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Travailleur autonome et espace de travail : marquer son territoire

Où installer son bureau? À la maison ou ailleurs? Voilà l’une des décisions les plus difficiles à prendre en tant que travailleur autonome, mais aussi l’une des plus personnelles.

Il n’y a que deux ou trois cas où vous n’avez pas vraiment le choix d’établir votre bureau ailleurs qu’à la maison : si vous embauchez, si vous produisez un bien manufacturé ou s’il vous faut un gros inventaire. Pour le reste, il n’y a pas de règles. Cela dépend beaucoup de vous et un peu des autres. Serez-vous à l’aise de travailler à six pas du lit? Pourrez-vous ne pas travailler pendant les heures normales de repos? Tout est affaire d’image, de territorialité et de fonctionnalité.

Question d’image

Le bureau à domicile a pour principal avantage de ne rien coûter et d’être déductible des impôts. Mais il accapare une pièce. Son principal défaut : il fait moins sérieux.

Ce problème d’image peut devenir épineux pour certaines catégories de consultants. Les avocats travaillant à domicile sont mal perçus par leurs clients. Et les ingénieurs solitaires sont dénigrés par leurs concurrents, qui les appellent des «ingénieurs (de) cave». Avant de décider, regardez ce que font les autres et informez-vous. Il existe quelques techniques de camouflage (voir l’encadré). Tout dépend aussi de votre aménagement, comme je l’explique dans les sections suivantes.

Pour compliquer la situation, certaines municipa­lités interdisent le travail à domicile. Ces règlements visent à empêcher la prolifération en milieu résidentiel des garages et des services d’escorte — les prostituées étant généralement considérées comme une catégorie peu désirable de travailleurs autonomes. Si votre commerce génère des déchets, du bruit, des odeurs ou de la circulation automo­bile, les voisins vont se plaindre avec raison.

Pour connaître le règlement, appelez la ville… mais ne donnez votre nom qu’au moment de remplir le formulaire. Si votre travail ne requiert qu’une pièce, n’entraîne pas de va-et-vient et n’exige pas d’enseigne, ne vous dérangez même pas.

Soyez territorial

Chez vous, installez toujours votre siège social dans une pièce consacrée à cet effet ou dans un recoin très bien délimité. Soyez territorial : le fisc préfère une pièce clairement définie pour les déductions de loyer. Par ailleurs, ce bureau trace une frontière que votre conjoint, vos enfants, vos amis et peut-être même votre chien devront respecter au moins pendant vos heures de travail, si ce n’est en permanence.

Cette compartimentation est d’autant plus nécessaire quant à votre principal outil de travail : le téléphone. Dotez-vous d’une ligne séparée pour le bureau. Ceux qui s’en privent par souci d’économie se font plus de tort que de bien. Ainsi, pas de danger que votre fiston mutant réponde en tirant la chasse d’eau. Et combien de travailleurs auto­nomes perdent des contrats parce que leur fille de trois ans ignore leur nom de famille?

Si votre travail vous amène à recevoir, le bureau à domicile devra être le plus près possible de la porte et… avoir l’air d’un bureau. Le spectacle d’un lit défait intimide les clients. Pas question non plus de les rencontrer autour de la table de la cuisine entre deux piles d’assiettes. Votre vie pri­vée ne doit pas gêner le client — ni vous d’ailleurs.

Le tout consiste à faire vrai. Si vous donnez des cours à de petits groupes, vous devrez aménager une salle de classe avec tout ce qu’il faut : néons, faux plafond et pupitres. S’il s’agit au contraire de recevoir des dirigeants d’entreprise pour des consultations, vous devrez investir dans la décoration et l’entretien ménager.

Fonctionnalité

Chaque fois qu’il me visite, mon frère avocat se paie ma tête, car mon bureau ressemble à un bric-à-brac d’étudiant. Une table usagée avec une rallonge en contreplaqué, de vieilles armoires de cuisine soutenues par des caisses en bois, des classeurs cabossés… Le tout est assez laid, quoique diablement fonctionnel. Heureusement, les apparences ne comptent pas dans mon cas, puisque personne ne vient chez moi dans le cadre de mon travail.

Mon cas est assez extrême, j’en conviens, mais évitez d’investir trop lourdement dans du mobilier spécialisé et de la bureautique avancée. Un bon fauteuil, un bon bureau, un bon classeur, une bonne imprimante, un bon téléphone et un bon ordinateur avec un lien Internet devraient vous suffire pour vous lancer. J’ai dit «bons», pas dernier cri — ménagez vos réserves.

Chose importante : ne sacrifiez jamais votre confort. Pourquoi souffrir un recoin sombre, un bureau trop petit, un écran trop près des yeux? Occupez une pièce agréable, avec une fenêtre et un balcon. Après tout, c’est vous le patron!

Quand tout sera parfaitement en place, votre plus gros problème sera d’oublier le travail pendant les heures de repos. Je connais un travailleur autonome qui a installé un verrou à sa porte de bureau et qui confie la clé à sa femme les soirs et les fins de semaine!

Sans aller jusque-là, il suffit souvent d’un rituel précis pour compartimenter votre univers : prendre un bain, lire le journal, écouter un disque, changer de vêtements, aller courir, faire la sieste, faire des courses. C’est psychologique : les gens qui quittent le bureau pour rentrer chez eux le soir font la même chose, alors pourquoi pas vous? La frontière est si ténue dans le cas du bureau à domicile. Le mot le dit.

Jean Benoît Nadeau est l’auteur du Guide du travailleur autonome, publié aux Éditions Québec/Amérique.

 

L’art du camouflage

Si vous portez attention à certains détails, vos clients n’y verront que du feu!

Adresse — Le 2000, boulevard Le Corbusier paraît mieux que le 17, croissant Mon Plaisir. Certains centres d’affaires offrent une belle adresse, une réceptionniste, un service de photocopie, de messagerie et de réception de colis. Méfiez-vous de la boîte postale : elle cache parfois des escrocs.

Réunions — Compensez pour l’absence de salle de réunion en invitant vos clients ou vos fournisseurs au restaurant, parfois même à la chaîne quand vous devez en voir plusieurs.

Téléphone — Comme le gros de votre travail se fera par ce moyen, vous pouvez vous doter d’un service de réception extérieur. J’en connais qui enregistrent leur message d’accueil sur fond de «musak», ou qui demandent à un ami de prononcer leur message — ce qui donne l’impression qu’ils ont des employés. D’autres imitent une voix de réceptionniste, mettent en attente et répondent avec leur voix normale. Mais il s’agit de comédiens, une catégorie de travailleurs autonomes particulièrement doués question voix!

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