Navigation des articles

christine-lanthier

Rien de personnel

Ne le prends pas mal, mais… Voilà une entrée en matière qui annonce que notre égo sera bousculé. On a beau être prévenu, la remarque pique souvent au vif. Ne le prends pas mal, mais j’ai trouvé que ta présentation manquait d’impact.

Non seulement on le prend mal, mais on se sent mal, alors qu’on cherche, dans notre discours intérieur, une pensée qui rétablira notre confort émotif. Du genre Elle aurait dû me trouver formidable, mais elle est tellement inculte! On peut rester longtemps ainsi à fulminer. C’est ce qui s’appelle en faire une affaire personnelle.

Le même mécanisme s’opère quand on juge mentalement une situation. Le patron ne répond pas à nos courriels, et c’est reparti : Je mérite mieux, il me semble… Quelle tête ferait-il si je démissionnais?

Pour certains auteurs d’ouvrages spirituels, il est vain de se sentir vexé par les opinions ou les actes d’autrui.

Dans Les quatre accords toltèques, Don Miguel Ruiz explique que, de toute façon, les autres n’agissent pas en fonction de nous spécifiquement, mais plutôt pour renforcer leurs propres croyances. Un collègue répond sèchement à une question anodine? Répliquer sur le même ton revient à accorder du crédit à un échafaudage mental qui n’est pas le nôtre.

Dans son essai Nouvelle terre, Eckhart Tolle décortique pour sa part le sentiment d’amertume ou d’indignation qui habite en quasi permanence bon nombre d’humains.

Certains individus, dit-il, semblent constamment chercher des prétextes à se sentir offensés pour ensuite le crier haut et fort, en public ou dans leur tête. Comment se fait-il qu’il n’y ait que moi qui travaille dans cette boîte? En monologuant ainsi, ils s’attribuent une supériorité morale qui dans les faits n’est qu’illusoire, puisque partiale.

On pourrait soupçonner de nouvel-âgisme douteux ces auteurs encensés par les Oprah de ce monde. Mais pour le docteur Serge Marquis, qui s’intéresse de près à la santé mentale au travail, leur message se révèle utile. Surtout en contexte de travail, où les attaques entre égos sont légion. Critiques constructives ou attaques personnelles?

«Les attentes y sont multiples, et chaque fois qu’elles ne peuvent être satisfaites, les critiques apparaissent», explique en entrevue l’auteur de Pensouillard le hamster – Petit traité de décroissance personnelle. Or il y a rarement des solutions dans ces blâmes, fait-il remarquer. «Il n’y a que l’expression de l’égo qui veut montrer qu’il est fort et qu’il connaît ce que les autres ne savent pas.»

En contrepartie, quand une critique est formulée à notre endroit, le cerveau l’interprète comme une menace, poursuit Serge Marquis. Une réaction héritée de nos ancêtres préhistoriques et qui les a aidés à contrer des dangers bien réels, telle l’agression d’un fauve affamé. Ainsi, tant chez le chasseur-cueilleur que chez le vérificateur-comptable, le cerveau fixe toute son attention sur la menace en question. En réunion par exemple, on cherchera à réattaquer un interlocuteur plutôt que de lui demander sur quoi se base son commentaire défavorable.

«Pour contrer cela, il faut rester très vigilant et se rendre compte que l’attaque n’est pas dirigée contre ce que nous sommes», prône Serge Marquis. Selon lui, le simple fait de réaliser que la critique accapare toute notre attention apporte le recul nécessaire pour faire la part des choses entre des réactions de l’égo (comme se vexer) et les actions concrètes que requiert une situation (s’informer pour mieux résoudre un problème, par exemple).

Cela ne veut pas dire qu’il faille tolérer n’importe quel affront. Les comportements qui tiennent du harcèlement psychologique, comme les calomnies ou le dénigrement en public, sont inacceptables et il est impératif d’exiger qu’ils cessent.

Au besoin, on peut faire appel à son supérieur, aux ressources humaines, à son syndicat ou, en dernier recours, à la Commission des normes du travail (son site donne d’ailleurs des exemples permettant de bien saisir ce qui constitue du harcèlement).

Mais en temps normal, l’essentiel est de ne pas devenir obsédé par la critique, aussi bien celle qu’on émet que celle qu’on reçoit. Si on y pense toujours après les heures ouvrables, c’est que l’égo siphonne notre énergie et qu’il est temps de lui faire lâcher prise – avec de l’aide psychologique si nécessaire.

Car on aura beau pester, ce qu’on peut réellement changer se trouve entre nos deux oreilles.

commentez@jobboom.com

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *