Existe-t-il une formation offerte à distance qui corresponde à vos
besoins? Sans doute. Cours individuels et formations complètes se multiplient
à un rythme tel que les recenser serait une tâche absurde. Dans ce contexte,
le défi consiste à dénicher la formation désirée et, surtout, à en évaluer
la crédibilité.
Au Québec, toute institution d'enseignement qui forme ne serait-ce qu'une
poignée d'adultes - écoles secondaires, cégeps, universités, sans oublier
les organismes d'éducation populaire et d'alphabétisation - est susceptible
d'offrir de la formation continue. Celle-ci est devenue un atout pour
évoluer dans sa carrière ou, plus prosaïquement, pour conserver son emploi.
Mais comment suivre une formation lorsque le travail, la famille, les
activités sociales ou les week-ends au chalet nous retiennent loin de
la source du Savoir? Facile, en principe : il suffit d'apprendre à distance.
«Je travaille dans un centre d'apprentissage international, j'ai
de jeunes enfants et j'habite en région; la formation à distance me donne
tout ce dont j'ai besoin comme outil pour me permettre d'étudier à temps
partiel et de faire avancer ma carrière», témoigne Linda Bergeron,
qui étudie à la Téluq (Télé-université de l'Université du Québec). «Présentement,
je suis en train de terminer un certificat en perfectionnement de français
écrit. À la prochaine session, je m'inscris au certificat en anglais fonctionnel.»
Principales portes
d'entrée
Au Québec, trois principaux intervenants se partagent une bonne portion
du gâteau de la formation à distance : la Société de formation à distance
des commissions scolaires (SOFAD), le Centre collégial de formation à
distance (géré par le cégep de Rosemont) et la Téluq. Leurs formations
sont aussi abordables, financièrement parlant, que celles des institutions
publiques «traditionnelles».
La SOFAD, société sans but lucratif subventionnée par le ministère de
l'Éducation du Québec, ne donne pas de cours, mais produit du matériel
d'apprentissage pour l'éducation des adultes. L'organisme vend ce matériel
aux commissions scolaires qui dispensent de la formation à distance et
aux organismes d'enseignement qui offrent de la formation aux adultes
au secondaire. Autrement dit, si une formation continue à distance de
niveau secondaire vous intéresse et qu'elle porte le sceau de la SOFAD,
allez en paix.
La SOFAD a développé une douzaine de cours de formation générale au secondaire
(anglais langue seconde, français langue d'enseignement, mathématiques,
micro-informatique, sciences humaines, physique, chimie, biologie, etc.)
et des formations professionnelles dans le secteur de l'administration,
du commerce et de l'informatique, ainsi qu'en mécanique de machines fixes.
Plus de 30 commissions scolaires offrent ces cours au Québec. Pour s'inscrire,
la personne-clé demeure la réceptionniste de la commission scolaire la
plus près de chez vous.
Le Centre collégial de formation à distance, pour sa part, offre environ
250 cours tant en formation technique qu'en formation générale (ou préuniversitaire).
Le niveau collégial propose deux diplômes : celui d'études collégiales
général ou professionnel (le DEC, en deux ou trois ans à temps plein),
et la voie rapide, l'attestation d'études collégiales (AEC). Pour s'inscrire,
il suffit de contacter le Centre.
Fondée en 1972, la Téluq offre environ 300 cours universitaires sur plusieurs
supports : vidéocassettes, audiocassettes, documents imprimés, cours télévisés.
Une quarantaine de cours sont aussi offerts presque entièrement dans le
Web - des documents imprimés ou d'autres supports les complètent.
À la Téluq, comme dans toute université, l'étudiant doit choisir entre
une formation de base ou multidisciplinaire (pour ceux qui souhaitent
décrocher un diplôme), ou le cheminement dit complémentaire (pour les
diplômés du cégep ne pouvant être admis à l'université), à moins qu'il
ne s'agisse de perfectionnement professionnel (pour les gens qui travaillent).
Hors du système public, une nébuleuse d'écoles privées dispensent de
la formation à distance. Deux trucs pour en évaluer la pertinence : vérifiez
si elles font partie de la liste des établissements détenant un permis
du ministère de l'Éducation du Québec; vérifiez aussi si elles possèdent
un permis de l'Office de la protection du consommateur, obligatoire en
vertu de la Loi sur la protection du consommateur. Autrement, méfiance.
Si l'établissement est situé hors des frontières du Québec, vos recours
en cas de problème rétrécissent comme peau de chagrin.
Enfin, pour respecter la Loi favorisant le développement de la formation
de la main-d'ouvre, les entreprises doivent investir 1 % de leur masse
salariale dans la formation de leurs employés. Certains organismes privés
de formation, agréés par Emploi-Québec dans le cadre de cette loi dite
«du 1 %», peuvent offrir de la formation à distance.
Formations sur le Web : méfiance
Depuis quelques années, une mode semble tout balayer sur son passage
: l'apprentissage par Internet. Peut-on croire un instant que le Net éliminera
demain matin l'héritage de siècles de cours magistraux et de manuels imprimés?
Une formation à distance n'est valable que si vous avez confiance en
une institution et si cette dernière offre les services d'un professeur
ou d'un tuteur qui supervise le cours et est disponible en cas de besoin.
Une institution comme la Téluq ne peut se permettre de mettre sa réputation
en jeu. Mais, dans le secteur privé, séparer le bon grain de l'ivraie
est une tâche insurmontable : en 1998, les institutions d'enseignement
américaines offraient déjà 54 000 cours en ligne, selon le département
de l'Éducation des États-Unis. Ce pays demeure sans contredit la locomotive
de la marchandisation de l'éducation dans le Net.
Dans ce contexte, s'assurer de la qualité des cours offerts dans Internet
devient tout un défi. «Évidemment, dans le secteur privé les gens
disent : «Nous sommes en compétition, si nos cours ne sont pas bons,
les étudiants en choisiront d'autres»», explique Gilbert Paquette,
professeur à la Téluq et directeur scientifique du LICEF (Centre de recherche
en informatique cognitive et en environnement de formation). «Sauf
que les étudiants, entre-temps, ont peut-être payé 1 000 $ ou 2 000 $
pour le cours, poursuit M. Paquette. L'éducation doit demeurer une responsabilité
des ministères de l'Éducation, qui doivent déterminer des normes et agréer
les organismes de formation.»
Un contrôle de l'État pourrait éviter que ne se répande encore davantage
la tendance du secteur privé à transformer les étudiants en clients et
les cours en produits. À cet égard, les pays membres de l'Organisation
mondiale du commerce (y compris le Canada) ont entamé cette année un cycle
de négociation à propos de l'Accord général sur le commerce des services
(AGCS), où le secteur privé de l'éducation n'est qu'un business comme
les autres. De plus, les négociations en cours en vue de la création d'une
Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) englobent les services.
Déjà libéralisée, la formation continue dans le secteur privé canadien
ne souffre actuellement d'aucune entrave importante, indiquent les documents
de consultation d'Industrie Canada sur l'AGCS. Dans un marché global encore
plus déréglementé, le «consommateur» d'éducation à distance
devra d'autant plus s'assurer de bien jauger la qualité des formations
qui seront vendues comme de la lessive.
Apprendre en multimédia
Plusieurs supports peuvent être cumulés dans le cadre d'un même cours
offert à distance : lectures imprimées, documents à télécharger par Internet,
forums de discussions en ligne, conférences télévisées, etc. Des cours
exigent toutefois des étudiants qu'ils se réunissent pour partager, discuter
ou passer les examens - plus facile que de surveiller une épreuve finale
à distance!