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Super boum en Jamésie

La Jamésie assiste à un véritable boum du secteur minier. Près de 1 100 emplois devront être pourvus au cours des prochaines années. À cet important besoin de main-d’œuvre s’ajoute le défi d’intégrer rapidement les travailleurs nouvellement arrivés dans la communauté.

Lorsque Julie Drapeau a quitté Montréal il y a trois ans, ses amis lui ont dit qu’elle partait s’installer dans un «trou». Non seulement elle déménageait à Matagami, dans le Nord-du-Québec, mais elle allait travailler dans une mine nommée Persévérance!

Julie Drapeau fait partie des quelque 230 travailleurs embauchés par Xstrata Zinc pour exploiter la mine de zinc à Matagami, ouverte depuis 2008. Un second souffle pour cette ville minière de 1 658 âmes, située à près de 800 km au nord de Montréal. À la fermeture de la mine Bell-Allard en 2004, plusieurs familles étaient parties et, avec ses 1 522 habitants, Matagami n’avait jamais été si peu peuplée.

À l’image de cette municipalité voisine du 50e parallèle, une foule de petites villes de la Jamésie se réjouissent de l’effervescence de l’industrie minière.

Du recrutement à l’accueil

Le recrutement de la main-d’œuvre n’est pas le seul défi que doivent relever les coordonnateurs du programme Ruée vers le Nord, dont la mission est de promouvoir les emplois dans le Nord-du-Québec. Ces derniers, en collaboration avec les carrefours jeunesse-emploi, s’assurent également que les nouveaux venus s’intègrent rapidement.

Yan Tremblay, agent de migration au Carrefour jeunesse-emploi de Chibougamau, aide notamment à la recherche de logements. «Je peux visiter et prendre des photos des maisons à vendre et les envoyer aux gens avant leur arrivée, ou encore les aider à trouver des places en garderie, dit-il. Je les mets en contact avec les personnes-ressources de leur future ville d’adoption, etc.»

La ville d’accueil est particulièrement mise à contribution. «Ce n’est pas tout d’attirer les gens, il faut aussi les garder, souligne le maire de Matagami, René Dubé. Il faut donc multiplier les activités pour se regrouper et, surtout, il faut avoir des infrastructures et des services.»

Matagami, la «porte de la Baie-James», possède ainsi une école primaire et une école secondaire, un CLSC, une garderie, une bibliothèque municipale, un aréna et une piscine. «On a 5 médecins de famille et vous pouvez arriver le matin sans rendez-vous, vous n’attendrez pas 15 minutes! Essayez de faire ça dans une grande ville», dit fièrement René Dubé.

Un des derniers défis du maire a été de trouver un pharmacien pour remplacer celui parti en 2000. Les médicaments étaient livrés par autobus depuis Amos, qui est la ville la plus proche… à deux heures de route! De nombreuses recherches et discussions ont finalement convaincu un pharmacien de s’installer à Matagami, en 2009. «C’est le genre de service qui compte pour les nouveaux arrivants», précise René Dubé.

Benoit Doiron, 40 ans, était plutôt préoccupé par l’absence d’un autre service à son arrivée, en 2008. «Le Canadian Tire est à deux heures de route!» dit l’électricien chez Xstrata. Le Gaspésien d’origine, qui a habité la région de Montréal pendant 18 ans, a toutefois trouvé le moyen de joindre l’utile à l’agréable. «Quand je vais à Val-d’Or ou à Amos, ma conjointe m’accompagne, on en fait une sortie et on dort là-bas.»

Aider toute la famille

Comme plusieurs autres municipalités de la région, le maire Dubé prend la récente vitalité de Matagami au sérieux. La Ville a ainsi commandé une enquête auprès de 200 employés de l’industrie minière et forestière afin de connaître les facteurs de rétention des gens dans la région. Si l’emploi est la première préoccupation de plus de 87 % des répondants, près de la moitié ont qualifié d’essentielle la possibilité pour le conjoint de travailler.

«Quand les gens arrivent, on leur demande ce que leurs conjoints font et on les aide à trouver un travail, indique René Dubé. Si un membre n’est pas heureux, la famille ne restera pas.» La femme de Benoit Doiron, une massothérapeute, a ainsi pu démarrer sa propre entreprise grâce au soutien de la Société d’aide au développement des collectivités.

Une ombre au tableau

Il existe toutefois un obstacle de taille à l’accueil des nouveaux travailleurs à Matagami. «Notre plus gros casse-tête est le logement», indique le maire René Dubé. En 2006, il y avait de 50 à 60 maisons à vendre. En 2008, il n’en restait que huit. Selon l’enquête commandée par la Ville, des postulants pour des emplois ont dû retirer leur candidature en raison de l’absence de logements à Matagami. L’agent de migration, Yan Tremblay, confirme que Chibougamau et Chapais vivent également cette situation.

À son arrivée en 2007, la géologue Julie Drapeau n’avait pas plusieurs options. «J’ai fait le tour de la ville au complet, dit la femme de 30 ans. Il y avait un appartement libre dans un sous-sol qui puait et une maison mobile.» Elle a opté pour la maison mobile pendant un an, avant de pouvoir s’acheter une maison. Xstrata lui avait remis la liste des logements sur le marché, mais elle n’était pas à jour. «Quand le monde arrive, ça s’appelle système D», dit Julie Drapeau.

«Il n’y a rien à louer, admet le maire Dubé. Dès qu’une maison est à vendre, elle ne le reste pas longtemps.» La Ville étudie donc la possibilité d’expansion du parc immobilier, mais un problème demeure. En 2006, un Matagamien pouvait vendre sa maison 37 200 $, comparativement à 182 400 $ dans le reste de la province.

Comme ces maisons avaient été achetées pour une bouchée de pain – environ 5 000 $ – aux compagnies minières qui les avaient fait construire, les propriétaires ne perdent pas d’argent en les revendant, mais cela dévalorise le parc immobilier. Et le coût de construction d’un logement serait plus élevé que sa valeur dans ce marché.

La priorité du maire Dubé pour les prochaines années consiste donc à s’attaquer à ce problème. Une solution est d’autant plus impérative qu’un nouveau gisement sera exploité à Matagami en 2012, créant ainsi 250 emplois. Mais cet obstacle est bien loin de décourager ce maire qui craignait, il n’y a encore pas si longtemps, de devoir mettre la clé sous la porte de sa ville.

Bien loin des clichés

Oubliez l’image du pauvre mineur avec sa pelle et sa pioche. Mineurs, foreurs, géologues, technologues en exploitation et ingénieurs forment une main-d’œuvre qualifiée. En incluant les heures supplémentaires, le salaire moyen par travailleur du secteur minier atteignait 73 000 $ en 2008, selon Statistique Canada. Pierre Thibault, directeur du service technique pour l’Association minière du Québec et ingénieur minier de formation, affirme d’ailleurs que ces métiers sont beaucoup moins dangereux qu’avant. «En 20 ans, la fréquence des accidents dans les mines a diminué de 74 %, dit-il. L’image que les gens ont des mines est très folklorique. Aujourd’hui, les travailleurs sont moins exposés au risque, il n’y a plus de foreuses manuelles et les équipements sont beaucoup plus sophistiqués et automatisés.»

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