Philippe Falardeau est un travailleur acharné. De son propre aveu,
c'est à l'huile de bras qu'il a gagné la course Destination monde en 1992.
Pour la réalisation de son premier long métrage, La Moitié gauche du
frigo, il a fait une croix sur sa vie sociale pendant une dizaine
de mois, afin de se consacrer à un film qui traite... de notre relation
tordue avec le travail. Le sacrifice en a valu la peine : son ouvre à
petit budget a connu un succès inespéré sur les écrans montréalais à l'automne
et à l'hiver derniers, en plus d'avoir été primée à Toronto et à Montréal.
Dans ce film, Philippe Falardeau raconte l'histoire d'un ingénieur
à l'orée de la trentaine qui se retrouve sans emploi après avoir quitté
volontairement son poste, faute d'intérêt. Son colocataire, militant gauchiste,
s'inspire de sa vie pour tourner un documentaire-vérité sur le chômage,
une sorte de Survivor économique. Il le filme au bureau de chômage, en
entrevue pour des emplois, à l'épicerie, au pawn shop et dans ses
moments de déprime.
Pendant 90 minutes, La Moitié gauche du frigo réclame la liberté
de se réaliser en dehors du travail, défend ceux qui mettent leurs idéaux
en veilleuse pour survivre économiquement et exige le droit à l'indécision.
Pas étonnant quand on sait que son auteur, diplômé en sciences politiques,
était lobbyiste à Ottawa avant de tout abandonner pour entreprendre une
carrière en cinéma.