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Sacha Bergeron, farteur de skis de fond

Photo : David Greer

Sacha Bergeron, farteur de skis de fond
Photo : David Greer

Sacha Bergeron fartera les skis de fond des athlètes canadiens à Sotchi, dont l’espoir québécois Alex Harvey. Son savoir-faire consiste à mixer les différents farts, les gels et les poudres dans l’espoir d’atteindre le mélange «magique» qui fera la différence au fil d’arrivée.

Quand Sacha Bergeron raconte qu’il est farteur à un inconnu, ce dernier pense une fois sur deux qu’il a prononcé le mot «farceur». Le boulot de ce spécialiste de la glisse est pourtant très sérieux. «Le farteur, c’est le dernier lien avec l’athlète avant son départ pour une course. Il est là jusqu’à la dernière seconde pour faire les retouches si les conditions météorologiques changent et que le fart des skis ne fonctionne plus.»

De fondeur à farteur

Sacha Bergeron a atterri dans le métier après avoir lui-même fait de la compétition de ski de fond dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000. À l’époque, les athlètes préparaient eux-mêmes leur équipement et c’est là qu’il a tout appris.

Mais vers 25 ans, il a eu des problèmes de dos qui l’ont contraint à mettre un terme à sa carrière. Après l’obtention de son diplôme universitaire en génie logiciel, en 2006, ses services en tant que farteur ont été réquisitionnés par un club provincial, alors que ce métier commençait à se développer au Québec. En peu de temps, il s’est retrouvé à farter les skis de l’élite québécoise au Centre national d’entraînement Pierre-Harvey.

Il poursuit donc sa carrière sportive à sa façon. «Mon objectif, aujourd’hui, ce n’est plus de gagner des secondes en m’entraînant, c’est de trouver les fartages qui vont faire que le matin de la course, on aura les meilleurs skis du peloton. C’est la même adrénaline.»

Prévoir toutes les conditions

Même s’il s’agit d’un sport d’hiver, Sacha Bergeron a du travail à l’année. Hors saison, lui et les autres farteurs commandent les skis et les essaient en Suède dans un tunnel réfrigéré. «À l’essai, je peux voir si un ski est bon pour Alex [Harvey], si un autre est meilleur pour Lenny [Valjas], qui pèse de 25 à 30 livres de plus.»

Les farteurs sélectionnent chaque année 24 nouvelles paires de skis par athlète afin d’affronter tous les types de conditions de glisse. Cette cargaison s’ajoute à la collection d’environ 50 paires que tous les skieurs possèdent déjà. En période d’entraînement, «l’objectif est d’éliminer ou de remplacer les moins bonnes paires par les nouvelles ou d’éliminer les nouvelles si elles ne sont pas meilleures», indique le farteur.

La veille de la course, pour prendre de l’avance, Sacha Bergeron prépare quatre paires de skis par athlète, selon des paramètres distincts. Le matin de la compétition, le fondeur en garde deux, en fonction des conditions qui prévalent. Il effectuera son choix final à la ligne de départ.

Une foule d’éléments influence le choix des produits qui seront appliqués sous les skis, explique le spécialiste. «La température, la forme de l’athlète ce jour-là, le parcours, le lieu géographique, l’ensoleillement, l’altitude, la qualité de la neige, la pollution… Ce sont tous des facteurs qu’on apprend à évaluer avec l’expérience. On en vient à avoir le pif.»

Les caprices de Sotchi

En quelques années à peine, les Canadiens ont développé toute une expertise en matière de fartage. «On n’a rien à envier aux Scandinaves», indique Sacha Bergeron à propos de ceux qui, avec les Russes, sont reconnus comme les maîtres en la matière.

Reste qu’il a des papillons dans le ventre depuis novembre. Sotchi représente tout un défi pour les farteurs. «C’est un des pires endroits sur la planète où farter. Il peut y avoir de grosses précipitations soudaines provoquées par la proximité avec la mer Noire, et les vents peuvent tourner.»

Également, pour la dernière côte de la course, un mur de béton a été construit afin d’encadrer la piste. Celui-ci risque de réchauffer la pente si le soleil sort, ce qui pourrait entraîner une différence de température de la neige de quatre degrés Celsius par rapport au reste du trajet. «Trouver le bon fartage qui fonctionne sur ce genre de parcours, c’est pratiquement impossible. Ça va être de la gestion de compromis!»

En vidéo :
Visite guidée du camion de fartage de l’équipe canadienne de ski de fond

Dans ce dossier sur les Jeux olympiques de Sotchi :

Ces experts derrière l’équipe olympique canadienne

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