De son bureau situé au 28e étage de la tour de la Bourse, à Montréal,
Diane Lemieux observe avec satisfaction le fourmillement des nombreux
chantiers à ses pieds. «Je vous dis que ça travaille en bas!»
Toutes les têtes d'affiche de la relance économique du Québec, et les
milliers d'emplois qui en découlent, s'y étalent : les chantiers du Palais
des congrès et de la Cité du multimédia, celui du nouveau siège social
de la Caisse de dépôt et placement, le Centre de commerce mondial, le
port de Montréal. Bientôt, derrière, s'amorcera la construction de la
Cité du commerce électronique.
«Nous sommes dans une période de croissance exceptionnelle, du jamais
vu depuis le milieu des années 70», relève la ministre d'État du Travail
et à l'Emploi, avec un bémol cependant. «Si dans certains secteurs nous
sommes performants, ce n'est pas le cas partout. La Gaspésie ne bénéficie
pas autant de la croissance économique que la région de Montréal. Ceux
qui n'ont pas de diplôme universitaire, collégial ou professionnel non
plus. Ils risquent deux fois plus de connaître une période de chômage.»
Du travail pour tous?
«L'emploi, c'est l'élément d'intégration sociale. C'est ce qui fait qu'on
se lève le matin, qu'on est motivé dans la vie», affirme Diane Lemieux.
Malheureusement, l'actuel passage de la société québécoise vers une économie
basée sur le savoir est impitoyable pour ceux dont la formation et les
connaissances ne s'y adaptent pas. Une maudite machine, comme le chantait
Pierre Flynn... En août, le Québec affichait encore un taux de chômage
frôlant les 9 % et quelque 300 000 ménages vivaient de l'aide sociale.
C'est pour eux qu'a été créé en 1997 «Emploi-Québec»,
le plus gros poste budgétaire du ministère de Diane Lemieux. Avec cet
outil, c'est la première fois que le Québec gère l'ensemble de la stratégie
de formation de la main-d'ouvre.
Mais le rapatriement des pouvoirs fédéraux dans ce domaine ne s'est pas
fait sans heurts. Le mariage entre deux cultures d'administration publique
ainsi que la mise en commun des programmes provinciaux et fédéraux ont
provoqué une crise de croissance; après quelques mois, les caisses d'Emploi-Québec
étaient vides, des étudiants se sont fait couper les vivres, des programmes
ont été abandonnés.
C'est Diane Lemieux qui s'est retrouvée au cour de la tempête. Ainsi,
elle a passé les premiers mois de son mandat à renflouer la barque, plutôt
qu'à se familiariser avec ses nouvelles fonctions. Aujourd'hui, l'esquif
d'Emploi-Québec a trouvé sa vitesse de croisière et peut s'attaquer à
sa mission : du travail pour tous! Ou presque... «Le plein-emploi, le
chômage zéro, c'est une utopie», convient la ministre.
Diane Lemieux ne partage toutefois pas la vision apocalyptique de Jeremy
Rifkin, l'auteur de La fin du travail, qui, dans les années 90, annonçait
ni plus ni moins que la disparition du travail au profit de la technologie.
«Lorsqu'on observe ce qui s'est passé depuis 20 ans, il n'y a jamais
eu autant de gens dans la population active. Rifkin a tout de même posé
des questions fondamentales, notamment quant à l'effet des nouvelles technologies
sur l'emploi. Mais je ne suis pas sûre que cette image de l'avenir que
j'avais, enfant, où tout serait fait par des robots, soit possible. L'humain
a encore une utilité... La nouvelle technologie tend de plus en plus à
créer de l'emploi, plutôt qu'à l'éliminer.»
Carrière publique
La politique, c'est une nouvelle orientation de carrière pour Diane Lemieux.
«Elle n'était pas planifiée, précise la ministre. Je suis heureuse d'avoir
fait le saut, mais c'est un métier difficile. En politique, il faut apprendre
sur le tas. Emploi-Québec n'offre malheureusement pas de formation dans
ce domaine!»
Pourtant, Diane Lemieux a l'habitude de la vie publique et des rouages
de l'État. De 1995 à 1998, elle a été présidente et directrice générale
du Conseil du statut de la femme, un organisme gouvernemental. Auparavant,
cette diplômée en droit avait fait partie du Groupe de travail sur les
jeunes, présidé par le sociologue Camil Bouchard et mis sur pied par le
ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Marc-Yvan Côté.
Elle a aussi siégé à divers comités de consultation sur la question de
la violence faite aux femmes. Enfin, elle a été membre du Centre de recherche
sur la violence familiale et la violence faite aux femmes, du Conseil
de la santé et du bien-être, et du Conseil national de la prévention du
crime.