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Travailleurs recherchés en commerce électronique

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En un clic, on peut acheter en ligne des dessous de La Senza, une croisière de Voyages à rabais et un panier de victuailles du supermarché IGA. Est-il aussi facile de trouver un emploi dans le secteur du commerce électronique?

L’achat en ligne est un acte solitaire. Dans le confort de son foyer, n’importe qui peut désormais magasiner un paquet de biens et services sans même avoir à enfiler un pantalon pour passer à la caisse. À l’opposé, derrière l’interface léchée des sites transactionnels, un nombre croissant de travailleurs aux titres inusités (mais que fait donc un spécialiste en architecture du commerce électronique?) triment dur.

Au Québec, le commerce en ligne est en constante évolution depuis les années 1990. L’an dernier, près de la moitié des Québécois ont fait des achats sur Internet et ils y ont dépensé plus de 6,8 milliards de dollars, selon les estimations du CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations, à l’aide des technologies de l’information et de la communication). Il s’agit du double des dépenses en ligne pour 2009 et c’est sans compter toutes les transactions entre les entreprises.

Six ou sept personnes [informatique, infographie, rédaction de texte, service à la clientèle, etc.] doivent être affectées au site Web pour générer un chiffre d’affaires d’un million de dollars, selon Détail Québec.

Toutefois, une bonne partie des achats en ligne sont probablement réalisés sur des sites étrangers, puisque d’après Statistique Canada, seulement 11 % des entreprises canadiennes vendent des biens et des services en ligne. Le Canada, le Québec inclus, accuse un certain retard en la matière, selon plusieurs observateurs. «En attendant, on perd des ventes au profit de compagnies étrangères», constate le cofondateur de la firme d’experts en stratégie et marketing Internet Adviso, Jean-François Renaud. Et des emplois, probablement.

Il reste que de nouveaux joueurs s’ajoutent chaque année, peut-être en raison de pressions des consommateurs : Détail Québec a constaté que les clients des bannières qui ne se sont pas encore converties au commerce électronique en font la demande sur les réseaux sociaux. Sur la page Facebook du détaillant de vêtements féminins Dynamite, les publications du genre : «C’est quand nous [sic] allons pouvoir acheter EN LIGNE sur votre site?? Je perds patience» se multipliaient avant le lancement de sa boutique en ligne l’été dernier.

Travailleurs recherchés

Difficile, toutefois, de quantifier les besoins en main-d’œuvre, car le secteur manque cruellement de données au pays, contrairement à la France, où l’on sait que l’emploi en commerce électronique a crû de 13 % en 2012 et devrait avoir gagné 10 % en 2013, d’après une étude de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance. Les travailleurs les plus recherchés chez les cousins français sont les développeurs, les professionnels en gestion de la relation client, les analystes et les chefs de produits.

Les recruteurs français affirment avoir du mal à engager du personnel particulièrement pour les postes liés aux technologies de l’information (TI), un fait observé ici aussi. Chez Voyages à rabais, dont le siège social se trouve à Trois-Rivières, le vice-président aux technologies, David Grégoire, doit d’ailleurs faire des pieds et des mains pour trouver des personnes intéressantes. Depuis 2010, la gestion et le développement des technologies de cette agence de voyages en ligne se font à l’interne par une équipe de huit employés, qui comprend des développeurs, un designer intégrateur Web, une technicienne en informatique et un spécialiste en optimisation pour les moteurs de recherche.

«Si j’affiche une offre d’emploi et que j’attends que les candidatures arrivent, je vais attendre très longtemps… Il faut être proactif, pressentir des gens qui ont un profil intéressant, les recruter en dehors de la région», relate David Grégoire. Pour capter l’attention de candidats potentiels et garder ses employés, l’entreprise fait d’ailleurs tirer des voyages régulièrement.

C’est que «les candidats, comme les graphistes et les développeurs, sont déjà très recherchés dans des domaines autres» que le commerce électronique, explique Cédric Fontaine, un membre fondateur de l’Association québécoise de commerce électronique et propriétaire de Terroirs Québec, qui vend des produits gastronomiques sur le Net. Le nombre d’emplois croît deux fois plus vite dans le vaste secteur des TI que dans le reste de l’économie, alors que le nombre de diplômés reste trop faible, estime un rapport récent de TECHNOCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications.

En réalité, des entreprises peuvent se lancer dans le commerce électronique sans avoir recours à beaucoup de personnel en technologies de l’information. Des plateformes conviviales et sécuritaires, comme la canadienne Shopify, permettent de réaliser une boutique en ligne à peu de frais. Dans ce cas, un ou deux employés polyvalents peuvent suffire à faire rouler la machine. Mais pour les projets complexes, il faut plus de personnel.

