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  Zero-Knowledge Systems
Le culte de la liberté
par Stéphanie Fillion

L'entrée de la jeune entreprise montréalaise est déserte malgré les neuf heures qui sonnent. Pas de whiz kids aux cheveux colorés, pas de géants de la programmation en culotte courte: la majorité de la faune bigarrée qui bosse ici n'a pas commencé sa journée. C'est un peu plus tard qu'informaticiens, spécialistes et ingénieurs s'installeront à leur poste. Le but de leurs efforts: développer les meilleurs procédés de cryptage des données et «faire l'histoire d'Internet».

Une sacrée audace pour une si jeune entreprise qui fait désormais parler d'elle du fin fond de la Silicon Valley jusqu'aux pages du New York Times.

Après avoir vendu leur entreprise de services Internet TotalNet, en 1997, les frères Austin et Hamnett Hill, ainsi que leur père, Hammie, voyaient juste : selon eux, le développement d'Internet multiplierait les problèmes touchant à la sécurité des données transmises, donc à la confidentialité.

La même année, ils fondaient Zero-Knowledge Systems (ZKS) et commençaient à développer la technologie qui permettra à l'internaute de surfer en toute confidentialité, sans se faire traquer par les firmes qui épient ses habitudes de navigation et de consommation. Depuis, la petite famille croît à un rythme effarant. Au cours des derniers mois, le nombre d'employés a plus que doublé pour atteindre les 240 personnes. Et qui sait combien ils seront au début de la prochaine année.


En décembre 1999, la joyeuse bande de cracks de l'informatique mettait sur le marché Freedom, son premier logiciel et le premier produit d'encryptage de données assurant le respect de l'anonymat des usagers du Web.

Au début de l'été 2000, Austin Hill, le président de 27 ans, ouvrait un bureau stratégique dans le Wall Street de la nouvelle économie, Silicon Valley, en Californie. Le jeune entrepreneur, qui fait rouler son entreprise grâce à 40 millions de dollars américains obtenus de bailleurs de fonds aguerris en technologies, songe désormais à entrer en bourse.

Voilà qui n'est pas le premier success story du monde des affaires. Mais là où l'entreprise du trio originaire de Calgary se distingue, c'est dans la manière de gérer ses ressources humaines.

Ici, on se targue de dénicher les meilleures têtes et, surtout, de les garder! À l'image des entreprises de Silicon Valley, on est aux petits soins avec les employés, des spécialistes hyper brillants... reluqués par une foule de concurrents.

«Nous recherchons des personnes qui possèdent les qualifications nécessaires pour remplir un poste, les gens les plus brillants, les plus fascinés par notre cause. Au-delà de ça, nous sommes prêts à respecter leurs façons de travailler», explique d'entrée de jeu Éric Mallette, 29 ans, directeur du «département des gens», le service des ressources humaines de ZKS.

Mémo

Il n'y a pas de secret pour réussir sa carrière, mais quelques conseils peuvent aider. Voici celui d'Éric Mallette, «chef de bande» chez ZKS:

«Le conseil principal pour moi en ce qui a trait à la gestion de carrière, c'est de comprendre rapidement l'entreprise dans laquelle je travaille, de voir comment je peux y ajouter de la valeur, puis de vendre mon idée. Souvent, les gens se disent : «Voici ce que moi j'ai à offrir, voici qui je suis.» Je fais plutôt la démarche inverse, je me mets dans la peau de l'entreprise qui me reçoit pour me questionner sur ce qu'elle recherche, sur son plan d'affaires. C'est une bonne façon de se positionner pour aider l'entreprise. Par exemple, la première question que je pose à un candidat qui postule chez nous, c'est : «Qu'est-ce tu peux nous apporter?» Et je m'attends à ce que la personne soit prête à répondre!»

Missionnaires et combattants

«Je ne fais pas partie de votre inventaire», clame la publicité de Zero-Knowledge Systems, qui montre un visage arborant un code à barres sur le front.

«À l'heure actuelle, le problème de la sécurité des données transmises dans Internet est un enjeu de taille, mais il sera encore plus important demain, annonce George Favvas, responsable du département des affaires chez ZKS. Pour nous, la protection de la confidentialité des internautes contre ceux qui traquent leurs habitudes de navigation doit faire partie de toutes les transactions et interactions dans le Web.»

Freedom, le premier logiciel de ZKS, permet d'éviter ces atteintes à la vie privée des utilisateurs grâce à un système de cryptage des données combiné à l'utilisation de pseudonymes.

«Nous entendons de plus en plus d'exemples d'abus de confidentialité, poursuit George Favvas. Aux États-Unis, une personne n'a pu obtenir un emploi à cause de ses convictions politiques qui avaient été repérées dans un forum de discussion... anonyme! Bien des gens ne connaissent pas l'existence de tels procédés.»

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