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Voyage en solidaire

Darcy Lemire et Julie LeFebvre, fondateurs de TransAndes

Photo : TransAndes
Darcy Lemire et Julie LeFebvre, fondateurs de TransAndes

Deux entrepreneurs québécois conjuguent avec succès affaires et solidarité au cœur des Andes péruviennes.

Question travail, le Pérou, ce n’est justement pas le Pérou. Même si le pays affiche l’un des plus bas taux de chômage en Amérique du Sud – environ 8 % –, de mauvaises conditions d’emploi condamnent beaucoup de Péruviens à la pauvreté. Près de quatre travailleurs sur dix y occupent un emploi précaire, voire non rémunéré, selon les données de l’Organisation internationale du Travail.

Ce n’est pas le cas de Yuri, qui doit sa bonne fortune à des Québécois aventureux. Depuis quatre ans, ce guide de treks, d’expéditions à vélo et d’alpinisme fait vivre sa famille grâce à son job chez TransAndes, une entreprise fondée par Julie Lefebvre et Darcy Lemire en 2004. Installés dans la région du Machu Picchu, ces pourvoyeurs d’aventures en plein air et d’excursions culturelles ont pignon sur piste à Cuzco, en plein cœur des Andes. Cette ancienne capitale inca, chef-d’œuvre architectural reconnu patrimoine mondial par l’UNESCO, est le plus grand centre touristique du continent sud-américain.

TransAndes n’est cependant pas une entreprise touristique comme les autres. «D’abord, ils me donnent du travail!» lance Yuri en riant, lorsqu’il est interrogé sur ses liens avec les Québécois. «Ils me font confiance et me laissent beaucoup de liberté. Et surtout, mes idées pour aider ma communauté sont les bienvenues.»

De fil en montagnes

C’est que TransAndes, qui est d’abord une entreprise, est aussi devenue un outil de développement local. Après sept ans d’existence et des revenus qui ont triplé l’année dernière, elle emploie une vingtaine de travailleurs locaux – excluant les mules porteuses! – et participe à des projets de développement, dont certains sont mis de l’avant par ses employés. Comme celui de Yuri, le projet d’ONG Uyarihuay, qui signifie «Écoute-moi» en quechua, la langue d’origine inca parlée par des millions d’Andins comme lui. Originaire de Maras, une ville nichée au pied des cimes enneigées à 50 kilomètres de Cuzco, Yuri connaît trop bien la pauvreté des équipements scolaires dans les lieux isolés.

Un jour, alors qu’il guidait un groupe de TransAndes dans les environs, il a eu l’idée de créer un partenariat entre l’école de son village et les touristes, afin de soutenir l’éducation des enfants par l’envoi de matériel scolaire. Puis, l’ONG a grandi. Les idées se sont multipliées, puis concrétisées. Certains groupes de touristes ont offert leur temps pour repeindre l’école, d’autres ont construit des serres et des toilettes. L’aide à ces populations se fait concrètement sur le terrain.

Certains groupes de touristes ont offert leur temps pour repeindre l’école, d’autres ont construit des serres et des toilettes.

Yuri a contacté d’autres écoles environnantes dont l’une se trouve à Ocongate, à 4 300 mètres d’altitude. Là-haut, malgré le froid, les enfants se déplacent en sandales usées à la corde. À eux, on a donné des souliers et des vêtements chauds.

«La réaction des enfants quand nous leur apportons ces cadeaux est extrêmement forte. Ils pleurent de joie, mais aussi de tristesse, car cela leur fait réaliser que leurs parents ne sont pas en mesure de leur fournir le strict minimum», témoigne Yuri.

Selon lui, les fondateurs de TransAndes soutiennent la communauté parce qu’ils ont un grand cœur. Pour Julie et Darcy, ça allait de soi. Ils viennent d’un pays prospère, ont eu l’occasion d’étudier et de réaliser un grand rêve en s’installant au Pérou. Voir des gens vivre si modestement, la plupart dans des maisons de terre sans électricité ni eau courante, les motive à donner un coup de pouce. «Mais pas de n’importe quelle façon, insiste Julie. Il faut être à l’écoute des gens, se poser les bonnes questions, car un problème est toujours plus complexe de l’intérieur que de l’extérieur.»