Faire des achats à partir d’une tablette électronique était encore impossible il n’y a pas si longtemps.

Les travailleurs en TI du commerce électronique exercent leur métier directement dans les organisations qui font des affaires en ligne (commerces, institutions financières, gouvernements, organismes) ou encore dans des agences qui épaulent ces organisations sur le plan technologique. «Pour créer le site Web transactionnel, les commerces de détail font souvent affaire avec des spécialistes externes, mais pour faire le suivi et entretenir le site, ça prend des gens à l’interne», précise la directrice générale de Détail Québec, Patricia Lapierre.

Manger du Web

Les employeurs privilégient les candidats qui s’intéressent à la fois au Web, au marketing et au design. «Ce n’est pas facile à trouver; un programmeur n’est pas toujours intéressé par le côté esthétique des choses», explique Jean-François Renaud.

Dans tous les cas, il faut savoir se tenir à jour dans cette industrie qui évolue à un rythme effréné, suivant les progrès technologiques. «Ici, on revoit nos plans de cours chaque année, parce que ça évolue trop vite», raconte le professeur Abdelouahab Mekki Berrada, responsable de la concentration en gestion du commerce électronique à la maîtrise en administration à l’Université de Sherbrooke, qui forme des cadres. Faire des achats à partir d’une tablette électronique était encore impossible il n’y a pas si longtemps.

Une bonne capacité d’adaptation et la volonté de se garder à jour sont essentielles pour réussir en commerce électronique. Jean-François Renaud est assez radical sur ce point. «Moi, quand je cherche un candidat, je lui demande : “Qu’est-ce que tu fais le soir?” S’il n’est pas sur le Web, je ne le veux pas. Il faut manger du Web.»

Aux frontières entre les technologies de l’information et le marketing, les personnes dont la formation combine les TI et le marketing sont recherchées. Au DESS en affaires électroniques à HEC Montréal, le taux de placement est de 100 %. «Nos étudiants sont embauchés, pour la plupart, par des agences où ils travaillent dans les différentes spécialités du Web : stratégie de présence Web, veille concurrentielle, analyse de données, stratégie de contenu, référencement, gestion de communautés, etc.», énumère Olivier Gerbé, responsable du programme. Même son de cloche à la maîtrise en administration, concentration en gestion du commerce électronique, de l’Université de Sherbrooke.

Il y a donc de l’emploi pour qui s’intéresse à la mécanique derrière les achats en ligne. Et en passant, un spécialiste en architecture du commerce électronique dresse les plans d’un site transactionnel, développe l’interface utilisateur et veille à la sécurité des systèmes.

Ça vous intéresse?

Gains de compétences

Dans les petites et moyennes entreprises, les employés doivent parfois acquérir certaines compétences pour s’occuper du commerce électronique. «Les gens à la comptabilité et au service à la clientèle peuvent être appelés à gérer les commandes, les médias sociaux, à rédiger les informations sur le Web», donne en exemple la directrice générale de Détail Québec, Patricia Lapierre.

C’est le cas de Jean-Philippe Pépin, qui travaille pour la chaîne de boutiques de vêtements pour enfants Clément. «Je suis aux achats, mais je peux me retrouver à écrire du contenu pour la boutique en ligne ou à suggérer d’ajouter un onglet “Parapluies” si c’est le printemps.»

La polyvalence est nécessaire!

Témoignage d’un gars occupé

Après cinq ans de carrière comme technicien et gestionnaire de laboratoire en pharmacie, Marc-André Arseneault a bifurqué vers le commerce électronique parce que le secteur lui offrait à la fois une bonne sécurité d’emploi et des défis.

Depuis qu’il a terminé son attestation d’études collégiales en développement de sites Web et commerce électronique au Collège de Maisonneuve, en 2011, ce Montréalais de 28 ans n’a pas chômé. «Tant que le web existera, on aura besoin du développement applicatif Web orienté commerce. À Montréal tout comme à Chibougamau.»

Les défis ne manquent pas non plus. Ces dernières années, Marc-André Arseneault a, entre autres, participé à la création d’une application pour une grande chaîne hôtelière et d’une autre pour l’Impact de Montréal au sein de deux agences, avant de se lancer à la pige.

«Je suis cartésien et j’aime le fait qu’on a tous les outils et les statistiques nécessaires pour optimiser l’expérience d’achat, contrairement à ce qui peut être fait en magasin. Par exemple, on peut tester deux versions différentes du site auprès des visiteurs et savoir combien ont cliqué sur un bouton en fonction de l’endroit où ce bouton est situé. Avec ces données, on peut rapidement optimiser l’affichage du site pour qu’il corresponde aux besoins de l’utilisateur.» Les effets de son travail sur les ventes en ligne sont directs et donc très satisfaisants.

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