Prêt étudiant, automobile, REÉR, maison, actions... On ne sait plus
où donner de la tête quand il s'agit de finances personnelles. La vérité,
c'est qu'à 25 ou 30 ans, on veut tout faire... sauf penser à sa retraite.
Et si le secret était de vivre maintenant, tout en pensant à demain?
Vingt-cinq ans, 35 000 $ par année... Après des années d'études sous
le signe de la vache maigre et du Kraft Dinner, profiter (un peu) de la
vie est la chose la plus tentante qui soit.
Et c'est tout à fait normal, selon Lison Chèvrefils, planificatrice financière
chez Clarica. «Vouloir se gâter parce qu'on en a assez de manger
du beurre de peanut, c'est humain. En tant que planificateur financier,
il faut comprendre ça, mais il faut aussi convaincre les gens de l'importance
d'épargner.»
«Quand on s'est toujours débrouillé avec 10 000 ou 15 000 $ par
année et que, du jour au lendemain, on décroche un emploi de 40 000 $,
tout devient possible», explique à son tour Éric Chayer, planificateur
financier chez Lafond et Associés. «On veut tout faire en même temps
: rembourser nos dettes au plus vite, s'acheter une voiture, etc. C'est
dangereux, parce qu'on oublie que dans deux ou trois ans, on aura peut-être
des besoins financiers importants, que ce soit parce qu'on aura acheté
une maison ou même qu'on aura des enfants.»
REP, RAP et REÉR
L'aspect «long terme» auquel l'épargne fait référence ne
sonne pas beaucoup de cloches chez les jeunes adultes : la retraite à
65 ans est un concept abstrait, un empêcheur de consommer en rond.
Or, il existe bien quelques trucs pour rendre la contrainte plus acceptable,
estime Benoît Parenteau, planificateur financier et courtier en valeurs
mobilières chez Option Retraite. Il faut commencer par considérer les
placements comme des outils financiers à court terme : «Les gens
ont été habitués à voir les REÉR simplement comme des véhicules de placement
pour leur retraite, alors que, dans les faits, ils peuvent jouer plusieurs
rôles, que ce soit pour s'acheter une maison avec le régime d'accès à
la propriété (RAP) ou encore pour retourner aux études avec le régime
d'éducation permanente (REP).»
Oui aux RAP et aux REP, concède Lison Chèvrefils, mais avec quelques
bémols. «Acheter des REÉR est intéressant en prévision de la retraite
et pour économiser des sous en matière d'impôt, mais il faut aussi savoir
vivre ici et maintenant.»
Lison Chèvrefils est loin d'être pro-REÉR pour les jeunes de moins de
30 ans. Elle préfère les fonds de marché monétaire, les bonnes vieilles
obligations d'épargne. «Quand on a moins de 30 ans, la seule vraie
priorité est souvent de s'imposer une discipline d'épargne. La meilleure
manière d'y arriver est, selon moi, de commencer avec un fonds de marché
monétaire. Composé d'obligations d'épargne et renouvelable aux 90 jours,
le fonds de marché monétaire est comparable à un compte de banque, mais
il offre des intérêts plus élevés. L'argent investi est accessible à tout
moment. C'est une bonne façon d'apprendre sans avoir l'impression de faire
de gros sacrifices.»
Éric Chayer avoue lui aussi avoir un faible pour les fonds de marché
monétaire. «Souvent, des gens qui investissent 50 $ par mois pour
leur REÉR acceptent de placer 100 $ ou même 200 $ dans les fonds de marché
monétaire simplement parce que leur argent est facilement accessible.
Quand je contacte les gens en janvier et que je leur dis qu'ils ont accumulé
2 000 $ ou 2 500 $, ils n'en croient pas leurs oreilles. La plupart du
temps, ils achètent des REÉR avec une partie de l'argent et prennent le
reste pour se payer une gâterie ou un voyage. Généralement, après un an,
non seulement ils ont acheté des REÉR, mais ils ont aussi pu économiser
pour autre chose.»
Bien que peu populaires auprès des jeunes, les REÉR n'en restent pas
moins intéressants, voire nécessaires sur le plan fiscal dans certains
cas. En fait, selon Lison Chèvrefils, dès que notre salaire dépasse les
30 000 $, nous devrions commencer à penser à l'achat de REÉR - question
de réduire la facture d'impôt.
