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On a décapité Montréal

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On a décapité Montréal le 5 novembre dernier. La justice immanente s’est occupée de la sale besogne de séparer la tête, dont la chevelure s’était mutée avec le temps en un amas de serpents, de ce corps magnifique qu’est la métropole québécoise.

Selon le mythe grec de Persée, le sacrifice par décapitation de la Méduse (justement agrémentée d’une tête ornée de plein de reptiles rampants, du genre de Frank Zampino) par ce fils de Danaé permis de se débarrasser de la laideur des sentiments refoulés et de rétablir l’ordre. De plus, en crevant, la Méduse laissa s’échapper de son sang Pégase, ce cheval ailé dont l’envolée symboliserait la libération de la source primordiale.

Bref, il nous fallait débarquer Gérald Tremblay de la mairie, faire sortir le méchant et libérer les Montréalais de cette inutile honte d’être Montréalais. Aussi sacrificielle devait être la démission forcée du premier magistrat de la Ville.

Parce qu’il faut le dire tout de go : Montréal est sur une lancée. Voici, en sept étapes faciles, comment perdre la honte d’être Montréalais (au sens régional du terme; ça inclut aussi les Lavallois, Longueuillois, Mirabellois et autres ois de la région métropolitaine) :

  1. Selon Desjardins, la croissance économique dans l’île a été deux fois supérieure à la moyenne canadienne en 2011 et 2012. Le taux de chômage de la grande région métropolitaine en octobre affichait 8,2 %, quatre dixièmes de point de moins que celui de Toronto.
  2. L’année qui s’achève a beau être celle des carrés rouges et de leur effet médiatique international, le ministère du Tourisme rapporte que l’été 2012 est le meilleur en 10 ans pour Montréal en ce qui a trait au nombre de visiteurs. Pour l’éditeur de guides touristiques Lonely Planet, il n’y a pas de doute, Montréal est l’une des 10 villes dans le monde qu’il faut visiter en 2013.
  3. Toronto s’autoproclame la capitale culturelle du Canada. Si c’était le cas, pourquoi le meilleur band rock canadien à avoir vu le jour depuis les Tragically Hip, Metric de Toronto a-t-il fait de Montréal le siège de son label de disques? Comme ces Texans d’Arcade Fire?
  4. Outside Magazine, réputée publication sur le plein air, inclut Montréal dans les 10 meilleures villes pour le vélo en Amérique du Nord.
  5. Depuis 2006, l’attrait de Montréal auprès des nouveaux arrivants est en forte hausse alors qu’on y enregistre une croissance de 48 % du nombre d’immigrants par habitant, indique une étude de Statistique Canada. C’est la même qu’à Calgary. Toronto et Vancouver perdent du lustre, par contre, avec une chute de 19 % et 16 % respectivement. Comme le disait le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, dans une interview accordée à Maclean’s, il y a une énergie et une vitalité incontestables dans cette ville. «Ils ne viennent pas à Montréal plutôt qu’à Winnipeg ou Regina, mais plutôt qu’à Berlin. Montréal est devenue un point d’attraction international grâce à toute une série de phénomènes culturels et à ses industries de pointe.»
  6. Justement, créé ici par de jeunes et talentueux Montréalais, le jeu vidéo Assassin’s Creed III est déjà un des plus grands succès de l’histoire de ce divertissement. Son lancement a eu lieu dans le quartier Griffintown, où des investissements s’élevant à presque un milliard de dollars sont en cours. D’ailleurs, les investissements
    privés et publics en 2011 et 2012 à Montréal atteignaient des niveaux presque records, indique aussi Desjardins.
  7. Un indice, le Global Financial Centres Index, compilé par un organisme économique londonien, classe Montréal au 17e rang des plus grandes places financières de la planète, en hausse par rapport à son score dans les précédents classements (on n’y figurait même pas il y a peu), et devant Shanghai, Dubaï, Moscou, Madrid, Paris… Paris, bordel!

La vraie bonne nouvelle, c’est qu’indépendamment de sa direction politique, qu’importe les structures – avec les bêtises des fusions, défusions, refusions et la confusion qu’elles ont entraînées –, l’éclatement de centres de décisions en mille fiefs, une ville peut prospérer. Ce ne sont pas les dirigeants qui font la ville, mais ses habitants.

Une ville, c’est un corps organique. Ses cellules, ce sont les Montréalais, qui, pendant que ses élites politiques s’entêtent à ne rien voir ni proposer, transforment leur ville au gré de leur inspiration et de leur imagination. Et de leur audace.

Et puis, soyons honnêtes, il suffit de consulter les journaux des autres grandes villes nord-américaines pour se comparer sans déprimer. Qu’y trouve-t-on? Des histoires de corruption, des infrastructures en ruine, des taxes grimpantes, des déficits actuariels, des chicanes de clochers.

Montréal n’est pas une disgrâce nationale. Son administration l’est, par contre. D’où l’idée de la décapiter pour mieux recommencer à neuf.

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