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Quatre conseils pour fonder son cabinet d’avocat

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Vous étudiez en droit, et l’idée de travailler pour autrui vous repousse? Rien ne vous y oblige; si vous avez la fibre d’un entrepreneur, vous pouvez fonder votre propre bureau. Voici quatre conseils pour partir du bon pied.

1. Se poser les bonnes questions

Pendant son baccalauréat en droit à l’Université de Sherbrooke, Paul-Matthieu Grondin savait déjà qu’il fonderait son propre cabinet. «Ça ne peut pas être un plan B», estime celui qui a créé le cabinet Grondin Savarese Legal avec un associé, tout de suite après son barreau, il y aura bientôt six ans. «Ce qui nous fait passer au travers des épreuves au début, c’est notre passion. Si l’entrepreneuriat est notre deuxième choix, c’est plus facile de se décourager.»

Pour s’assurer que notre vision de l’entrepreneuriat n’est pas fausse, Me Paul-Matthieu Grondin, qui est aussi le vice-président de l’Association du Jeune Barreau de Montréal, conseille de rencontrer des avocats qui ont lancé leur propre cabinet ou qui pratiquent en solo. Car l’avocat entrepreneur porte plusieurs chapeaux. Il fait du droit, mais il accomplit aussi une multitude de tâches connexes, surtout au cours des premières années.

Me Maude Pagé-Arpin, avocate criminaliste à son compte chez Latour Dorval Del Negro et fondatrice de la compagnie de confection de documents juridiques Mémoires l’éloquence, à Salaberry-de-Valleyfield, abonde en ce sens. «Avant de s’établir à son compte comme avocat, il faut se demander si on possède toutes les habiletés requises en gestion, en ressources humaines, en publicité, et il faut accepter de ne pas être avocat à temps plein comme si on était employé, mais plutôt avocat à temps partiel et gestionnaire à temps partiel.»

Pour déterminer si vous possédez ces compétences complémentaires, les différentes organisations universitaires sont un bon terrain de jeu (journal étudiant, associations, comités divers).

2. Amasser un coussin financier

Démarrer un cabinet ne s’improvise pas. Mieux vaut amasser un certain montant de départ, qui permettra de se lancer sans trop de stress. C’est ce qui explique pourquoi beaucoup de futurs entrepreneurs commencent par travailler dans un cabinet.

C’est le cas de Me Samuel Bachand, qui a choisi d’économiser pendant ses premières années de carrière en tant que salarié afin de ne pas «être à la merci» de la clientèle quand viendrait le temps de lancer sa propre étude au centre-ville de Montréal. «Sinon, on risque d’accepter n’importe quel mandat», explique celui qui se spécialise dans les domaines du litige civil et du contentieux administratif. «Il y a des gens aux idées farfelues qui veulent poursuivre la planète au grand complet. Ou encore, certaines causes sont trop éloignées de nos compétences. En ayant un coussin, on n’est pas tenté d’accepter ce genre de mandats pour faire un peu d’argent rapidement.»

Si vous fondez une entreprise, attendez-vous au pire sur le plan du revenu. «On dit souvent que ça prend entre trois et cinq ans avant qu’une compagnie soit rentable, rappelle Me Maude Pagé-Arpin. Et c’est vrai. Il faut donc être prêt, avant de fonder une compagnie, à y consacrer durant les premières années notre temps, notre énergie et nos économies.» Au cours des premières années d’existence de sa compagnie lancée en 2009, cette entrepreneure travaillait presque sept jours sur sept.

Notez que l’Association du Jeune Barreau de Montréal offre chaque année une bourse de démarrage de cabinet, qui comprend 5 000 $ en argent et 10 000 $ en services et produits.

3. S’installer dans un environnement modeste, mais sérieux

Pas la peine d’avoir son bureau en haut d’une tour pour attirer les clients. Pour Me Samuel Bachand, l’image est importante, mais pas à n’importe quel prix. «Les gens s’attendent à ce qu’on soit bien habillé et qu’on les reçoive dans un lieu propre. Il ne faut pas que notre bureau ressemble à une chambre d’adolescent! Mais il serait bête d’engager des coûts fixes trop élevés. Tout ce qui nous expose à un péril financier est mauvais pour notre pratique.»

Il conseille toutefois d’utiliser du mobilier d’occasion pour diminuer les coûts de démarrage. Faites passer le mot dans votre entourage que vous cherchez des meubles et des classeurs, et jetez un coup d’œil aux petites annonces sur un site comme LesPAC.com et au Journal du Barreau.

Des bureaux modestes peuvent même devenir un argument de marketing! On peut lire sur le site Internet du cabinet de Me Paul-Matthieu Grondin et de son associé : «Nos bureaux, quoique bien situés, ne ressemblent pas à un musée. Vous payez pour un service professionnel, pas pour les tableaux accrochés aux murs.» Par ailleurs, Me Grondin a demandé l’aide d’un courtier immobilier pour trouver ses bureaux.

Côté pratico-pratique, une salle de conférences est utile, car les clients se présentent souvent à deux ou trois. Et un photocopieur et un scanneur à haut rendement s’imposent. «Quand on plaide, on doit emporter des cahiers de centaines de pages faits dans une relative urgence, souligne Me Samuel Bachand. On ne peut pas dépendre de Bureau en gros pour imprimer les documents. Il faut avoir une photocopieuse disponible à minuit si on en a besoin.»

Partager des locaux avec d’autres avocats pratiquant en solo est aussi une possibilité intéressante. Non seulement vous pourrez diviser les dépenses, mais vous vous confierez mutuellement les dossiers qui sortent de votre champ de compétence.

4. Trouver des clients

Pour décrocher ses premiers clients, il faut compter sur son réseau, précise Me Grondin. «Mon premier mandat externe est venu grâce aux relations que j’avais établies pendant mon stage.»

Il conseille aussi de prévoir une soirée de lancement. «On a organisé un cocktail, on a invité tous les gens qu’on connaissait et on leur a dit qu’on était désormais à notre compte. Ça nous a donné quelques mandats et ces clients satisfaits ont parlé de nous à d’autres personnes qui nous ont contactés ensuite.»

Le service de référence du Barreau est une ressource à ne pas négliger, selon Me Samuel Bachand, qui ajoute que se créer un site Internet peut orienter les clients. «Ça permet aux gens de voir si mon profil leur plaît», explique l’avocat, qui a opté pour un site tout simple.

D’autres ont de la chance et se trouvent «à la bonne place au bon moment», comme l’avocate criminaliste Maude Pagé-Arpin. «J’ai eu la belle chance de reprendre les dossiers d’un collègue qui partait travailler à la Couronne.» Sa clientèle s’est donc développée plus rapidement que la normale.

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