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Quel eldorado?

Le gouvernement et les producteurs gaziers font miroiter une manne d’emplois liée à l’extraction du gaz de shale – erronément appelé gaz de schiste. Après enquête, on cherche toujours les preuves tangibles de l’eldorado annoncé.

Il y a un an et demi, Stéphane Tremblay a fait un pari qu’il ne regrette pas encore, mais qui lui cause du souci : ce consultant en parachèvement de puits de pétrole et de gaz a déménagé femme, enfants et ménagerie de l’Alberta à Trois-Rivières, en dépit de la petite fortune qu’il gagnait depuis 16 ans à l’ombre des Rocheuses.

Le sous-ministre a refusé d’expliquer sa méthodologie au Magazine Jobboom ; il craignait de se faire «coincer» en entrevue!

C’est que la rumeur charriait de bonnes nouvelles en provenance de l’Est. La vingtaine de forages effectués depuis 2007 dans le bassin sédimentaire des basses terres du Saint-Laurent, le bassin d’Utica, donnait des résultats prometteurs. Sous nos pieds, entre Québec et Trois-Rivières, les schistes argileux – ces roches fines superposées comme une pâte feuilletée – renfermeraient jusqu’à 40 billions de pieds cubes de gaz. De quoi satisfaire aux besoins énergétiques des Québécois pendant 200 ans, clame l’industrie.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre Stéphane Tremblay de revenir au Québec, à l’instar d’au moins six collègues. «Là-bas, un paquet de Québécois s’organisent des repas de cabane à sucre en attendant le jour où les compagnies gazières s’implanteront pour de bon au Québec», soutient cet ex-militaire de 40 ans. «Ils veulent rentrer à la maison.»

Sauf qu’à la maison, il ne se passe pas grand-chose. Pour gagner sa vie, Stéphane Tremblay doit désormais multiplier les allers-retours dans l’Ouest, où les contrats liés à l’exploitation des shales gazéifères foisonnent. «Ici, ça ne décolle pas», se désole-t-il.

Il est pourtant persuadé que cette activité rapporterait gros aux Québécois. «Aux puits, les salaires sont élevés : un ouvrier non qualifié gagne 80 000 $ par an, tandis qu’un superviseur sur un lieu de forage peut faire jusqu’à 300 000 $.» Ces travailleurs enrichissent les commerçants chez qui ils consomment, en plus de sous-traiter des tâches à des entreprises locales spécialisées en transport, excavation, équipements de chantier, etc.

C’est en plein le pactole qu’a fait miroiter la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, lorsque son gouvernement examinait l’été dernier les «conditions de développement» de l’industrie du gaz de shale au Québec. Elle brandissait alors la création de 10 000 emplois et des revenus annuels de 230 millions pour l’État si les redevances payées par l’industrie s’élevaient à 12,5 %.

Tout aussi enthousiaste, le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), André Caillé, assurait, pendant la campagne d’information qu’il a menée à la fin d’août, que la production de gaz naturel créerait 15 000 emplois par an au cours de la durée de vie du bassin d’Utica – soit au moins 50 ans, selon les estimations.

 

NOMBRE D’EMPLOIS NÉCESSAIRES

> Pour le forage d’un puits 33
> Pour l’exploitation d’un puits (une fois foré) 0,19
> Pour 1 500 puits en exploitation 285

Source : SECOR

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