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Malaise
par Stéphanie Fillion Le travail a-t-il un sexe? À première vue, la question se pose à peine. Les femmes ayant maintenant accès à tous les domaines de formation, à tous les emplois, à tous les niveaux hiérarchiques, le sujet devrait être réglé. C'est pourtant là que tout se corse.

Les femmes sont partout. Elles sont artistes. Elles sont ministres. Elles sont présidentes et directrices. Mais elles sont encore majoritaires dans les professions d'infirmières, d'institutrices et de secrétaires et peu d'entre elles investissent les domaines traditionnellement «masculins», comme les sciences, les technologies, l'ingénierie.

Et si les femmes n'ont plus à servir le café, ni à se battre pour s'inscrire à l'université ou pour postuler une fonction, les écueils auxquels elles se heurtent sont plus subtils et insidieux.

C'est l'assistante qui n'aura pas la promotion dont elle rêve parce que tout le monde connaît son projet de fonder une famille. C'est l'ambitieuse qui est perçue comme la garce du bureau. C'est celle qui a confiance en elle qui se fait traiter, au mieux, d'arrogante. C'est la nouvelle maman qui se retrouve reléguée aux oubliettes à son retour de congé de maternité. C'est la jeune professionnelle qui n'arrive pas à se faire prendre au sérieux par les patrons.

Bien sûr, ce constat ne doit pas faire oublier le fait que certains milieux, particulièrement les jeunes entreprises nées avec la nouvelle économie, offrent souvent un environnement de travail plus égalitaire et débarrassé de certains vieux réflexes.

Mais, prise globalement, la réalité des femmes au travail se lit dans leurs salaires qui, tout récemment encore, représentaient à peine 65 % de ceux de leurs collègues masculins. Et c'est encore un fait qu'elles constituent seulement 21 % des gestionnaires des niveaux supérieurs.

L'explication serait un problème d'intégration à la machine industrielle : on attend souvent des femmes qu'elles travaillent à la manière «masculine». Aussi bien leur demander de porter la moustache. La plupart d'entre elles ont plutôt tendance à privilégier la recherche du compromis et à préférer la collaboration à la confrontation. Elles font plus souvent dans la nuance, alors que les hommes se satisfont davantage du noir et du blanc. Elles s'excusent lorsqu'elles doivent s'interposer ou faire de la pression et s'expliquent au lieu d'exiger. Et alors? Quel est le problème?

La réponse est simple : la rentabilité. Discuter prend du temps, trouver des compromis aussi, sans parler de l'investissement en temps et en énergie que demande la fondation d'une famille. Tous ces comportements sont mal tolérés par une société ivre de vitesse technologique, condamnée à la productivité maximum immédiate, aux gains et aux résultats à très court terme.

À bien des égards, les maux qui affectent encore le travail des femmes évoquent de manière aiguë un malaise qui gagne de plus en plus l'espace du travail en général : une sorte d'inhumanité, moins dans la forme que dans le fond, qui érige tout en système comptable dans lequel le travailleur est un élément qui doit se donner à 100 % mais dont on peut disposer à volonté.

Voilà qui amène femmes et hommes à se questionner sur la place et le sens du travail dans leur vie, sur les limites de l'ambition et de la productivité...

Mais la roue ne s'arrêtera pas. La lutte des femmes non plus. Cette lutte tient maintenant à la fois de problèmes très concrets et en même temps symboliques d'une sorte d'essoufflement dont nous souffrons le plus souvent en silence, et auquel nous tentons de remédier chacune dans notre coin.

Or, les solutions devraient-elles relever strictement de choix individuels?

Permettez-moi d'en douter...


Julie Tremblay
Rédactrice en chef


 
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