Québec s'affranchit peu à peu de l'État. Les entreprises de haute
technologie prennent le relais de la fonction publique et s'installent
en grand nombre dans le secteur. Avec une Cité de l'Optique particulièrement
prometteuse, le marché de l'emploi de la région de la capitale bouge enfin,
à tel point que les travailleurs qualifiés ne suffisent plus à la demande.
Après une période difficile de réductions d'emplois massives dans la
fonction publique, l'avenir économique s'annonce enfin plus prometteur
pour la région métropolitaine de Québec.
L'année 1999 avait été un peu désespérante pour les chercheurs d'emploi
de la région. Près de 5 000 emplois ont disparu cette année-là. «Il
faut oser le dire, 1999 a été une année aussi décevante qu'inattendue
en ce qui concerne la performance du marché du travail», admet Yves
Fortin, président du Conseil régional des partenaires du marché du travail.
En dépit de la performance quasi récessionnaire de 1999, il y a tout
de même eu une baisse constante du taux de chômage dans la région depuis
1996, puisqu'il est passé de 12,6 % en 1996 à 7,6 % à la fin de 2000.
En 2000, le train de l'emploi semble donc s'être remis sur les rails.
Les prévisions d'Emploi-Québec sont même un tantinet euphoriques à l'égard
de la création d'emplois - elles annoncent l'apparition de 21 000 nouveaux
postes dans la région d'ici 2004. Et le meilleur est à venir : «L'économie
régionale continuera de créer des emplois à un rythme soutenu»,
estime Marian Lavoie, directeur de la Planification et du Partenariat
à la Direction régionale d'Emploi-Québec.
C'est que les investissements publics dans les domaines de la santé,
de l'éducation et des services sociaux croissent, de même que les dépenses
à la consommation. L'économie régionale profite en outre de la vigueur
des économies américaine et ontarienne, les deux principaux marchés des
entreprises exportatrices de la région. Marian Lavoie estime par ailleurs
que la région devrait bénéficier de la relance de l'embauche dans la fonction
publique et de la bonne performance de l'industrie de la construction
commerciale et industrielle.
L'oil de l'ouragan
technologique
La véritable révolution de l'emploi à Québec, c'est dans la Cité de l'Optique
qu'elle a lieu. Un tout nouveau secteur encore absent dans la région il
y a quelques années à peine.
À l'été 1999, 1 130 personnes travaillaient en optique à Québec. Ce nombre
grimpera à 2 141 à l'été 2001, prévoit Régis Labeaume, coordonnateur de
la Cité de l'Optique. Qui dit mieux? «En 2004, 5 419 personnes gagneront
leur vie en optique à Québec, poursuit M. Labeaume. Le secteur générera
des revenus d'environ 884 millions.» À la fin de l'année dernière,
19 entreprises se spécialisaient dans le domaine de l'optique à Québec.
Elles devraient être une trentaine d'ici 2004.
Bref, le défi de Régis Labeaume n'est plus tant de faire de l'oil aux
entreprises que d'aider ces dernières à trouver la main-d'ouvre spécialisée
dont elles ont grand besoin. «Mon principal défi, c'est la formation.
Il faut produire plus de diplômés. Le problème, c'est que le monde entier
veut nos diplômés. On a besoin autant d'ingénieurs que de physiciens,
de gens qui ont un bac, une maîtrise ou un doctorat en génie physique,
génie électrique ou génie mécanique. On a également besoin de diplômés
des cours professionnels de câblage optique et de physique.»
À elle seule, Exfo Ingénierie électro-optique, LA star techno de la région,
emploie 750 personnes. Cinq cents autres employés s'ajouteront d'ici à
la fin de 2001, quand l'entreprise aura pris possession de ses nouvelles
installations dans le Parc technologique du Québec métropolitain. Même
scénario pour Teraxion, spécialisée elle aussi dans le domaine de l'optique,
qui ne compte actuellement qu'une quarantaine d'employés, mais qui prévoit
créer 500 nouveaux emplois d'ici trois ans.
«On n'est qu'au début de la révolution, soutient M. Labeaume. Le
marché de l'optique est énorme et il y a beaucoup de place pour l'innovation.
Une chance comme ça dans l'économie d'une région, ça se présente rarement.
Il faut sauter dans le train pendant qu'il passe.»
Faire du neuf avec du vieux
Créé en 1988, le Parc technologique du Québec métropolitain est une véritable
technopole. On y compte quelque 3 000 travailleurs, dont plus de 1 500
scientifiques et chercheurs. En plus des entreprises d'optique-photonique
et des technologies de l'information, on y retrouve des compagnies des
domaines biomédical et bioalimentaire ou spécialisées dans les secteurs
des nouveaux matériaux, de l'environnement et de la foresterie.