Quant aux actions pures et simples, Benoît Parenteau croit qu'il est
plutôt rare que des jeunes investisseurs puissent réellement en tirer
parti. «Pour avoir un bon rendement et une bonne diversification,
il faut compter sur un portefeuille d'actions de 25 000 $ et plus. Sans
quoi, on ne fera que spéculer.» Ce qui n'est généralement pas très
bon pour le p'tit cochon.
À chaque mois suffit sa dette
Mis à part les placements, le remboursement des dettes peut aussi influencer
considérablement l'état des finances personnelles. À ce sujet, les conseillers
se font tout de même prudents. C'est que si tout le monde s'entend pour
dire que celui qui paie ses dettes s'enrichit, en faire la priorité des
priorités n'est pas pour autant la stratégie à adopter.
Pour Éric Chayer, il y a des bonnes et des mauvaises créances. «Les
plus dangereuses sont les dettes à court terme, comme la carte de crédit
et le prêt personnel, notamment parce que leurs taux d'intérêt sont plus
élevés. C'est pourquoi il faut régler le solde de notre carte de crédit
chaque mois», insiste-t-il.
Les autres types de créances, comme les prêts étudiants ou les prêts
hypothécaires, accordent une certaine flexibilité pour la période de remboursement
et pour les taux d'intérêt. «Dans ce cas-là, la meilleure idée est
souvent de les échelonner le plus possible dans le temps, de manière à
avoir une certaine marge de manouvre pour faire autre chose. À plus forte
raison, quand les taux d'intérêt sont aussi faibles qu'en ce moment.»
Ce qu'il faut également savoir, c'est que depuis 1998, les intérêts payés
sur les prêts étudiants sont déductibles des impôts. Un facteur intéressant
selon Benoît Parenteau, «surtout si on est en mesure d'épargner,
tout en continuant nos remboursements». À l'inverse, si le montant
du prêt est si élevé qu'il réduit à néant la capacité d'épargne, il est
important d'en faire une priorité.
Toutefois, lorsque les sources d'endettement débordent, lesquelles devraient
être réglées en priorité? La carte de crédit, le prêt automobile ou le
prêt étudiant? Pour obtenir une réponse, Lison Chèvrefils suggère une
équation toute simple : la dette dont l'intérêt est le plus élevé se trouve
au premier plan, puis les autres suivent en ordre décroissant, jusqu'à
ce que ces soucis ne soient plus que de mauvais souvenirs.
Cette règle mise à part, tous les conseillers s'entendent pour dire que
le budget est encore le meilleur outil pour voir clair dans la plus embrouillée
des situations financières. Arrgggh! un budget...
Surprenant, le budget!
Le budget, c'est plus qu'une simple ceinture qu'on serre, qu'on serre...
Pour Éric Chayer, c'est aussi un moyen de dégager les sommes nécessaires
à la réalisation de ses rêves. «Le budget est souvent considéré
comme un élément de restriction, alors que dans les faits, il nous permet
de visualiser ce que l'on peut accomplir et de réaliser nos objectifs
parce qu'ils seront prévus au budget.»
Une vision de gestion que Lison Chèvrefils endosse : «Le budget
fait en sorte que l'on sait combien de liquidités nous avons chaque mois
après avoir tout payé. C'est une information très précieuse, surtout quand
on est jeune et qu'on doit prendre des décisions.» Une maison ou
un logement? Une voiture neuve ou un tacot?
Mais encore faut-il savoir interpréter l'information que l'on compile
dans ce fameux budget. Pour y parvenir, certains ratios ont été établis
par les «experts». Par exemple, la norme veut que le logement
ne représente pas plus de 25 % du revenu net d'un individu, incluant l'achat
de meubles et l'entretien. Les loisirs (sorties, livres, vacances, disques,
etc.) peuvent accaparer jusqu'à 15 % du revenu net. Pour ce qui est de
l'épargne, 10 % du revenu net se révèle suffisant.
Une autre manière de dire qu'environ 50 % de notre budget peut normalement
être utilisé pour l'achat de nourriture, de vêtements et autres biens
de consommation. Étonné? «Souvent, les gens ne visualisent pas le
pouvoir financier qu'ils ont, explique Éric Chayer. Quand ils mettent
tout par écrit, ils ont des surprises, des mauvaises... comme des bonnes.»