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Porter la barbe au travail

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Pour être à la mode, exhibez vos poils, messieurs! La barbe est de retour, plus touffue que jamais. Mais attention : le monde du travail est impitoyable pour ceux qui se laissent aller. C’était vrai en 2011, au moment de la première publication de cet article, et ça l’est encore plus en 2013, maintenant que la tendance bat son plein. Alors, à vos tondeuses!

Déjà il y a quatre ans, on pressentait l’invasion barbare en regardant les couvertures des magazines. Souvenez-vous des George Clooney et autres dandys du genre exhibant une barbe forte et assumée.

Mais depuis quelques mois, c’est la déferlante, l’apogée de la barbe : Robert Downey Jr s’y est mis, Justin Timberlake pareil, le rugbyman Sébastien Chabal trempe sa barbiche dans du parfum… Même Robert Pattinson, le vampire des ados, a du poil au menton. Du côté de chez nous, Xavier Dolan, Guillaume Lemay-Thivierge et Marc-André Grondin ont sûrement jeté leur Mach3 de Gillette aux poubelles.

Comme mon idole

Évidemment, après les vedettes, voilà que monsieur Tout-le-monde s’y met. «C’est vraiment devenu tendance», commente Francis Tremblay, cogérant et styliste du salon Têtu, artiste coiffeur à Montréal. «Je dirais qu’au moins 35 % des hommes portent maintenant la barbe à différentes longueurs.»

Mais quel type de barbe est en vogue exactement, monsieur le styliste? «C’est une barbe d’à peu près une semaine. On ne voit pas forcément la peau à travers. Elle est très propre au niveau du cou et taillée sous la mâchoire.»

Critères en main, on attrape un barbu sur le quai du métro Berri-UQAM pour lui demander comment il entretient sa pilosité faciale. «Je l’amincis souvent. Je me rase une fois aux trois ou quatre jours», répond Bruno Valet, qui a laissé pousser parce que sa copine aimait ça.

Parce que lui et elle le valent bien

La barbe 2011, c’est le compromis entre le look viril de l’effet mal rasé et la bonne hygiène du métrosexuel sensible.

Car derrière cette barbe, c’est toujours le Ken sophistiqué de Barbie qui est caché. Il s’en sert comme d’un maquillage pour redéfinir les contours de son visage et corriger les imperfections de sa peau. Parce qu’il veut plaire à sa blonde… sans pour autant se laisser marcher sur les pieds par un talon aiguille. C’est un mec et il le montre avec son poil. Il a bien essayé de le faire comprendre dans les années 1990 avec un bouc à la Kurt Cobain, puis en 2000 avec son look «tombé du lit».

«Mais toutes ces variantes de la barbe demandent beaucoup d’entretien», explique Allan Peterkin, psychiatre torontois et auteur de The Bearded Gentleman, The Style Guide to Shaving Face.

«Du coup, beaucoup d’hommes ont décidé d’opter pour quelque chose de plus long pour exprimer à la fois leur virilité, mais aussi un côté détendu», ajoute-t-il.

Ça passe ou ça gratte

Effectivement, la barbe est un moyen d’affirmer qu’on ne se prend pas trop au sérieux et qu’on n’est pas l’esclave de son patron. La crise économique semble d’ailleurs avoir donné un bon coup de pouce à l’actuel hymne au poil.

«Beaucoup d’hommes ont perdu leur job durant la récession et ont commencé à se laisser pousser la barbe, en partie en guise de protestation contre le système, en partie parce qu’ils n’étaient plus liés par les conventions de leur entreprise», rappelle Allan Peterkin.

«C’est un look un peu bohème, un retour au naturel à l’image de la très remarquée barbe de Brad Pitt», confirme Francis Tremblay.

Mais les perceptions au sujet de la barbe sont souvent mitigées. Dans l’histoire, la barbe a parfois été célébrée comme un symbole de sagesse, d’héroïsme, de divinité et parfois associée au démon, au suspicieux et au pouilleux. «Soit tu es Santa, soit tu es Satan», résume Allan Peterkin.

Yves Pelletier, le réalisateur du Baiser du Barbu, en sait quelque chose. L’idée de son film, qui raconte comment la vie d’un homme change alors qu’il devient barbu, lui est venue lorsqu’il se laissait pousser la barbe pour le tournage de Camping sauvage. «J’avais un visage plus dur et j’ai vu la réaction des gens changer», se remémore-t-il.

Son constat : «Ce n’est pas tout le monde qui aime la barbe, surtout du côté des femmes. Certaines trouvaient ça très amusant, mais d’autres, sans manifester de répulsion, établissaient une petite distance.»

Dans son film, le réalisateur exploite cette idée à l’extrême, en opposant au héros une conjointe souffrant de pogonophobie, la peur haineuse des barbes. Bien sûr, le tout sert la comédie, et les pogonophobes sont assez rares en réalité.

Dans la vraie vie, la discrimination envers les barbus est plus subtile. Frédéric Morin Bordeleau, chef cuisinier, beau comme un coq, l’a vécue. Le barbu jeune homme a eu du mal à trouver du travail. «Les employeurs vont vous considérer différemment, vous consacrer moins de temps en entrevue», concède-t-il. Selon lui, les recruteurs axent surtout leurs questions sur le professionnalisme et l’hygiène personnelle quotidienne du candidat. Certains gérants lui ont dit d’emblée qu’il allait devoir couper sa barbe. «Mais il y a des endroits qui la tolèrent plus ou moins longue avec le port d’un filet, comme là où je travaille présentement», dit-il.

Claude Laporte, gérant du Café Cherrier, confirme. «Dans le milieu de la restauration, la barbe est rarement tolérée. Pas que les barbus soient sales, mais les poils, ça tombe, et quand ça tombe dans l’assiette, la réaction du client est souvent violente.»

Au rayon fruits et légumes où il travaille, Bruno Valet n’a pas ce problème. Le code vestimentaire de son épicerie exige simplement de raser les joues et le cou. «Les quelques remarques qu’on me fait, c’est juste pour me rappeler que je suis dû pour me raser.»

La barbe, un atout au travail

Certains milieux sont plus barbe-friendly que d’autres. À l’agence de placement Adecco, on nous met en contact avec Jean-François Ouellet, un consultant en recrutement à la barbe rousse et forte. «La barbe a changé ma vie, dit-il. J’ai beaucoup plus de commentaires positifs depuis que je l’ai. Je suis sorti de l’ombre.» En début de carrière, il y a sept ans, Jean-François Ouellet avait l’air très jeune. La barbe l’a aidé à paraître plus crédible. Une perception récemment confirmée par le Journal of Marketing Communications, qui prétend que les barbus présentés dans les publicités inspirent davantage confiance.

«C’est effectivement un atout quand on vous confie des responsabilités», avance Jean-François Charpentier, recruteur dans le milieu des finances chez Hewitt & Associés, une firme de consultants en ressources humaines. «Mettons que j’ai 31 ans et toi 60. Est-ce que tu vas me faire confiance pour gérer tes millions si j’ai une baby face

Une ouverture étonnante, alors que milieux financiers et gouvernementaux semblaient les derniers bastions de la résistance à la barbe (la hantise de Karl Max et Che Guevara?). Bonne nouvelle pour Shan Antonian, chef d’équipe à la Banque de Montréal et qui a envie de suivre la mode. «Les seuls commentaires que j’ai eus, c’est que j’ai l’air plus sévère. Mais dans le milieu des finances, tout le monde est traité de la même manière. Tant que c’est propre, c’est correct.»

Un point de vue que confirme Jean-François Charpentier, qui ne croit pas qu’il soit nécessaire de tout raser pour un entretien d’embauche. «Mieux vaut être soi-même pour être en confiance», dit-il. À condition de se montrer sous son meilleur jour!

Guide du barbu qui se respecte

La barbe, oui. Mais pas de laisser-aller. Compris, les gars?

  • La longueur la plus tendance serait 3 mm. Traduction : passez la tondeuse électrique deux ou trois fois par quinzaine.
  • Enlevez la broussaille autour du cou (ou au moins jusqu’à la pomme d’Adam) et sur la partie supérieure des joues avec un rasoir mécanique ou avec la tondeuse sans sabot.
  • Évitez les échantillons de lunch et autres parasites. Utilisez votre shampoing habituel ou un shampoing à barbe. 
  • Pour une barbe douce, brillante et soyeuse, il existe des après-shampoings et des baumes à barbe.
  • Ça gratte madame? Offrez-lui une crème apaisante avec vos baisers.
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