Mais, depuis deux ans, les yeux sont tournés vers le Centre national
des nouvelles technologies de Québec (CNNTQ). Non seulement le CNNTQ fait
entrer Québec de plain-pied dans la nouvelle économie, mais il est aussi
en train de redonner vie à un vieux quartier central abandonné. En effet,
depuis l'arrivée du CNNTQ, le quartier Saint-Roch est devenu l'un des
secteurs les plus hip de la capitale.
Cinquante-cinq entreprises se sont installées au CNNTQ. Deux mille personnes
y travaillent directement ou indirectement dans les domaines des technologies
de l'information et du multimédia. Ce nombre doublerait s'il n'en tenait
qu'à la Ville de Québec, en attente de l'accord du ministère des Finances
pour doubler la superficie des locaux pouvant être désignés dans le périmètre
du CCNTQ.
Le retour des cerveaux
Depuis septembre, la Chambre de commerce régionale de Sainte-Foy multiplie
les efforts afin de rapatrier les cerveaux de la région, disséminés aux
quatre coins du continent.
En collaboration avec une dizaine d'entreprises ouvrant, entre autres,
dans les secteurs de l'optique-photonique et biomédical, elle a expédié
en septembre dernier quelque 2 100 missives à l'attention de diplômés
de l'Université Laval qui ont fui vers d'autres cieux. À la mi-novembre,
125 personnes s'étaient montrées désireuses de rentrer au bercail.
La Chambre de commerce a également organisé des rencontres stratégiques
à Toronto, où sont concentrés une bonne partie des cerveaux québécois,
dans l'espoir de les convaincre de revenir pour le charme, la qualité
de vie et les défis que peuvent désormais offrir les entreprises de la
région. Une opération de recrutement qui s'étendra jusqu'à San Francisco,
Boston et New York, au cours des prochains mois. La Chambre de commerce
et d'industrie du Québec métropolitain préfère quant à elle miser sur
le recrutement d'une main-d'ouvre qualifiée à l'étranger. Après avoir
établi les besoins des entreprises de la région, en collaboration avec
Emploi-Québec, Immigration Québec et Québec Cité de l'Optique, elle partira
en mission dans des pays qui ont des économies similaires à la nôtre.
Les premières équipes, qui devraient partir au printemps, se concentreront
prioritairement sur les pays d'Europe de l'Est.
Travailler...et
VIVRE à Québec
POPULATION
672 000 habitants dans la région métropolitaine
Source : Société de promotion économique
du Québec métropolitain, 2000.
ÉCONOMIE
Revenu per capita (1999) : 24 311 $ (23 056 $ pour l'ensemble
du Québec)
Source : Institut de la statistique du
Québec, 2000.
Taux de chômage : 7,6 % (8 % pour l'ensemble du Québec)
Source : Statistique Canada, octobre 2000,
données non désaisonnalisées.
Activités économiques : administration publique, services récréotouristiques,
pâtes et papiers, biomédical, électronique, optique et photonique, technologies
de l'information.
MAISONS ET LOGEMENT
Prix moyen d'une maison unifamiliale : 88 867 $ (moyenne
régionale).
Loyer moyen d'un appartement de trois pièces ou plus : 600 $ (743
$ dans la Haute-Ville, 514 $ dans la Basse-Ville et à Vanier).
SPORT ET PLEIN AIR
Nature : le Parc de la Jacques-Cartier, un joyau du
patrimoine naturel du Québec, est situé à une petite demi-heure du centre-ville.
Descentes en canot, randonnée pédestre et vélo de montagne.
Activités estivales : piétons, cyclistes et patineurs se promènent
sur le Corridor des Cheminots, une voie ferrée recyclée en une piste cyclable
de 22 kilomètres; la région compte plusieurs plages grâce aux lacs environnants,
ainsi que le plus important parc aquatique au pays (Village Vacances Valcartier).
Ski : des pistes de ski de fond sont tracées en pleine ville,
sans compter les centres de ski de la région, dont le prestigieux Mont-Sainte-Anne
et le Camp Mercier; pour les planchistes et les skieurs alpins, Stoneham
et le Mont-Sainte-Anne sont tous deux situés à moins de 30 minutes de
la ville, alors que la petite station Le Relais n'est qu'à 15 minutes.
SORTIES
Restos : Près de 1 000 restaurants offrant 25 cuisines nationales
sont au menu de Québec. Conseillés : le Cochon Dingue (pour ses steaks-frites),
le Portofino (le bistro italien le plus populaire en ville) et le Parmesan
(cuisine italienne).
