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Stage en droit: travaux pratiques

Un stagiaire en droit, ça fait quoi? Tout! Enfin, presque, car il y a quand même certaines exceptions. Un stage en droit est une immersion quasi totale dans l’univers professionnel.

«Hier, je suis allé en interrogatoire avant défense pour prendre des notes et j’ai ensuite écrit un résumé pour le cabinet. Avant-hier, j’ai assisté à une conférence de règlement à l’amiable, pour voir comment ça se déroule», raconte Jean-François Paré, stagiaire dans le bureau de Québec de McCarthy Tétrault. Et ce n’est pas tout : on lui donne parfois quelques tâches à effectuer au tribunal, comme l’appel du rôle, procédure qui sert à confirmer si une cause peut être entendue.

Rien à voir avec le stéréotype du stagiaire tabletté qui fait des photocopies à longueur de journée!

Ce grand plongeon dans le quotidien des juristes, tous les futurs avocats et notaires sont appelés à le faire. Cette expérience leur sert à mettre en pratique la théorie assimilée à l’université, à découvrir ce qu’ils aiment et ce qu’ils aiment moins dans la profession, à se lier avec leurs collègues, à satisfaire les clients… Et à toujours garder en mémoire qu’un stage se transforme fréquemment en un premier emploi.

«Souvent, les maîtres de stage recrutent des stagiaires en leur demandant quels sont leurs projets pour dans trois, quatre, cinq ans», observe Me Caroline Lafrance, juriste à la formation préadmission à la Chambre des notaires du Québec. «Des notaires voient une relève chez les stagiaires, certains parce qu’ils ont besoin d’aide dans leur étude, d’autres parce qu’ils veulent carrément prendre leur retraite», ajoute-t-elle. Les cabinets d’avocats, eux aussi, recrutent beaucoup chez leurs stagiaires.

Petit tour d’horizon des tâches, responsabilités, contraintes et défis reliés aux stages.

Avant de porter la toge

Les tâches de l’avocat stagiaire, pendant les six mois réglementaires, varient d’un environnement à l’autre. Dans les grands cabinets, il sera généralement affecté aux travaux de recherche et de rédaction avant de se frotter aux représentations en cour.

À Québec, McCarthy Tétrault emploie une trentaine d’avocats. «Je suis appelé à travailler avec plusieurs [d’entre eux], dit Jean-François Paré. J’ai touché à presque tous les domaines de pratique du cabinet : corporatif, droit du travail, litige, civil, commercial, un peu d’immobilier.»

Dans toutes les organisations, aussi bien publiques que privées, la supervision est étroite.

Plusieurs bureaux d’envergure obligent d’ailleurs les stagiaires à effectuer une rotation dans leurs différents champs d’expertise. Chez Fasken Martineau, par exemple, il s’agit du droit des affaires, du droit du travail et du litige. «En droit des affaires, on demande à nos stagiaires de participer à la vérification diligente d’une transaction, à la documentation du contrat, expose Me Marc Novello, associé responsable des pratiques professionnelles à Montréal. En litige, les stagiaires devront bien cerner les questions de droit et faire de la recherche poussée dans la jurisprudence. Il peut arriver qu’on envoie également nos stagiaires plaider quelques requêtes au tribunal.»

Dans les petits cabinets, l’expertise professionnelle est plus limitée, mais en revanche, les stagiaires peuvent mener un dossier plus en profondeur. «On va lever la barre un peu plus haut en demandant au stagiaire de rédiger une procédure et, à la limite, de répondre à des clients», affirme Me Alain P. Lecours, avocat chez Lecours & Lessard, cabinet montréalais qui compte six avocats. «Selon la capacité du stagiaire à accomplir les tâches, on ajustera ses responsabilités à la hausse ou à la baisse.»

De son côté, la fonction publique plonge progressivement ses stagiaires dans le bain. À la Commission des normes du travail, où les avocats représentent des salariés qui s’estiment lésés par leurs employeurs, les stagiaires effectuent d’abord de la recherche de jurisprudence et d’autres tâches de soutien. «À partir du troisième mois, les stagiaires ont leurs propres dossiers», indique Me Nicole Gagné, maître de stage au bureau montréalais de la Commission. «On leur assigne des dossiers de complexité moindre, mais ils font tout de A à Z : rencontrer le salarié, préparer des procédures, aller à la cour.»

Dans toutes les organisations, aussi bien publiques que privées, la supervision est étroite. «Au point que si un stagiaire fait une erreur, c’est l’assurance responsabilité du maître de stage qui devra la couvrir, rappelle Suzanne Gagné, responsable des stages et des équivalences à l’École du Barreau. Les maîtres de stage doivent être très attentifs et bien superviser les stagiaires. Ce qui prime, c’est la protection du public», dit-elle. Tous les documents produits par un stagiaire peuvent être vérifiés.

 

Maître de stage ou mentor?

Dans l’univers des stagiaires, le mot «mentor» peut porter à confusion. «À mon sens, un parrain ou un mentor, c’est quelqu’un qu’on choisit parce qu’on l’admire, on veut qu’il nous guide dans notre carrière, précise Suzanne Gagné, responsable des stages et des équivalences à l’École du Barreau. Or, si un maître de stage peut aussi représenter un mentor, il ne l’est pas toujours.»

