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Sciences et technologies à l’avant-scène

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Avec tous les projets liés aux ressources naturelles qui prennent l’avant-plan de l’économie québécoise et les grands chantiers qui poussent aux quatre coins de la province, les diplômés universitaires spécialisés en sciences et technologies sont particulièrement recherchés.

Le placement 2012 dans les universités québécoises se résume en un acronyme : GGI. Non pas pour grève générale illimitée, mais pour génie, gestion et informatique. Ces trois noms de secteurs étaient sur les lèvres de l’ensemble des responsables des services de placement consultés cette année.

En génie, les secteurs plus classiques – génie civil, mécanique, électrique –, surtout stimulés par la réfection des infrastructures, continuent de créer de l’emploi. Mais certains domaines moins populaires auprès des étudiants apparaissent désormais à l’écran radar, dont le génie des mines et le génie géologique. Dans ces programmes, les facultés ne répondent déjà pas aux besoins du marché, et les développements miniers du Grand Nord risquent d’accentuer cette tendance.

Qui dit grands projets dit aussi gestionnaires. Que ce soit pour gérer leur croissance, leur comptabilité ou s’occuper du marketing, les entreprises cherchent des diplômés en administration des affaires et en comptabilité dans l’ensemble du Québec.

À cela s’ajoute la présence toujours plus grande de la technologie dans tous les secteurs d’activité. Dans toutes les universités qui donnent des formations en lien avec l’informatique, les offres d’emploi s’accumulent sur les babillards.

La mine haute en génie

Après les investissements massifs des différents ordres de gouvernement dans les infrastructures, c’est au tour des 80 milliards de dollars rattachés au Plan Nord de faire saliver les entreprises du domaine du génie. La demande d’ingénieurs augmente, une fois de plus.

«Il faudra des ingénieurs géologues pour les phases d’exploration, des ingénieurs miniers, électriciens et mécaniciens lors de l’exploitation, ainsi que des ingénieurs chimistes pour le traitement des minerais», indique Allan Doyle, directeur du Service des stages et du placement à l’École Polytechnique. Sans oublier les ingénieurs civils nécessaires à la construction des routes d’accès aux différents sites. Les effets commencent à se faire ressentir, notamment en génie chimique, un secteur qui avait souffert ces dernières années de la baisse de la demande en pétrochimie.

Longtemps délaissé par les jeunes, le secteur des mines semble susciter davantage d’intérêt. «À l’Université Laval, on sent un engouement pour le Plan Nord, note André Raymond, CRHA, adjoint des services professionnels au Service de placement. Les entreprises viennent sur le campus et beaucoup d’étudiants disent vouloir vivre l’expérience du Nord.»

«Beaucoup» ne sera peut-être pas assez, car les universités peinaient déjà à répondre à la demande avant le boum miner, notamment en génie géologique, où les cohortes sont petites. Les quatre diplômés de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) n’ont eu aucun mal à trouver de l’emploi. «Depuis au moins 15 ans, les diplômés se placent tous sans difficulté, dit Gina Gagnon, directrice des Services aux étudiants à l’Université. Dans certains cas, les entreprises paient les étudiants pendant qu’ils terminent leur dernière année pour les fidéliser à la compagnie!»

En Abitibi-Témiscamingue, où l’industrie minière tire l’économie de la région vers l’avant, la demande d’ingénieurs en électromécanique et en mécanique a augmenté et les diplômés se placent sans problème. «Il y a 20 ans, les firmes de génie dans la région étaient toutes petites, raconte Martine Rioux, secrétaire générale à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Aujourd’hui, certaines possèdent plusieurs bureaux dans une même ville!» Pour répondre aux besoins de l’industrie, l’UQAT a ajouté, en septembre 2012, un baccalauréat en génie des mines à ses deux autres programmes de génie.

Les autres régions du Québec ne sont pas en reste. À l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), le taux de placement est de 100 % en génie. «Il faut dire que nos cohortes sont petites», souligne Julie Bonenfant, coordonnatrice des services aux étudiants et responsable des stages, de l’aide à l’emploi et de l’orientation. Trois diplômés en génie électrique, quatre en génie des systèmes électromécaniques et six en génie mécanique. «Mais la demande est très forte dans le coin, avec le développement de l’énergie éolienne et les investissements de TÉLUS.» La compagnie de télécommunications injectera 250 millions en 20 ans à Rimouski pour construire un centre de données Internet intelligent.

À l’Université du Québec à Trois-Rivières, ce sont les diplômés des programmes de génie industriel et de génie mécanique qui ont été les plus demandés, avec 121 et 112 offres d’emploi respectivement, reçues entre janvier et juin 2012. Les cohortes comptaient 15 et 18 diplômés.

Le fossé informatique

«Trop tard.» Voilà ce que pense André Raymond lorsqu’il reçoit une offre d’emploi en mars pour les finissants du secteur des technologies de l’information. En fait, la demande est tellement forte que ces professionnels n’ont même pas eu à consulter les babillards numériques de l’Université Laval, où ont été affichés plus de 1 800 postes en lien avec l’informatique entre janvier et juin 2012.

«Que ce soit pour le baccalauréat en informatique ou celui en génie logiciel, les étudiants se font souvent solliciter directement par les compagnies et trouvent un poste bien avant la fin de leur formation», affirme André Raymond. À l’École de technologie supérieure, les 135 diplômés en génie logiciel et en génie des technologies de l’information ont pu choisir parmi plus de 600 offres d’emploi.

