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  Les agences de placement
Entremetteuses
par Frédéric Murphy

Épuisante, la chasse au boulot? Question de se faciliter la tâche, plusieurs chercheurs d'emploi font appel à des firmes privées pour faire le travail à leur place. ou presque. Car si cette démarche ne coûte pas un sou, elle exige temps et énergie de la part de celui qui s'y engage.

Éclaireuses, entraîneuses, entremetteuses, les agences de placement sont un peu comme les Cupidon du marché du travail.

Les CV des chercheurs d'emploi patientent dans leurs banques de candidatures jusqu'à ce qu'une position intéressante se libère au sein d'une compagnie cliente et qu'un heureux mariage voie le jour.

C'est ainsi que Francine Saint-Onge a déniché son poste d'adjointe au président chez Rogers Media, en février dernier. Employée dans le domaine de l'immobilier, la cadre de 44 ans a été attirée par une offre publiée dans les journaux par une firme de placement.

«Je leur ai donné mon nom en leur disant : «Si vous avez quelque chose de bien, appelez-moi.»» Quelques mois plus tard, après une dizaine d'entrevues infructueuses, elle recevait l'heureux coup de fil.

«L'avantage numéro un des agences de placement est qu'elles agissent comme un levier, confirme Richard Wahba, conseiller en recrutement chez ExperTech, une compagnie qui place des professionnels en informatique depuis 1993. Puisque ces firmes font affaire avec bon nombre d'entreprises, le candidat bénéficie de leur réseau de contacts au lieu d'être obligé de faire 40 appels [pour s'enquérir des postes offerts].»


Partir à la chasse

Toutes sortes d'employeurs - grandes entreprises, PME, gouvernements - font appel aux firmes de placement pour combler leurs besoins de main-d'ouvre. Responsables d'effectuer les premières entrevues, les recruteurs de ces agences soumettent à leurs clients un nombre restreint de candidatures. La plupart des personnes engagées à titre temporaire sont même rétribuées sur une base hebdomadaire par l'agence, qui est ensuite compensée par l'entreprise cliente.

La chaîne de quincailleries Rona compte sur l'assistance de firmes privées pour embaucher l'ensemble du personnel, du commis au directeur général, chaque fois qu'une nouvelle succursale ouvre ses portes. Leur soutien est aussi sollicité pour pourvoir aux postes saisonniers - des milliers d'emplois chaque année. «Un de leurs atouts est leur efficacité, commente Sylvain Morrissette, directeur des communications. Elles trouvent les bons individus à l'intérieur de délais très courts.»

Un constat partagé, faut-il croire : l'an dernier, l'industrie canadienne du placement a engrangé des revenus records de 35 milliards de dollars, selon une étude publiée en février 2001 par l'Association nationale des entreprises en recrutement et placement de personnel (ACSESS). Le géant mondial Manpower, qui traite avec 96 % des sociétés inscrites au classement Fortune 500, est même l'un des plus importants employeurs privés des États-Unis!

Au contraire de la compagnie cliente, le candidat n'a pas, sauf exception, à payer pour bénéficier de ces services. Plusieurs représentants du secteur vont jusqu'à décrire la facturation du chasseur de boulot comme «illégale», même si aucune loi ne l'interdit expressément, d'après Georges-André Levac, de l'Office de la protection du consommateur.

Passer le test

Tandis que certaines agences se spécialisent dans un secteur économique, comme l'informatique ou le génie, d'autres se distinguent par la clientèle visée, par exemple les professionnels ou les cadres. La plupart des firmes de grande envergure diversifient néanmoins leurs activités, s'adressant autant à la réceptionniste en quête d'un travail de courte durée qu'à l'informaticien d'expérience à la recherche d'une occupation plus stable.

Les critères de sélection des candidats varient en fonction du recruteur. Quelques-uns procèdent à une présélection sur la base du CV, d'autres affirment n'exclure personne a priori. Pour les professionnels, notamment en informatique, l'expérience peut peser lourd dans la balance, s'il faut en croire Richard Wahba, d'ExperTech. «Les clients sont très exigeants envers nous, pour justifier nos honoraires. Nous éprouverons donc des réticences à leur envoyer un débutant.» Le conseiller précise que six mois derrière un bureau suffisent néanmoins pour passer la rampe, surtout si la recrue est spécialisée dans un secteur populaire.

En plus d'une entrevue préliminaire, les chasseurs de boulot sont soumis, dans plusieurs cas, à des tests visant à vérifier leur connaissance des grammaires française et anglaise et de l'informatique. «Ce ne sont pas des exercices d'élimination, mais bien d'évaluation, nuance Connie Roy, directrice de la division temporaire des Services de gestion Quantum. Si une personne tape seulement 30 mots à la minute, par exemple, nous ne lui proposerons pas de postes de secrétaire.»

Service tout compris

Les recruteurs jouent parfois le rôle d'entraîneurs, et préparent le postulant à faire bonne impression lors d'une entrevue. «Nous le renseignons sur ce que le client recherche, sur la raison d'être de sa compagnie et sur son produit», indique Connie Roy. Quand le déclic risque de ne pas se produire, les représentants d'Ajilon, une firme spécialisée en technologies de l'information, n'hésitent d'ailleurs pas à déconseiller à un candidat de tenter sa chance, au dire de Jean-François Perras, directeur des comptes et responsable du développement des affaires.

