus elles s'ennuient. Je vis très mal ce déchirement. J'essaie de leur parler tous les jours, peu importe où je suis.

«Mon conjoint est très présent, mais cela n'empêche pas que c'est souvent la femme qui doit penser à prendre rendez-vous chez le dentiste ou à acheter des mitaines. Les hommes ont comme des tiroirs dans leur tête qu'ils peuvent fermer : quand ils sont au travail, le tiroir famille est fermé et, quand ils sont à la maison, le tiroir travail est fermé. Les femmes ont tous leurs tiroirs ouverts en permanence. Les hommes doivent aussi sentir le déchirement, mais ils le vivent différemment, ils ne se sentent pas aussi responsables que les femmes, peut-être parce qu'ils ont été élevés comme ça.

«Peut-être que je ne me rends pas compte à quel point je peux être considérée comme un modèle. Le danger d'être un modèle, c'est qu'il faut rentrer dans le moule dans lequel on nous a mis. Moi, je me rebelle… Quand on aborde le rôle des femmes dans le milieu du travail, j'ai l'impression que certaines femmes jouent à la victime. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de chauvinisme! Mais j'ai fait le choix de ne pas m'y attarder. Au bout du compte, on fait des affaires. Je doute fort que les hommes refusent de faire affaire avec le Groupe Verreault parce que je suis une femme. Et s'ils le font, c'est leur problème!»

(S. B.)


carnet web
 
Accueil Jobboom
 

 


Commentaires: lemagazine@jobboom.com
Copyright 1996-2006 Canoë inc., Tous droits réservés
Jobboom est une division de Canoë inc.