Toutefois, selon Darcy, le Pérou n’est plus aussi pauvre qu’avant. «Le pays se modernise et désire se tailler une place dans le monde. Nous sommes donc en quelque sorte ambassadeurs de ce nouveau Pérou en construction», dit-il.

Quand les projets d’aide à la communauté aboutissent, Julie et Darcy s’en réjouissent. «Mais il y a tant d’idées qui nécessitent qu’on y consacre du temps», constate Julie, d’abord responsable de gérer la croissance de TransAndes. Entre autres projets dans la mire, leur Coupe de vélo de montagne TransAndes, qui vise à permettre à une jeunesse dépourvue de moyens de s’entraîner à ce sport, en plus d’encourager le cyclisme au Pérou. Le gagnant d’une course organisée localement profiterait d’un soutien matériel et logistique de TransAndes pour participer à des compétitions nationales.

Faire du chemin

Maniaques de vélo, Julie et Darcy ont d’abord été des amis d’enfance, puis collègues alors qu’ils étaient messagers à vélo à Montréal. Ils forment aujourd’hui un duo d’entrepreneurs qui n’a pas froid aux yeux. Il y a quelques années, ils ont exploré l’Amérique latine en vélo à quatre reprises, du Mexique jusqu’aux confins de la Patagonie argentine. C’est quelque part entre l’altiplano bolivien et les vallées du Pérou qu’ils ont eu un coup de foudre pour la splendeur des montagnes et rêvé de lancer leur entreprise de voyages d’aventure.

D’abord installés au Québec entre 2001 et 2004, ils trouvaient des clients au moyen du bouche à oreille et les amenaient découvrir des petits coins de paradis. Ils ont prouvé qu’ils avaient l’expérience et les connaissances pour guider de façon sécuritaire et professionnelle. Ils ne se sont pas découragés lorsque les institutions bancaires québécoises leur ont refusé un prêt de démarrage; ils ont avancé 20 000 $ à même leurs cartes de crédit et ont travaillé d’arrache-pied pour rentabiliser l’investissement.

Parfois, en basse saison, nous acceptons des contrats à prix coûtant simplement pour que nos employés puissent manger à leur faim.
– Darcy Lemire, cofondateur de TransAndes

En 2006, les entrepreneurs ont quitté Montréal pour de bon avec leur petite fille, Salita, pour s’installer à Cuzco. Au fil des ans, la compagnie a grandi et les circuits touristiques qu’elle offre se sont structurés. Les touristes, qui proviennent principalement d’agences de voyages québécoises, peuvent descendre des hauts glaciers en vélo de montagne jusque dans la jungle tropicale, visiter des canyons habités par des aigles et des condors, échanger avec des indigènes dans les villages des hauts plateaux ou se relaxer dans une retraite-yoga, entourés de neiges éternelles.

Par respect pour leur pays d’accueil, les entrepreneurs ont choisi de donner la priorité au bien-être des travailleurs de la région. «L’entreprise est comme un navire où le capitaine doit d’abord penser à son équipage plutôt qu’à ses propres intérêts s’il veut se rendre à bon port, explique Darcy. Parfois, en basse saison, nous acceptons des contrats à prix coûtant simplement pour que nos employés puissent manger à leur faim.»

Tour de roues

Mais même dans les hauteurs, le ciel n’est pas sans nuages. Comme toute jeune entreprise, TransAndes doit faire son chemin jusqu’au sommet. «L’entreprise doit croître afin d’assurer du travail à l’année à nos employés. Nous pourrions doubler le nombre de passagers annuels de 500 à 1 000», dit Darcy, confiant de pouvoir atteindre cet objectif. Mais cela implique d’informatiser l’entreprise afin de réduire le risque d’erreurs et de gagner du temps.

Déjà en cours, ces développements occuperont Julie et Darcy, qui s’enracinent chaque jour davantage dans les Andes, loin du Québec. «Je n’ai jamais eu de sentiment d’appartenance à la terre, dit Darcy. Je m’ennuie des personnes que j’ai laissées derrière moi, mais j’ai appris à aimer des gens ici aussi.» Ils reviennent deux ou trois fois par an pour visiter leurs proches et courtiser de nouveaux clients. Quant à leur fille, Salita, elle est à l’image de TransAndes : une recette québécoise nappée de sauce péruvienne!

L’auteure est présentement en voyage de vélo de l’Alaska à l’Argentine : pedalingsouth.com

Pour visionner le photoreportage complet sur le Web : Galerie photos

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