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Travailler dans un secteur cyclique

Plusieurs secteurs d’activité mis de l’avant dans Les carrières d’avenir sont vulnérables aux cycles économiques. Comment faire pour y exercer son métier de manière durable malgré les périodes creuses?

Fermetures d’Aveos et des usines de papier AbitibiBowater, suppression de postes chez le motoriste Pratt & Whitney Canada… À eux seuls, ces événements traduisent les hauts et les bas qu’ont subis les travailleurs des secteurs assujettis aux aléas de l’économie, comme l’aérospatiale, la foresterie et l’industrie des mines. Pas étonnant que certains jeunes hésitent à s’inscrire aux programmes liés à ces domaines, de peur de se retrouver le bec à l’eau quelques années plus tard.

Or, ceux qui se sentent attirés par un secteur cyclique ne devraient pas se priver d’étudier dans le domaine qui leur plaît. Selon Louis­-Philippe Tessier-Parent, économiste à la Direction de l’analyse et de l’information sur le marché du travail à Emploi-Québec, les périodes difficiles ne sont pas toujours synonymes de mises à pied. «Quand l’économie ralentit dans un secteur, le plus souvent, c’est l’embauche de nouveaux employés qui est suspendue», précise-t-il.

Les études comme bouclier

Choisir d’étudier est d’ailleurs le meilleur moyen d’affronter les tempêtes. C’est ce que soutient Véronique St-Pierre, conseillère d’orientation au Cégep de Thetford. À son avis, les jeunes qui prennent un risque ne sont pas ceux qui s’inscrivent à un programme lié, par exemple, au secteur des mines, mais bien ceux qui abandon­nent leurs études pour accepter un emploi. «Ça peut être alléchant sur le coup, mais lorsque le secteur ira mal, c’est l’employé sans diplôme qui sera congédié le premier», dit-elle.

De façon générale, en période de récession, les gens les moins scolarisés sont davantage touchés par le chômage, rapporte Louis-Philippe Tessier-Parent. «Le travailleur licencié qui est diplômé et qui a de fortes compétences peut rapidement trouver un nouvel emploi, explique-t-il. De façon temporaire, il peut même occuper un poste pour lequel il est surqualifié, pour éviter le chômage.»

Formation continue et polyvalence

Réjean St-Arnaud, directeur général du Comité sectoriel de main-d’œuvre (CSMO) des industries de la transformation du bois, croit, pour sa part, que la formation continue constitue un avantage indéniable pour durer, même en temps de crise. «La personne qui suit différentes formations en cours d’emploi et qui maintient ses connaissances à jour aura plus de facilité à intégrer une autre entreprise, voire un nouveau secteur», explique-t-il.

Malgré leur vulnérabilité économique, les industries cycliques demeurent des secteurs d’emploi de choix. on y offre un niveau de rémunération élevé et des conditions de travail avantageuses.

Car il ne faut pas oublier que certaines compétences acquises dans un domaine, celles en gestion, par exemple, se transfèrent à d’autres domaines. Et être à l’affût des derniers progrès technologiques de son secteur permet aussi de ne pas être dépassé au moment de trouver un emploi.

Dans les mines, la plupart des travailleurs, comme les soudeurs, les électriciens et les opérateurs de machinerie, peuvent se replacer dans un autre secteur industriel, soutient Michel Bélanger, directeur général du CSMO de l’industrie des mines. Même chose dans le domaine de la foresterie, qui a justement vu une partie de sa main-d’œuvre prendre le chemin des entreprises minières ces dernières années, a pu constater Réjean St-Arnaud. Généralement, seule une courte formation offerte par l’employeur suffit pour passer d’un secteur à l’autre.

Du côté de la construction, la rénovation résidentielle se révèle souvent une solution de rechange intéressante pour les travailleurs lors des cycles baissiers. «Même en période de récession, la demande pour les réparations d’urgence et les travaux d’entretien se maintient», précise Louis Delagrave, directeur de la recherche et de la documentation à la Commission de la construction du Québec.

Des mesures de protection

Sur le terrain, plusieurs entreprises cherchent également des moyens pour diminuer l’impact d’une baisse de la production sur leurs employés. Par exemple, plutôt que de mettre à la porte une partie de leur personnel, certaines compagnies adoptent l’horaire réduit. «Cette mesure a souvent été utilisée en aérospatiale par des entreprises comme Bombardier et Pratt & Whitney Canada», souligne Serge Tremblay, directeur général du Centre d’adaptation de la main-d’œuvre aérospatiale au Québec (CAMAQ).

Les entreprises minières ont aussi tendance à conserver leur main-d’œuvre formée en attendant la reprise. Ainsi, il arrive que les employés soient réaffectés à d’autres tâches ou à un nouveau projet, comme les travailleurs de la mine Goldex à Val-d’Or, fermée en 2011 à cause de problèmes de sécurité. «L’entreprise Agnico-Eagle a replacé tous ses employés au sein d’autres divisions», rapporte Michel Bélanger.

Et quand la mise à pied est irrémédiable et que plus de 50 travailleurs d’un même établissement sont touchés, la Loi sur les normes du travail oblige les employeurs à assurer leur reclassement. Grâce à une firme en ressources humaines, Emploi-Québec assiste alors l’entreprise en mettant en place un comité d’aide au reclassement. Le groupe Gestion concertée des ressources humaines réalise ce genre de mandats depuis plus de 20 ans. «Notre taux de réussite est de 90 %, affirme Onil Proulx, le président-fondateur. De ce nombre, 20 % des participants sont retournés étudier dans un secteur où il y a de la demande et 70 % ont réintégré le marché du travail dans un emploi de leur choix.» Onil Proulx confirme que les diplômés sont avantagés dans ce processus. Les employeurs privilégient les travailleurs formés.

Des domaines pleins de promesses

Malgré leur vulnérabilité économique, les industries cycliques demeurent des secteurs d’emploi de choix, mentionnent les personnes interrogées. On y offre un niveau de rémunération élevé et des conditions de travail avantageuses. Qui plus est, les perspectives d’emploi à moyen terme de plusieurs de ces secteurs sont actuellement bonnes.

La Commission de la construction du Québec prévoit que l’industrie aura besoin de 10 000 à 14 000 travailleurs par année jusqu’en 2016. «Le secteur est en croissance depuis plus de 15 ans et on ne voit pas la fin», souligne Louis Delagrave. Le secteur minier est aussi en pleine effervescence. Michel Bélanger estime les besoins en main-d’œuvre à plus de 18 000 personnes d’ici 2021. «Et même si nous coupions ces prévisions de moitié, nous aurions tout de même besoin de 9 000 personnes!»

Reste à voir si les diplômés seront au rendez-vous.

Des secteurs anti-récession

  • Administration et comptabilité
    Actuaire, analyste financier, juricomptable, contrôleur ou vérificateur interne
  • Sécurité, services publics et entretien
    Policier, pompier, technicien en assainissement de l’eau, électricien, mécanicien d’ascenseurs
  • Soins de santé
    Préposé aux bénéficiaires, infirmière, omnipraticien et médecin spécialiste, pharmacien
  • Technologies de l’information et des communications
    Programmeur, analyste et consultant en informatique, ingénieur, architecte de systèmes

Sources : «Formations gagnantes depuis 10 ans et plus», Les carrières d’avenir 2012. «35 formations anti-récession», Les carrières d’avenir 2009. «Top 12 Recession-Proof IT Jobs», Global Knowledge, août 2012.


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