Netéconomie, économie de l'information, économie numérique ou postindustrielle.
La question se pose : d'une appellation à l'autre, l'idée d'une «nouvelle
économie» a-t-elle un sens? Mise au point.
Pour plusieurs, «nouvelle économie» évoque de jeunes entreprises occupées
à créer des sites Internet ou des projets multimédias. Pour d'autres,
l'expression a des implications beaucoup plus larges. Du politicien à
l'économiste, en passant par le spécialiste multimédia ou l'entrepreneur
moyen, chacun s'est forgé sa propre définition du terme.
Quelles sont donc les entreprises de la nouvelle économie? D'abord les
évidentes : Amazon, Yahoo, Microsoft, BCE, AT&T, IBM. Puis les moins connues
: GM, Ford, Bombardier, Wal-Mart.
Wal-Mart? «Certainement, répond Gérard Bérubé, responsable des pages
économiques au quotidien Le Devoir. Wal-Mart fait partie de la nouvelle
économie, contrairement à Eaton qui était de l'ancienne économie et qui
est tombé. Wal-Mart a apporté une façon novatrice de faire les choses.
Ils ont amélioré leur productivité [stocks restreints, commandes prêtes
à temps, innovation dans le système de transport, dans la mise en marché
des produits]. C'est une valeur ajoutée qui a un impact énorme.»
Toutefois, Gérard Bérubé n'apprécie pas la démarcation tracée entre nouvelle
et ancienne économie. Il préfère parler d'approches d'affaires, une ancienne
et une nouvelle, qui n'ont rien à voir avec les activités des entreprises.
«Internet et les nouvelles technologies ne sont que des outils pour permettre
aux entreprises - dont les entreprises traditionnelles - de s'adapter
à un nouvel environnement en allant chercher des gains de productivité,
pour rester en affaires.»
Réinventer la roue
Nouvelle économie rime aussi avec technologies pour Mario Charette, conseiller
d'orientation, qui s'intéresse à la question depuis plusieurs années.
«Pour la plupart des gens, et c'est également le cas pour les instances
gouvernementales, la nouvelle économie regroupe les secteurs du multimédia,
de l'informatique, de la production d'ordinateurs, de la microélectronique,
des télécommunications. Tout ça est vrai, mais il faut reconnaître que
la nouvelle économie est un ensemble de technologies qui se répandent
dans toutes les couches de l'économie et qui la transforment.
«Le Canada est un pays qui a été construit autour du concept des télécommunications,
depuis le XIXe siècle. En ce sens, le domaine des télécommunications fait
partie de l'ancienne économie. Pourtant, aujourd'hui, il est de la nouvelle
économie. Pourquoi? Parce qu'il s'est modifié. De nouvelles technologies
ont été mises en branle et des possibilités sont apparues [mise en place
de puissants réseaux de fibre optique, arrivée des communications par
satellite, etc.]. Si c'est vrai pour le domaine des télécommunications,
cela vaut aussi pour d'autres secteurs qui se réinventent.»
Pour Mario Cantin, chef des opérations chez Zoneweb, une entreprise spécialisée
en diffusion vidéo dans Internet, peu importe le galvaudage de l'expression
«nouvelle économie» : il est d'avis qu'on parle tous de la même chose.
Selon cet ancien conseiller du Réseau d'informations scientifiques du
Québec, la recherche et le développement (RD) permettent de départager
ceux qui font partie de la nouvelle économie de ceux qui restent sur la
ligne de touche. «Le mot clé, c'est «inventer». L'aspect le plus intéressant
de la nouvelle économie, le plus significatif, ce sont les boîtes qui
inventent les outils de demain. Et elles font de la RD parce qu'elles
ont quelque chose à développer.»
La faute d'Henry
Et si les ténors de la nouvelle économie ne s'étaient en fait qu'approprié
une expression d'une autre époque? Henry Ford n'est-il pas le père de
la nouvelle économie, la vraie, la première?
C'est à ce fabricant de voitures américain qu'on doit l'invention, au
début du XXe siècle, de la fameuse chaîne de montage. Cette méthode de
travail novatrice a révolutionné l'économie occidentale et créé par ricochet
la société de consommation, société sur laquelle repose toute l'économie,
la nouvelle comme l'ancienne.
Cette innovation, explique Gérard Bérubé, a forcé plusieurs entreprises
à prendre le virage de la modernité. «Lorsque Ford a lancé sa voiture,
celui qui fournissait le caoutchouc s'est automatiquement vu embarqué
dans la révolution. Et ceux qui fabriquaient du tissu se sont aussi lancés
dans la nouvelle économie en développant des revêtements pour les sièges.
C'est le même principe aujourd'hui. C'est la façon de faire les choses
qui est différente.»
Mario Charette partage cette vision. «Cette nouvelle technologie [chaîne
de montage] a changé les habitudes et les fonctionnements du travail.
Ça s'est passé de façon suffisamment brusque et rapide pour qu'on puisse
dire qu'il y avait là révolution.»
On assiste au même phénomène aujourd'hui, poursuit-il. «Des technologies
sont mises en place, qui transforment les façons de travailler. Elles
les modifient d'abord dans certains secteurs porteurs ou de première ligne
de la nouvelle économie, mais ensuite ces effets se répandent dans tous
les autres secteurs.»