Mais certains cabinets offrent les deux à leurs stagiaires. Par exemple, au bureau montréalais de McCarthy Tétrault, le maître de stage supervise et évalue le stagiaire. Mais ce dernier a aussi un mentor, un autre avocat qui lui donne du boulot, le guide et le conseille, sans se mêler de l’administration du stage. Au bureau de Québec, de plus petite taille, le maître de stage joue également le rôle de mentor. Dans d’autres milieux, il n’y a qu’un maître de stage, pas de mentor. (J.-S. M.)

 

Au sein d’une étude

Chez les notaires, quel périmètre occupe le stagiaire? «Il peut faire la lecture des actes notariés, rencontrer des clients, rédiger, effectuer des vérifications juridiques, représenter l’étude devant un tribunal, énumère Caroline Lafrance, de la Chambre des notaires. Le stagiaire doit, de façon progressive, prendre en charge les actes professionnels», lesquels constituent le travail quotidien du notaire.

Sylvain Carrier a commencé son stage en mai 2010 dans la petite étude de Me Michel Tétrault, à Montréal. «Je fais un peu de tout, c’est à la fois simple et compliqué. Très vite, j’ai été plongé dans plusieurs dossiers. J’apprends aussi le fonctionnement et les règles du bureau, même comment répondre au téléphone ou faire des photocopies d’actes notariés», explique-t-il.

Et la supervision? «Ça dépend des dossiers, répond Sylvain Carrier. Certains sont moins longs à traiter. Une fois que le notaire nous a montré comment faire, on pourrait en effectuer 50, c’est presque tout le temps la même chose. Pour d’autres dossiers, ça demande plus de supervision parce que c’est différent de la théorie. À l’université, on ne nous enseigne pas à monter les dossiers de A à Z. C’est en pratique qu’on l’apprend. Le défi, c’est de retenir tout ce qu’on nous montre en stage.»

En notariat, l’encadrement des stagiaires est plus complexe que chez les avocats. Ainsi, un superviseur mandaté par la Chambre chapeaute plusieurs duos stagiaire/maître de stage, fait le lien entre eux et la Chambre, participe à l’évaluation finale des stagiaires. Durant les 32 semaines de stage, la Chambre offre 3 semaines de formation pratique hors du milieu de stage (le superviseur reçoit l’évaluation de cette formation) et 4 séminaires, donnés à plusieurs stagiaires par un superviseur. Au programme : déontologie, normes de pratique, inspection professionnelle, gestion d’une étude notariale, comptabilité en fidéicommis, et plusieurs autres sujets.

«Le suivi des stagiaires varie selon les milieux, spécifie Me Lafrance. Le règlement de la Chambre a déjà imposé un “encadrement quotidien”, aujourd’hui c’est un “encadrement adéquat”. C’est sûr que ça prend une présence accrue de la part du notaire, mais plus le temps avance, plus le stagiaire est autonome, il est capable de prendre en charge un dossier complet.»

Contrariétés et possibilités

Diverses difficultés peuvent faire en sorte que le stage soit interrompu. Un conflit de personnalité entre le stagiaire et ses supérieurs, par exemple. Ou encore un étudiant qui encaisse mal le choc du réel par rapport à ce qu’il avait imaginé. En cas de problème, le Barreau et la Chambre aideront ces stagiaires à poursuivre leur cheminement dans un autre milieu. Une petite minorité décide aussi d’abandonner le stage pour s’engager dans des études supérieures en droit.

Mais on ne peut pas toujours prendre le stagiaire par la main, et il doit apprendre à se motiver. «Ce que je me tue à répéter aux futurs stagiaires, c’est qu’ils sont les premiers responsables de leur stage, clame Caroline Lafrance. Les maîtres de stage ne sont pas nécessairement des pédagogues, et ils peuvent être pris dans le tourbillon du quotidien. Donc le stagiaire doit être proactif, autonome et minutieux.»

Autres défis pour les stagiaires, soulignés par tous : la gestion du temps et la complexité des mandats. «Ce qu’un avocat d’expérience fait en deux heures, un débutant le fait en six heures», remarque Catherine Jalette, stagiaire au Fonds d’assurance responsabilité professionnelle du Barreau du Québec. Me Léna Taylor, directrice des programmes étudiants de McCarthy Tétrault, abonde dans ce sens : «Pour un avocat d’expérience qui travaille sur un dossier depuis des mois, tout semble limpide. En deux minutes, il délègue un mandat à un stagiaire; il pense que c’est clair, mais il peut manquer des informations, une certaine mise en contexte. Un stagiaire doit savoir poser les bonnes questions, une qualité que les avocats apprécieront chez lui.»

Enfin, un peu d’humilité ne fait pas de tort… «Il faut que le stagiaire accepte de commencer au bas de l’échelle et prenne conscience qu’il en a encore pour trois ou quatre années à apprendre avant de pouvoir vraiment être efficace, souligne Me Alain P. Lecours. Il ne doit pas non plus avoir des espoirs trop élevés quant à la rémunération ou aux conditions de travail pendant les premières années. Il lui faudra atteindre un certain niveau d’expérience, c’est-à-dire être autonome, efficace et rentable, avant que son salaire augmente de manière intéressante.»

Un dernier conseil pour les stagiaires? «Souvent, les espérances des jeunes sont un peu trop élevées, soupire Me Lecours. Il faut aimer notre travail. Si on ne le fait que pour la gloire ou le salaire, on va être déçu…»

 

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