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Trouver sa voie grâce aux concours de plaidoirie

Photo : Association du Jeune Barreau de Montréal

Photo : Association du Jeune Barreau de Montréal

Le travail nécessaire pour participer à un concours de plaidoirie a tout lieu de rebuter plus d’un avocat… Mais il rapporte gros et peut donner un bon coup de pouce à sa carrière!

Tiré du magazine Les carrières du droit 2014.

«Ces expériences ont changé ma vie!» s’enthousiasme Sophie Verville, qui a décroché en 1998 le titre de meilleure plaideuse à la Coupe du doyen de la Faculté de droit de l’Université Laval, une compétition dans le cadre de laquelle les étudiants représentent les intérêts d’une partie dans un dossier d’appel. L’année suivante, la jeune femme terminait neuvième au prestigieux concours d’arbitrage commercial international Willem C. Vis.

«Ça peut paraître cliché, mais cela m’a permis de me découvrir», dit celle qui est aujourd’hui professeure de droit à l’Université Laval, alors qu’elle souhaitait auparavant devenir enquêteuse pour la Gendarmerie royale du Canada. Sophie Verville supervise également les candidats de l’Université Laval au concours Willem C. Vis. Les étudiants d’établissements universitaires de tous les pays peuvent participer à cette joute annuelle qui se tient à Hong Kong et à Vienne.

Le fait d’avoir participé à un concours de plaidoirie est certainement un plus pour trouver un emploi.
— Anne-Marie Laflamme, vice-doyenne aux programmes de premier cycle de l’Université Laval

Il ne faut toutefois pas croire que tous ceux qui participent à des concours de plaidoirie se destinent à devenir avocats plaideurs. «Regardez-moi, je suis devenue prof! souligne Sophie Verville. Ces compétitions permettent de développer de solides compétences en recherche, en rédaction, en communication orale et écrite. Autant d’éléments qui seront très utiles pour construire une argumentation, peu importe la carrière que choisira l’étudiant en droit.»

Un précieux accompagnement

Toutes les facultés de droit du Québec fournissent du soutien à leurs étudiants qui participent à un concours interuniversitaire, que celui-ci soit québécois, canadien ou international. Cette aide prend la forme de cours préparatoires crédités. Une poignée d’étudiants triés sur le volet bénéficient ainsi de la supervision étroite d’au moins un professeur et d’avocats praticiens. Les étudiants peuvent s’exercer devant des membres de la magistrature et des juristes, qui critiqueront leur performance.

«Peu d’étudiants ont la chance d’avoir une telle rétroaction avant de plaider leur premier dossier devant un tribunal», note Anne-Marie Laflamme, vice-doyenne aux programmes de premier cycle de l’Université Laval et responsable des concours de plaidoirie. «Ce ne sont plus les mêmes à la fin de l’expérience; ils en ressortent avec un bagage vraiment exceptionnel.»

Comparativement à d’autres engagements étudiants, un tel exercice demande du courage et un important investissement de soi, des qualités recherchées par les recruteurs.

Ce que confirme Me Isabelle Casavant, qui a participé en 1999 au Concours Pierre-Basile-Mignault, opposant les six facultés canadiennes de droit civil, alors qu’elle était étudiante à l’Université de Montréal. Elle y a remporté le prix de la meilleure plaideuse.

Le principal avantage de ces concours, indique-t-elle, est la formation pratique que l’on reçoit pendant sa préparation et sa performance. «Ce genre d’exercice devrait faire partie intégrante de notre formation, car celle-ci est avant tout théorique. Lorsqu’on se retrouve sur le marché du travail, alors que nos seuls repères ne sont souvent que ce qu’on a vu à la télévision, on peut être agréablement surpris, mais aussi très déçu.» Un concours de plaidoirie, ça ne change pas le monde, sauf que…

Une excellente carte de visite

La compétition est féroce dans la recherche de stages et d’emplois au sein des cabinets. Tout ce qui permet de se distinguer vaut son pesant d’or. «Le fait d’avoir participé à un concours de plaidoirie est certainement un plus pour trouver un emploi», soutient Anne-Marie Laflamme.

En effet, ces concours sont bien connus des cabinets, qui ont conscience des compétences qu’auront pu y développer les participants. Comparativement à d’autres engagements étudiants, un tel exercice demande du courage et un important investissement de soi, des qualités recherchées par les recruteurs. «C’est une excellente carte de visite, parce que cela démontre le sérieux et le professionnalisme de l’étudiant», note Sophie Verville.

