Exportations, nouvelle économie, investissements d'envergure, l'Estrie
vit à l'heure du plein emploi... ou presque. Une douce vengeance pour les
Cantons, dont la dure décennie 90 a bien failli avoir raison.
Il n'y a pas si longtemps, l'Estrie rivalisait avec la Mauricie et le
Saguenay sur le plan des mauvaises nouvelles économiques. Sherbrooke,
sa métropole et capitale, figurait régulièrement au palmarès canadien
du chômage.
Mais depuis la fin des années 90, la région a effectué un virage à 180
degrés. Résultat : les usines de textile, jadis considérées comme les
plus importants employeurs, partagent dorénavant leur bassin de main-d'ouvre
avec les entreprises de biotechnologie, de caoutchouc et de plastique
qui ont récemment pris racine sur le territoire.
Un revirement de situation inspiré par le réflexe de survie des gens
de la région, croit Jean-Louis Blanchette, agent de développement économique
au Conseil régional de développement (CRD) de l'Estrie. «La décennie
90 a été très difficile pour la région. Le fait que notre économie soit
concentrée dans des secteurs plus traditionnels, comme le textile et le
meuble, nous a rendus particulièrement fragiles lors de la dernière récession.
Il était impensable de continuer de cette manière.»
Fortement ébranlée, la région mise sur la concertation pour s'en sortir.
«Tous les milieux ruraux se sont concertés pour mettre en place
des conditions favorables à l'implantation de nouvelles entreprises»,
raconte Majorie Tyroler, également agente de développement au CRD de la
région. Ces conditions ont pris des visages différents d'une MRC à l'autre.
Par exemple, la MRC de Coaticook a pu compter sur un fonds de création
d'emplois et sur une réduction des taxes d'affaires. «La proximité
des frontières américaines et la faiblesse du dollar canadien ont fait
le reste.»