Notre enquête sur le placement révèle une tendance semblable dans l’ensemble des universités du Québec qui offrent des programmes en lien avec l’informatique. «Il faudrait beaucoup plus de diplômés pour répondre à la demande du marché», lance-t-on à Sherbrooke. «Tous les diplômés se placent et les besoins des employeurs sont loin d’être satisfaits», assure-t-on à l’UQAR. «Une pénurie», résume-t-on à McGill.

Cette forte demande découle de l’omniprésence, toujours grandissante, de la technologie dans nos vies et… dans les entreprises. «Aujourd’hui, bien des compagnies ont deux, trois systèmes informatiques et elles ont besoin de main-d’œuvre pour les développer et les entretenir», souligne André Raymond.

Les diplômés sont notamment appréciés dans les domaines du jeu vidéo et des télécommunications, «puisqu’ils sont à la fine pointe de la technologie», indique Catherine Stace, conseillère en carrière au Centre de planification de carrière de l’Université McGill. Mais plusieurs autres secteurs embauchent, dont celui de l’administration. À l’UQAC, le baccalauréat en informatique de gestion «ne parvient tout simplement pas à fournir assez de diplômés pour répondre aux besoins des employeurs», dit Gina Gagnon.

Gérer la croissance

«Gestionnaire, comptable, analyste financier, agent financier, analyste en placement, recruteur, assureur, vérificateur comptable…» Quand Robert Tagliano, conseiller au Service de carrière et placement de l’Université Concordia, énumère les offres d’emploi qu’il reçoit pour les diplômés du secteur de la gestion, mieux vaut l’arrêter, car il en a pour longtemps.

Le sous-secteur qui semble le plus populaire auprès des entreprises est le marketing. Entre septembre 2011 et juin 2012, le Service de gestion de carrière de HEC Montréal a compilé pas moins de 1 103 postes pour ses 142 diplômés du baccalauréat en administration des affaires, spécialisation marketing. «Cela représente une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente», indique le directeur, Pierre Francq.

Les autres branches de la gestion ne sont pas en reste. Que ce soit pour le baccalauréat en administration ou le baccalauréat en sciences comptables, «c’est là qu’on reçoit le plus d’offres d’emploi à l’UQAC, affirme Gina Gagnon. Les diplômés se placent facilement, surtout en sciences comptables, où le taux de placement est presque de 100 %.» Même constat à HEC Montréal, où les 251 diplômés en comptabilité ont pu choisir entre 604 offres d’emploi.

Quand l’économie se porte bien, les employeurs s’arrachent les gestionnaires et les comptables. C’est ce qui se passe en Abitibi-Témiscamingue, où la croissance est au rendez-vous. «Dans la région, les entrepreneurs connaissent des défis reliés à l’expansion de leur entreprise, ce qui crée beaucoup de demande pour les diplômés du baccalauréat en sciences comptables», dit Martine Rioux. Une compagnie qui souhaite élargir son offre, augmenter le nombre de ses clients ou embaucher des employés a besoin de gestionnaires compétents pour éviter les risques liés à une croissance trop rapide.

La normalisation des pratiques comptables à l’échelle internationale augmente aussi la demande, croit Daniel Grant, CRHA, conseiller en emploi à l’Université de Moncton. Dans ce contexte, le bilinguisme est une compétence recherchée. «Nos diplômés, qui maîtrisent les deux langues officielles, sont de plus en plus sollicités.»

Infirmières demandées

Sur le marché du travail, baccalauréat en sciences infirmières rime avec plein emploi. «On reçoit beaucoup d’offres d’emploi spécifiques pour les infirmières bachelières et nos diplômées se placent facilement», affirme Yan Galarneau, conseiller en emploi aux Services aux étudiants à l’Université de Montréal. Du côté de l’Université du Québec à Rimouski, le taux de placement était de 100 % en 2011. Une tendance qui devrait persister en 2012.

Cette demande, également forte à McGill, ne risque pas de diminuer au cours des prochaines années, puisque l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec souhaite rendre la formation universitaire obligatoire pour les infirmières d’ici quelques années.

Foresterie

Le domaine de la foresterie a beau tourner au ralenti depuis plusieurs années, le placement est bon dans les programmes de baccalauréat en lien avec le bois à l’Université Laval. «Il n’y a tellement pas eu de diplômés au cours des dernières années que les finissants décrochent maintenant des emplois même si le secteur n’a pas encore repris de la vigueur», indique André Raymond, CRHA, directeur adjoint des services professionnels au Service de placement. Entre janvier et juin 2012, 48 offres d’emploi ont été affichées pour le baccalauréat en génie du bois, 130 pour le baccalauréat en aménagement et environnement forestiers et 60 pour le baccalauréat en opérations forestières.

Communication

De janvier à juin 2012, l’Université du Québec à Trois-Rivières a reçu une trentaine d’offres d’emploi par mois pour ses 44 diplômés du baccalauréat en communication sociale. «Ce sont souvent des postes de relationnistes, de chargés de communication pour des organismes ou des compagnies privées», dit Marie-Ève Perron, conseillère en information professionnelle. Beaucoup d’employeurs ont également contacté l’Université de Montréal pour afficher des postes en lien avec les communications.

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Dans ce dossier

• Enseignants recherchés
• Boum d’emplois dans les ressources naturelles
• Diplômés malgré la grève étudiante
• Le secteur manufacturier toujours vivant
• Alimentation : à quand de meilleurs salaires?

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