«On reçoit beaucoup de CV. Lorsqu’un candidat a gagné un concours de plaidoirie, on le considère», soutient Me Suzanne Côté, associée et chef du groupe du litige chez Osler, qui enseigne également les techniques de plaidoirie à l’École du Barreau du Québec. Elle a elle-même reçu le prix Plaideur de l’année, décerné par le magazine Le Monde Juridique, en 2008.

L’avocate de renom, qui a été membre du jury de la Coupe Guy-Guérin (un concours de simulation de procès en première instance), confirme qu’elle et ses confrères ont l’œil sur les jeunes participant à ces compétitions. «On en a déjà engagé certains qui avaient remporté des concours. C’est un enseignement d’une valeur incroyable», dit-elle.

Des concours en début de carrière

D’autres concours oratoires sont aussi proposés aux avocats en début de carrière, notamment par le Jeune Barreau de Québec et l’Association du Jeune Barreau de Montréal (AJBM).

Contrairement aux concours destinés aux universitaires, qui se veulent formateurs et collés à la réalité des tribunaux, le sens du spectacle et les effets de toge sont fort appréciés dans les concours pour jeunes avocats.

Me Michèle Frenière a remporté le Prix de l’Orateur Francophone 2012 de l’AJBM, ce qui lui a permis de représenter le Barreau de Montréal au Prix Paris-Montréal de la Francophonie, compétition à laquelle participent de jeunes avocats appartenant à des barreaux étrangers. Elle s’est aussi rendue à Kigali, au Rwanda, à titre de représentante du Québec au concours international d’éloquence de la francophonie organisé par la Conférence internationale des barreaux de tradition juridique commune. «C’est une expérience absolument phénoménale! On côtoie des jeunes avocats qui viennent de partout à travers le monde et qui ont une vision, un bagage différent du nôtre», raconte-t-elle.

Culture générale, originalité, humour et charisme font partie des critères d’évaluation du jury. Contrairement aux concours destinés aux universitaires, qui se veulent formateurs et collés à la réalité des tribunaux, le sens du spectacle et les effets de toge y sont fort appréciés. «L’objectif est de créer des occasions de rencontre au sein de la communauté juridique, et de faire connaître les jeunes avocats participants pour leur éloquence et leur qualité d’expression», explique Me Andréanne Malacket, présidente de l’AJBM.

«Je n’aurais pas cru que cela ferait une grande différence, mais pourtant, cela m’a donné beaucoup de visibilité. J’ai passé deux ou trois journées à serrer des mains et à recevoir des félicitations, se souvient Me Frenière. Cela m’a fait beaucoup de publicité dans mon cabinet, et j’ai même été étonnée de voir que les gens étaient au courant au tribunal, et me félicitaient.»

Conseils d’experts pour plaider comme un pro

À faire :

  • Être prêt à s’investir. «Il faut avoir une bonne tête en droit et travailler sans compter ses heures», selon Sophie Verville, professeure de droit à l’Université Laval.
  • Se préparer et connaître son dossier. «On a beau être un excellent orateur, si on n’est pas préparé, on sera mauvais. Il faut pouvoir soutenir notre thèse, soit dans la preuve, soit dans la jurisprudence, ce qui demande beaucoup de préparation», note Me Suzanne Côté, associée et chef du groupe du litige chez Osler.
  • Anticiper les questions du juge. «Percevoir les questions pièges, les éléments que l’on n’a pas suffisamment considérés ou perdus de vue permet de faire face à tout type de situation», conseille Sophie Verville.
  • Faire preuve d’humilité et accepter la critique. Il faut ensuite «en tirer des leçons rapidement et continuer à avancer», dit Sophie Verville.
  • Soigner son langage et employer les expressions justes et pertinentes.
  • A éviter :

  • Apprendre son texte par cœur. «Le niveau de langue baisserait au moment des questions et ça enlèverait beaucoup de naturel», remarque Sophie Verville.
  • Reporter sa réponse à la question d’un juge. «La seule chose qui trottera dans la tête du juge sera sa question et il n’écoutera pas ce que vous êtes en train de dire», indique Me Côté.
  • Décrocher après avoir plaidé. «Certains concours donnent des droits de réplique, alors si on n’est pas attentif, on perd le fil», dit Sophie Verville.
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