Bars : L'épicentre du nightlife québécois est sans contredit le
575, Grande-Allée, à Québec, qui abrite le Maurice Night Club, le Charlotte
Lounge et la Société Cigare. Le Pub Saint-Alexandre, les Salons d'Edgar,
le Cosmos Café et le bistro-restaurant Merlin figurent aussi sur la liste
des gens branchés.
CULTURE
Musées : Musée du Québec et Musée de la civilisation, entre autres.
Salles de spectacles et de cinéma : le Capitole, le Palais Montcalm,
le Grand Théâtre et la Salle Albert-Rousseau; une dizaine de complexes
cinématographiques, en plus du cinéma de répertoire Le Clap.
Fêtes populaires : il n'y en a pas que pour Bonhomme et son Carnaval
à Québec. Le Festival d'été et les Fêtes de la Nouvelle-France font également
courir les foules locales.
Journaux : Deux quotidiens - Le Soleil et le Journal de Québec
- et l'hebdo culturel Voir Québec.
Indicatif régional
Abitibi-Témiscamingue et Nord-du-Québec :
Des promoteurs songent à établir une gigantesque pisciculture de saumons
dans les centrales souterraines de la Baie-James. La popularité croissante
des sushis relancera-t-elle Radisson?
Bas-Saint-Laurent : Le Carrefour
de la nouvelle économie de Rimouski, dans le fief de la très dynamique
société de télécommunications QuébecTel, affiche déjà complet. On l'agrandira
pour accueillir 400 travailleurs de plus d'ici trois ans.
Chaudière-Appalaches : Pour développer
son économie, il faut pédaler. Dans Chaudière-Appalaches, on investira
donc 6,4 millions de dollars pour le développement de la Route verte,
le grand réseau cyclable qui traversera bientôt tout le Québec. Le tourisme
à vélo aura contribué à relancer l'industrie touristique de plusieurs
régions.
Côte-Nord et les autres régions maritimes :
L'avenir touristique de ces régions est à la mer, semble-t-il. L'organisme
Québec Maritime bénéficie d'une subvention de 300 000 $ du gouvernement
québécois pour lancer en 2002 un grand festival maritime.
Estrie : Début des activités dans
la controverse environnementale pour l'usine de magnésium Magnola, à Danville.
Mais la région retient surtout les 315 emplois créés, et les montagnes
de résidus d'amiante qui seront peu à peu recyclés.
Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine : Après
le coup de massue infligé par la fermeture de la papetière Gaspesia, la
Gaspésie se remet peu à peu de son knock-out économique. Les secteurs
des technologies marines, du tourisme et des technologies de l'information
auront créé l'an dernier quelque 880 emplois. Et la Gaspesia pourrait
rouvrir bientôt. Champagne!
Lanaudière : La papetière québécoise
Kruger prépare un investissement de 100 millions pour son usine de papier
hygiénique Scott, à Crabtree, tout près de Joliette. De nouveaux emplois
pourraient s'ajouter aux 650 déjà existants.
Laurentides : Début, en septembre
2000, de la construction de la nouvelle usine de Bombardier à Mirabel.
Elle emploiera de 1 400 à 1 700 travailleurs. Laval : La grande banlieue
du nord de Montréal s'enorgueillit d'un nouveau quartier industriel. Le
Centre corporatif Laval II représente un investissement de 50 millions
de dollars. Quatre entreprises ont déjà décidé de s'y implanter.
Mauricie et Centre-du-Québec : Un
Carrefour de la nouvelle économie pourrait voir le jour, soit à Grand-Mère,
soit à Shawinigan. Il ne reste plus qu'à résoudre la querelle de clocher
entre ces deux villes.
Montérégie : La région se donne des
airs d'Hollywood avec les studios de cinéma Ciné Cité, installés dans
l'ancienne base militaire de Saint-Hubert. L'entreprise passe maintenant
à la phase II de son développement et pourrait créer jusqu'à 1000 emplois
de plus.
Montréal : Relance de l'industrie
du courtage de valeurs mobilières avec l'inauguration officielle du bureau
canadien de la Bourse du Nasdaq, l'automne dernier. À Toronto, on fulmine.
C'est bon signe.
Outaouais : Trop de marteaux, pas
assez d'ouvriers spécialisés : l'essor des nouvelles technologies dans
la région et les projets d'agrandissement et de construction au Casino
de Hull créent une pénurie de main-d'ouvre dans le domaine de la construction.
Saguenay/Lac-Saint-Jean : Fin de
la construction de la nouvelle aluminerie d'Alcan à Alma, après trois
milliards d'investissement et deux ans de travaux. Au pays des bleuets
géants, on ne fait rien à moitié : il s'agissait du plus gros chantier
industriel au Canada. Plus de 2 000 travailleurs de la construction sont
libérés.