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Une machine à diplôme

Photo : Pinkcandy / Shutterstock.com

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De nombreux ouvrages consacrés au printemps étudiant de 2012 sont déjà parus. Les dessous du printemps étudiant de l’urbaniste Gérard Beaudet vient s’ajouter à la liste.

L’auteur relate dans son essai un rapport trouble entretenu par les Québécois envers l’éducation en tant qu’enjeu de société. Faisant remonter le malaise à la création tardive du Ministère de l’éducation sous Jean Lesage. Le Premier Ministre à la tête de l’équipe du tonnerre avait d’ailleurs plus d’une réserve sur le projet. Sans parler du Clergé qui perdait du même coup son privilège d’éduquer les bonnes âmes.

D’emblée, l’urbaniste porte un jugement sévère à ce qu’est devenu l’enseignement universitaire : un virage entrepreneurial qui aurait droit de vie ou de mort sur les départements moins «rentables». C’est souvent le cas des facultés où on y enseigne les sciences dites «molles» comme les désignaient les carrés verts l’an dernier. Ainsi, les facultés ne cherchent plus à approfondir les savoirs pour l’avancement des domaines de recherche indépendants. Ce qui compte dorénavant c’est d’arrimer l’enseignement avec les besoins de la grande entreprise. D’où la marchandisation de l’éducation venue avec le virage entrepreneurial des universités.

Toutefois, Gérard Beaudet pousse la réflexion encore plus loin et établit un parallèle entre le rapport complexé de biens des Québécois face à l’éducation et notre «vision»- ou plutôt manque de vision- en aménagement du territoire. À la lecture, on se demande comment l’auteur s’y prendra pour lier ces deux aspects pourtant distincts de la société québécoise : l’éducation et le territoire. Par quel chemin alambiqué arrivera-t-il à ses fins? Par le parcours historique du Québec des dernières décennies.

L’urbaniste tient son pari en dénonçant l’improvisation des instances politiques concertant le territoire. En démontrant d’ailleurs qu’il en est de même avec l’Éducation. La marchandisation mène le jeu. Encore et toujours, le désinvestissement des élites politiques serait pallié par les investissements privés. On fait miroiter des économies possibles sans démontrer la perte de nombreux actifs pour l’État.

Aussi, Beaudet s’indigne de voir ceux qui ont été les premiers à profiter d’une éducation supérieure plus accessible s’en prendre aux plus jeunes qui revendiquent justement une plus grande accessibilité aux études supérieures. Il résume ainsi : « Nous serions certes plus éduqués, mais pas nécessairement moins perméables aux idées reçues.» Les Québécois doivent concevoir tout l’aspect collectif des enjeux liés à l’éducation. L’université serait ainsi devenue «une machine distributrice de diplômes et de certificat en tous genres.»

Les dessous du printemps étudiant

Les dessous du printemps étudiant
par Gérard Beaudet
Éditeur : Nota Bene

ISBN : 9782895184430

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