Une connaissance approfondie des prétendants est donc de mise. Afin de la cultiver, les recruteurs incitent ces derniers à leur passer un coup de fil régulièrement - jusqu'à une fois par semaine! - pour leur faire part de leurs démarches. Ce qui n'empêche pas les entremetteurs de se tromper de cible de temps à autre, indique Francine Saint-Onge. «Ils ont parfois tendance à rendre les postes plus alléchants, même si on a indiqué clairement ce que l'on recherche. J'ai déjà passé deux entrevues pour un emploi avant que nous ne réalisions que j'allais y perdre mon temps.»

En cas d'échec, le conseiller prend la peine d'informer l'individu des motifs du refus, une pratique peu courante chez les employeurs, insiste Jean-François Perras. Cette assistance peut prendre la forme d'une séance d'entraînement individuelle en prévision de futurs tête-à-tête. Des instructeurs, donc? Francine Saint-Onge exprime quelques réserves à ce sujet : «Dans mon cas, les recruteurs adoptaient rarement le rôle de conseillers sur les stratégies à adopter. Pourtant, dans la mesure où ils rencontrent directement les employeurs, ils pourraient alimenter, diriger davantage le candidat.»

Loin de se contenter de jouer les intermédiaires, quelques firmes privées font même l'éducation de leurs protégés, gratuitement ou à prix modique. Ceux qui font affaire avec Manpower peuvent, par exemple, s'inscrire à des formations sur le travail en centres d'appels ou en bureautique. D'autres cours leur permettent d'améliorer leurs aptitudes pour le service à la clientèle ou de développer des compétences non techniques, comme «l'imagination constructive» et la résolution de conflits.

Le temps d'une paie

Celui qui recherche un emploi de courte durée aura bien des chances de trouver chaussure à son pied en serrant la pince d'un entremetteur. D'après l'enquête de l'ACSESS, les trois quarts des firmes répondantes affirmaient fournir des services de placement temporaire. Ces dernières tiraient 71 % de leurs revenus du placement à durée déterminée.

Pour cette raison, certains groupes de pression reprochent aux agences privées d'encourager la prolifération des emplois précaires. L'organisme de défense des travailleurs non syndiqués Au bas de l'échelle, la Fédération des femmes du Québec et le Conseil permanent de la jeunesse se sont notamment prononcés sur cette question. Dans un avis publié en novembre 1999, le Conseil du statut de la femme regrettait en outre l'imposition de frais aux entrepreneurs qui embauchent un employé après son séjour à titre temporaire, une pratique en vigueur dans quelques agences. En vertu de leur code de déontologie, les membres de l'ACSESS s'engagent toutefois à respecter le droit des travailleurs à accéder à l'emploi de leur choix.

Les candidats n'empruntent pas toujours la voie du travail temporaire à leur corps défendant, fait cependant valoir Connie Roy. Elle cite l'exemple d'un étudiant qui veut gagner des sous en attendant le début du trimestre universitaire ou d'un voyageur de passage au Québec. «D'autres sont plutôt indécis. Ils se demandent : «Qu'est-ce que j'aime?» Collaborer avec nous leur permet d'essayer plusieurs postes pour trouver celui qui leur convient.»

Plus verte, l'herbe du voisin?

Une bonne proportion, voire la majorité, des candidats inscrits à des agences de placement occupent déjà un travail. «Ça leur évite de devoir regarder dans les journaux chaque semaine, explique Tony Pittarelli, directeur de la division haute technologie des Services de gestion Quantum. Les professionnels ont autre chose à faire!» D'après Francine Saint-Onge, qui se rendait chaque matin au bureau tout en poursuivant sa recherche d'emploi, le processus demande tout de même du temps. C'est pourquoi elle recommande de ne pas pactiser avec trop d'agences à la fois.

«La première semaine, avec la même firme, j'ai eu quatre entrevues!» se rappelle-t-elle. Un investissement de plusieurs heures. qu'il faut souvent grignoter sur le temps de travail. À force de lorgner l'herbe du voisin, l'employé doit donc prendre garde de se faire couper la sienne sous le pied.

(F. M.)

Les chasseurs de têtes

Les chasseurs de têtes forment une catégorie à part parmi les recruteurs, entre autres parce qu'ils visent à pourvoir à des postes de cadres intermédiaires et supérieurs. Fidèles à leur surnom, ces experts en recrutement ne se contentent pas de consulter leur banque de dossiers pour dénicher le candidat idéal. Le marché du travail est leur territoire de chasse et ils courtisent activement les étoiles déjà en poste. Les trois quarts des candidats placés par Mandrake Groupe Conseil, spécialisé dans la recherche de cadres en marketing, commerce et communications, sont d'ailleurs empruntés à un concurrent de la compagnie cliente, au dire de son vice-président exécutif associé, Normand Lebeau.

(F. M.)


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