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Satisfaire l’appétit des Y

Pour garder en poste les représentants de la génération Y, les grandes chaînes d’alimentation mettent au banc d’essai une nouvelle recette. Des tâches variées, de la formation continue, une gestion participative… Autant d’ingrédients dont raffolent les jeunes!

Selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de l’alimentation (CSMOCA), 42 % du personnel dans cette industrie est âgé de 15 à 24 ans. Ces dignes représentants de la génération Y occupent principalement des postes de commis, de caissier et d’emballeur.

Par contre, les maintenir en emploi n’est pas de la tarte! Chez Sobeys-Québec, par exemple, le taux de roulement des représentants de la génération Y se situe entre 60 % et… 100 %! «Plusieurs partent, faute de pouvoir concilier le travail, les études, la famille et les loisirs, expose Richard Leblanc, le directeur principal de la gestion des talents, du développement organisationnel et de la rémunération chez Sobeys-Québec. En fait, peu sont là en vue d’y faire carrière.»

«Il n’y a pas si longtemps, un gérant pouvait demander à un commis d’épicerie de placer sur les rayons des boîtes de conserve toute la journée. C’est impensable aujourd’hui, car au bout d’une semaine, l’employé remet sa démission.»

Le défi de l’heure pour les grandes chaînes d’alimentation consiste donc à motiver les jeunes et à faire progresser leurs talents dans l’entreprise pour assurer la relève.

Les Y sous la loupe

Une étude commandée en 2007 par le CSMOCA au Service de l’enseignement de la gestion des ressources humaines de HEC Montréal démontre que les jeunes Y sont ambitieux, indépendants, autonomes, travaillants et orientés vers les résultats. Ils ont aussi une forte capacité à travailler en équipe et à effectuer plusieurs tâches à la fois en plus d’être tolérants envers la diversité. Des atouts pour les propriétaires d’épicerie.

En contrepartie, ils sont aussi exigeants et revendicateurs. Ils aiment le changement, l’innovation et les défis. «Dans une société où tout va vite, ces jeunes s’attendent à se développer à la vitesse éclair, indique Laurence Zert, directrice générale du CSMOCA. Sinon, ils s’impatientent et partent.»

«Il n’y a pas si longtemps, un gérant pouvait demander à un commis d’épicerie de placer sur les rayons des boîtes de conserve toute la journée, illustre- t-elle. C’est impensable aujourd’hui, car au bout d’une semaine, l’employé remet sa démission.»

Les épiciers n’ont pas le choix de s’adapter à cette réalité, remarque Laurence Zert. Certains misent sur des tâches plus variées pour motiver leur personnel. Par exemple, dans une même journée, on demandera à un commis de garnir des étalages, de vider des caisses à l’entrepôt et de répondre aux questions des consommateurs concernant les produits.

Les grandes chaînes d’alimentation investissent aussi dans la formation continue (voir autre article) pour fidéliser leurs troupes. La participation des jeunes à des clubs sociaux et l’organisation de compétitions entre des équipes d’employés pour l’atteinte d’un objectif de vente représentent d’autres méthodes de motivation.

Un goût pour l’implication

Une autre enquête sur l’attraction et la rétention du personnel, réalisée en 2008 par la chaîne Sobeys-Québec, confirme que les Y re­cherchent aussi des milieux de travail où le partage d’idées, la participation, l’implication et la prise de décisions sont possibles. «Les membres de cette génération apprécient un style de gestion souple. La qualité de la relation avec leur patron et leurs collègues de même que l’ambiance de travail sont également importantes pour eux, expose Richard Leblanc. Si l’un ou l’autre de ces aspects n’est pas au rendez-vous, ils sont susceptibles de partir. Les gérants corporatifs [NDLR : qui gèrent un établissement qui est la propriété de la chaîne, plutôt qu’un marché affilié] et les marchands de notre chaîne ont été mis au courant des conclusions de l’étude. Le programme de formation des gérants sera aussi revu en 2010 pour adapter leurs habiletés de gestion aux attentes des Y.»

Chez Provigo, membre du groupe Loblaw, on a constaté que la communication était aussi un atout pour motiver les Y et l’entreprise a ajusté ses pratiques en conséquence. «Nos employés ont des rencontres de département quotidiennes avec leur supérieur immédiat, explique Caroline Rousseau, vice-présidente des ressources humaines de Provigo pour le Québec. On renforce ainsi les liens et le travail d’équipe. Lors de ces rencontres, les employés expriment leurs idées et posent des questions. C’est l’occasion de souligner les bons coups, les réussites et les anniversaires des membres du personnel. Car la reconnaissance est un autre bon moyen de fidéliser les jeunes.»

«Les Y veulent aussi comprendre ce qu’ils font et pourquoi ils le font, et obtenir des réponses rapides à leurs questions, note pour sa part le directeur des ressources humaines de Metro, Michel Turner. Nos gestionnaires agissent davantage comme des coachs. Ils échangent avec leurs employés, partagent leurs connaissances et les consultent en vue d’améliorer leur performance. Le style directif ne fonctionne tout simplement pas avec cette génération.»

De commis à propriétaire?

Les Y désirent également relever des défis professionnels et gravir rapidement les échelons. Pour eux, six mois, c’est une éternité!

Chez Metro, toute l’information sur les possibilités de carrière est donc mise au vu et au su de tous, explique Michel Turner. «Les postes offerts dans l’ensemble de nos supermarchés sont affichés notamment dans tous nos magasins et sur nos sites Internet et intranet. On fait le tour des épiceries pour repérer les employés qui ont le potentiel de devenir gestionnaires. Nos recrues sont aussi informées des possibilités de carrière dès leur entrée en poste.»

«Avant, pour nommer quelqu’un à un poste de gestion, on attendait qu’il soit prêt à 100 %. Maintenant, pour éviter de le perdre, on le promeut plus vite et on complète sa formation sur place avec le soutien de gestionnaires expérimentés», ajoute-t-il.

«La majorité des propriétaires actuels ont débuté comme commis d’épicerie, constate Laurence Zert. Plusieurs gérants et gérants adjoints ont aussi fait leurs classes dans des postes d’entrée. Un caissier intéressé par les poissons peut devenir commis en poissonnerie, puis poissonnier après une formation. Je connais un gérant, dans la mi-vingtaine, qui a été engagé à 16 ans comme commis aux fruits et légumes et qu’on entrevoit déjà comme le futur directeur ou propriétaire du supermarché!»

En somme, le commerce de l’alimentation est bien déterminé à mettre la table pour les jeunes de la génération Y, à condition qu’ils y prennent place!

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