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Les sources d’inspiration des personnages dans les séries télé

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«C’est en copiant qu’on invente», écrivait le poète Paul Valéry. Ainsi, les personnages de vos séries télé sont souvent inspirés de vrais travailleurs dont le quotidien a été scruté à la loupe par les auteurs. Ils accouchent ensuite de scénarios où fiction et réalité dansent le tango.

C’est l’histoire d’une rencontre fertile. Il y a cinq ans, les auteurs Bernard Dansereau et Annie Piérard ont croisé la route de la flamboyante Hélène Di Salvo, qui a fait condamner le boxeur Dave Hilton pour agressions sexuelles sur ses propres filles. Les scénaristes avaient sollicité les conseils de l’avocate de la Couronne afin de concocter une intrigue de la série Annie et ses hommes. Coup de foudre.

«Hélène a plus de personnalité que bien des héros de fiction! Elle nous a parlé de sa profession d’avocate avec tellement de feu qu’en sortant de son bureau, nous savions que ce serait le thème de notre prochaine série.» Ainsi est née Toute la vérité, qui met en scène l’avocate Brigitte Desbiens, une sorte d’Ally McBeal québécoise qui travaille dans un bureau de procureurs de la Couronne.

On doit aussi Trauma au hasard des rencontres. La série, écrite par la prolifique Fabienne Larouche, a été inspirée par Ronald Denis, chef du service de traumatologie à l’Hôpital Sacré-Cœur de Montréal. L’auteure l’a connu alors que son mari subissait une opération en 1999, et ils se sont liés d’amitié.

«Il y a des morceaux de moi dans le personnage de Julie Lemieux, chef du service de traumatologie de l’hôpital Saint-Arsène», admet Ronald Denis. Comme elle, il a fait un long séjour à l’hôpital après avoir été happé par une voiture à sept ans, et cela a pu influencer son choix de carrière. «Ceci dit, certains éléments de la série sont exagérés… Dans la vraie vie, les chirurgiens ne sont pas aussi caractériels!»

À la droite de Dieu

Précieux allié de Fabienne Larouche, Ronald Denis a relu tous les textes de la première saison de Trauma et corrige présentement ceux de la saison prochaine. Il assiste au tournage des scènes en salle d’opération, histoire d’éviter que les comédiens tiennent leur scalpel à l’envers (de vraies infirmières font aussi de la figuration pour poser des solutés aux faux malades).

Bernard Dansereau et Annie Piérard ont également mobilisé pendant quatre ans un bataillon de collaborateurs pour écrire Toute la vérité – recherchistes, avocats, juges, policiers, psychiatres, journalistes judiciaires. En tout, une soixantaine de personnes se sont assurées de la crédibilité des intrigues et de la justesse des termes de droit et des procédures à la cour. Aujourd’hui, c’est tout juste si les auteurs ne connaissent pas le Code criminel par cœur.

«Notre devoir est de divertir les gens avec de bonnes histoires, pas de faire du documentaire. Mais ça me fait tiquer quand on laisse passer des erreurs sous prétexte que “c’est juste un show”. Il faut présenter un récit plausible.»

Une préoccupation que partage le chroniqueur sportif Réjean Tremblay, un des pionniers des séries à caractère professionnel au Québec avec Lance et compte, diffusée pour la première fois en 1986. «À mes yeux, il est essentiel qu’en regardant une de mes séries – Urgence, par exemple –, le cardiologue et le concierge d’un hôpital puissent dire que j’ai bien compris leur travail.»

L’auteur, qui a aussi campé ses intrigues dans les milieux de la presse écrite (Scoop), de la télévision (Réseaux) et des casinos (Casino), ne lésine pas sur la recherche avant d’accoucher d’un scénario. «Pour Casino, j’ai visité de fond en comble un nombre incalculable de casinos, rencontré des croupiers, lunché deux fois par mois pendant deux ans avec une amie vietnamienne pour comprendre sa culture [les Vietnamiens sont très impliqués dans le milieu du jeu]. Quand je planchais sur Urgence, j’ai assisté à des opérations à cœur ouvert; j’ai même interviewé le ministre de la Santé de l’époque, Jean Rochon, afin de saisir le virage ambulatoire.»

Méli-mélo

À cette fastidieuse collecte de cas vécus et de notions techniques succède l’écriture, où l’auteur s’amuse à transformer la réalité en fable. «L’important n’est pas que ce soit vrai, mais vraisemblable», note Réjean Tremblay.

Mais par une coïncidence étrange, il arrive que des éléments tout droit sortis de l’imagination des scénaristes se produisent après coup dans la vraie vie.

Michèle Bazin a un sac rempli d’anecdotes à ce sujet. Cette professionnelle des communications a notamment scénarisé la série Monsieur le ministre avec Solange Chaput-Rolland (1982-1986). «Les auteurs ont peut-être une sensibilité exacerbée qui leur permet de capter l’air du temps. Dans Monsieur le ministre, Solange et moi avions introduit un ministère de la Famille et une loi contre le tabagisme dans les espaces publics avant même qu’ils soient créés!»

Un jour, elle a voulu intégrer à la série un personnage de ministre qui commettait un vol. Les réalisatrices ont refusé : elles trouvaient son histoire tirée par les cheveux. Quelques mois plus tard, Claude Charron, alors ministre sous le gouvernement de René Lévesque, volait un veston chez Eaton…

«Les auteurs ont moins d’imagination que la réalité, remarque Michèle Bazin. Par exemple, je n’aurais jamais osé mettre en scène une liaison entre deux députés appartenant à des partis politiques différents. Pour moi, c’était inconcevable. C’est pourtant ce qui est arrivé à la ministre libérale Nathalie Normandeau et au député adéquiste François Bonnardel.» Qui se sont séparés depuis…

Des tumultes amoureux dignes d’une télésérie, quoi!

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