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Pour un revenu minimum garanti

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Que diriez-vous de recevoir 12 000 $ de votre gouvernement à chaque début d’année fiscale? Pour rien, si ce n’est vos beaux yeux, et ce, sans condition, examen médical ou visite à domicile d’un représentant. Pour faire quoi? C’est à vous de voir, votre imagination et votre sens des responsabilités étant vos seules limites.

Trop beau pour être vrai et pourtant, un nombre grandissant d’intellectuels, d’économistes, de syndicalistes, d’entrepreneurs et de politiciens y croient. Leur foi envers le concept de revenu minimum garanti (RMG) prend de plus en plus de place dans les discussions publiques et médiatiques au Canada, sauf au Québec qui ne s’intéresse qu’au hockey et, accessoirement, à la corruption.

Le RMG est une vieille idée des années 60 qui refait surface dans l’actualité sporadiquement. Il est apparu pour la dernière fois sur notre radar médiatique il y a 10 ans, alors que l’ADQ en avait fait une proposition électorale. Comme porteur de ballon, on a déjà vu mieux.

Comment le RMG fonctionne-t-il? L’État transfère à chacun de ses citoyens adultes un revenu minimum – 10 000, 12 000 ou 20 000 $ selon le modèle –, en lieu et place de diverses allocations et mesures sociales présentement en vigueur. Ce revenu supplémentaire est bien entendu imposable. Il s’agit essentiellement d’un outil de redistribution de richesse. Les retraités canadiens connaissent déjà un système semblable avec le supplément de revenu garanti.

L’alternative au RMG, c’est le système actuel de lutte contre la pauvreté en vigueur au Canada. Une constellation de programmes municipaux, provinciaux et fédéraux d’aide sociale, d’assurance-chômage, de supplément de revenus, de remboursement de taxes, d’allocations, de crédits d’impôt, d’aide au logement et de prêts et bourses qui supportent des milliers de mesures dans lesquelles se retrouvent des milliers de critères d’admissibilité, de conditions, de restrictions.

Un fouillis ahurissant qui coûte, au bas mot, 150 milliards par an, dont une immense partie est absorbée par une bureaucratie tentaculaire aux pouvoirs infinis, même celui de fouiner dans les poubelles des pauvres pour savoir s’ils se payent du bon temps sur le bras des contribuables.

Pourtant, compte tenu des sommes investies, la pauvreté régresse peu au Canada et les inégalités s’accroissent. Selon une recherche du Centre canadien de politiques alternatives publiée en décembre, 1 % des Canadiens, soit les plus riches, se sont accaparé 32 % de la richesse créée au pays depuis 1997 – du jamais vu dans notre histoire.

Parallèlement, un rapport d’un comité permanent de la Chambre des communes déposé en novembre indiquait qu’en 2007 – avant la présente récession –, encore 10 % de la population du pays vivait sous le seuil de faible revenu. C’est la preuve que le retour sur l’investissement dans les programmes sociaux n’est pas faramineux. D’où l’idée de verser une partie du magot directement aux pauvres au moyen du RMG.

Feriez-vous, par contre, confiance aux pauvres en leur donnant 20 000 $ sans condition? C’est la question existentielle posée par le RMG. Selon l’approche paternaliste actuelle, pour bénéficier des divers programmes liés à l’aide sociale, par exemple, il faut atteindre un seuil d’indigence à peu près intolérable : ne pas avoir d’économies, être proprio d’un taco et habiter un taudis. Puis, pour toucher ses chèques mensuels, il faut se mettre à genou en public et accepter qu’un fonctionnaire sache mieux que vous ce qui est bon pour vous et vos enfants. Vous devez lui obéir au doigt et à l’œil et vous astreindre à certaines règles humiliantes, comme expliquer d’où vient cette grosse dinde dans le frigo. Cela s’est déjà vu. L’aide sociale oblige même les mères à n’acheter qu’un seul type de lait maternisé…

En échange, vous recevez, justement, entre 10 000 et 20 000 $ par an du gouvernement, sous forme de différentes prestations auxquelles un assisté social a droit.

Et c’est bien là où le bât blesse, croit notamment le sénateur Hugh Segal, ancien conseiller de Brian Mulroney, qui voit dans le RMG une manière plus humaine d’aider les pauvres : leur demander constamment de prouver qu’ils méritent l’aide publique et menacer de la leur retirer mine leur confiance et les empêche de prendre les risques nécessaires pour sortir de la pauvreté. «Ils dépensent plus d’énergie à se conformer aux règles qu’à se sortir de la misère», arguait-il dans le Globe and Mail, en novembre dernier.

Menées à travers le monde, entre autres par la Banque mondiale, diverses expériences démontrent qu’en général, les pauvres font les bons choix quand on leur procure les moyens financiers nécessaires, sans passer par l’intermédiaire de la fonction publique. Mieux : le RMG permet de briser le cercle vicieux de l’aide sociale où il est souvent plus rentable de rester que de se trouver un boulot.

Entre le système actuel et le RMG, il y a une révolution. Mais elle en vaut peut-être le coup… et le coût.

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