Vous est-il déjà arrivé de vous demander s'il était temps pour vous de
changer de carrière?
L'impression de ne pas être au bon endroit, de ne pas ressentir la même
fougue que nos collègues, la certitude de ne pas aimer nos tâches ou notre
environnement de travail : plusieurs sentiments peuvent mener au désir
de tout laisser tomber pour rectifier le cap.
On vit alors une grande remise en question, d'autant plus désagréable
qu'elle laisse planer un doute sur la pertinence de nos choix précédents.
C'est un peu comme si tout ce qu'on avait bâti avec peine au courant des
dernières années s'écroulait soudainement.
Ce questionnement nous mène souvent à croire qu'on doit repartir à zéro,
ce qui n'est pas une mince affaire. Un nouveau choix professionnel peut
tout chambarder, de notre situation financière à la reconnaissance de
nos acquis et de notre valeur professionnelle, sans parler de notre horaire,
de nos engagements familiaux ou de nos moments de loisir. Le seul fait
d'envisager un retour aux études évoque une foule de souvenirs... et de
craintes.
Mais le virage à 180 degrés n'est pas toujours de mise, et les enjeux
d'une réorientation de carrière sont beaucoup trop sérieux pour changer
de cap sur un coup de tête. J'ai ainsi rencontré plusieurs personnes qui
rêvaient d'un changement radical, mais qui sont finalement demeurées rattachées,
de près ou de loin, à des expériences professionnelles passées.
C'est en faisant le point sur nos acquis personnels et professionnels
et en explorant nos possibilités qu'on obtiendra une meilleure idée de
l'ampleur du changement de carrière qu'il nous faut réaliser. Il n'existe
toutefois pas de recette miracle : on doit être prêt à effectuer quelques
activités de réflexion qui nous demanderont temps et énergie.
Le premier pas consiste à effectuer un «bilan professionnel».
En effet, la plupart des gens ont tendance à tout vouloir recommencer,
car ils ignorent la valeur de leur bagage de connaissances actuel et de
leurs capacités. D'où l'importance du bilan, qui permet de bien mesurer
nos acquis, de déterminer les valeurs qui nous motivent et de cibler les
tâches que l'on souhaite conserver ou éliminer de sa vie professionnelle.
La prochaine chronique traitera d'ailleurs en détail de cette étape indispensable
de la gestion de carrière.
Par la suite, il nous faut découvrir les différentes options qui s'offrent
à nous. C'est l'étape «exploration et découverte» des professions,
une quête qui doit s'effectuer en deux temps.
Tout d'abord : circonscrire les emplois rattachés à notre domaine. Ceci
peut paraître simple, mais étrangement, la plupart des gens qui viennent
me consulter n'ont pas idée des différents emplois que leur formation
ou leurs connaissances leur permettraient d'occuper.
Pour faire le tour des emplois rattachés à votre domaine d'études ou
d'activité, vous pouvez consulter des répertoires de professions, comme
la Classification nationale des professions ou les guides qui se trouvent
dans le Web (voir le carnet de sites en bas de page). Les descriptions
de programmes préparées par les maisons d'enseignement contiennent aussi
beaucoup de renseignements à propos des différents emplois auxquels les
formations peuvent mener. Si vous faites partie d'un ordre professionnel,
celui-ci peut vous fournir de la documentation sur l'éventail des activités
de ses membres. Enfin, vous pouvez joindre un regroupement de professionnels
pour élargir votre réseau de contacts, et lire des revues spécialisées
pour découvrir de nouveaux secteurs d'activité.
La deuxième partie de cette recherche vous demandera probablement plus
de temps. Elle consiste à aller voir si l'herbe est plus verte chez le
voisin, c'est-à-dire explorer des domaines d'emploi totalement différents
du vôtre. Pour ce faire, vous pouvez encore une fois consulter des répertoires
de professions ou les sites qui vous sont présentés ci-dessous.
Notez toutes les professions qui vous apparaissent intéressantes, puis
tentez de réduire votre liste en allant chercher davantage d'informations,
pour ne conserver que 10 professions. De ces dernières, choisissez-en
trois pour lesquelles vous ferez des recherches encore plus approfondies
(employeurs, échelles salariales, prévisions du marché du travail, études
nécessaires, etc.).
Si possible, rencontrez des gens qui exercent ces professions pour vous
assurer que la perception que vous vous en faites soit juste.
C'est à cette étape seulement que vous serez en mesure de déterminer
si vous devriez réellement changer de profession. La réflexion réalisée
avec le bilan professionnel prend ici toute son importance : vous devrez
vous assurer que les trois professions retenues règlent les problèmes
de votre carrière actuelle. C'est parfois à ce moment qu'on réalise qu'un
changement radical de carrière ne modifiera en rien notre sentiment d'insatisfaction.
Par contre, si les professions retenues passent ce test avec brio, vous
pouvez procéder au choix final de votre nouvelle profession. Vous y arriverez
en déterminant les étapes nécessaires à l'atteinte de chacune de vos trois
possibilités. Vous devrez, entre autres, évaluer si vous êtes prêt à suivre
la formation nécessaire, qui peut être de courte durée mais qui peut aussi
exiger un retour aux études de plus longue haleine.
Rappelez-vous donc qu'un besoin de changement professionnel ne se définit
pas toujours par une nouvelle carrière. Changer d'employeur, de poste
ou de responsabilités peut aussi constituer une «migration»
suffisante pour vous redonner goût au travail. Et c'est la démarche d'exploration
décrite ci-dessus qui vous permettra de le déterminer.
Cette démarche ne se fait pas en criant ciseau, et c'est bien ainsi.
Elle vise à vous faire tranquillement tâter le terrain plutôt qu'à vous
y lancer tête baissée. Plus vous recueillerez d'informations, plus votre
décision de changer ou non de carrière sera mûrie et juste.
Et moins grand sera le risque que les regrets vous hantent à nouveau.
Martine Lemonde est conseillère d'orientation chez Brisson, Legris
et Associés.