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Obtenez le Pérou!

La tendance est à la personnalisation des salaires. Au moment de la renégociation salariale, pourquoi ne pas demander un téléphone cellulaire, des actions de l’entreprise ou des vacances supplémentaires? Sachez améliorer la partie variable de votre rémunération.

En changeant d’emploi il y a deux ans, Amélie (nom fictif) a accepté une baisse salariale de plus de 10 000 $ par rapport à son boulot précédent. En revanche, cette jeune coordonnatrice de production dans le milieu publicitaire s’est négocié quelque chose qui n’a pas de prix à ses yeux : la qualité de vie.

«Après négociations, dès mon embauche j’ai obtenu un stationnement payé à l’année, un compte cellulaire et trois semaines de vacances (au lieu de deux). C’était important pour moi.» Depuis, elle a aussi négocié deux autres semaines de vacances rémunérées, ce qui lui en fait cinq au total.

Le cas d’Amélie n’est pas unique : la négociation d’avantages à la pièce est un phénomène grandissant au Québec. Bien sûr, les entreprises n’étalent pas l’ampleur des ententes qu’elles concluent au cas par cas avec certains employés. Cependant, comme les augmentations salariales sont limitées, notamment par le faible taux d’inflation et les déficits des caisses de retraite épongés en partie par les employeurs, l’individualisation des salaires gagne du terrain, expliquent les spécialistes de la rémunération.

Ainsi, selon l’Enquête sur les tendances en matière de rémunération pour 2005 réalisée par Morneau Sobeco, une firme de services-conseils en ressources humaines, l’augmentation moyenne des salaires pour les travailleurs canadiens non syndiqués sera seulement de 2,9 % cette année. «Comme les entreprises ne peuvent pas hausser énormément les salaires, c’est à leur avantage de faire preuve d’ouverture quant aux demandes de leurs employés pour les retenir au sein de la compagnie», explique Pierre Emmanuel Paradis, économiste principal à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Des bonbons sucrés

Du téléphone cellulaire aux actions de l’entreprise, en passant par les allocations de dépenses, tout peut se négocier dans le bureau du patron, surtout s’il a intérêt à vous retenir dans l’entreprise. À l’opposé des avantages sociaux, comme les régimes d’assurance maladie, invalidité ou dentaire, les avantages extrasalariaux ne font partie d’aucune convention collective. Ils touchent donc principalement les employés non syndiqués, qu’ils soient cadres ou non.

Tout peut se négocier dans le bureau du patron, surtout s’il a intérêt à vous retenir dans l’entreprise.

Par exemple, des salariés au service d’un fabricant montréalais de produits cosmétiques ont obtenu un ordinateur portatif ou une connexion en réseau afin de travailler depuis la maison. «Dans d’autres cas, les avantages se traduisent par des primes», indique la vice-présidente de l’entreprise, qui souhaite garder l’anonymat. «Il s’agit de primes de rendement qui ne figurent pas dans les contrats d’embauche et qui varient d’un travailleur à l’autre, selon le rendement, l’engagement et, évidemment, la réussite économique de la compagnie.» Ces informations restent confidentielles, précise-t-elle.

Plus vos compétences sont précieuses à l’entreprise, meilleures sont vos probabilités de parvenir à vos fins. Ainsi, un directeur scientifique a de meilleures chances qu’une secrétaire de voir sortir le génie de la bouteille, résume la vice-présidente aux ressources humaines. «Notre entreprise évolue dans un domaine compétitif et il est difficile de remplacer certains employés. Je suis plus encline à faire des concessions avec les employés qui occupent des postes clés.»

Et l’équité dans tout ça?L’occasion fait le larron et plusieurs travailleurs profitent désormais de ces primes et avantages personnalisés qui révolutionnent la paie. Mais alors qu’entre graduellement en application la Loi sur l’équité salariale, les nouveaux modes de rémunération constituent un sérieux casse-tête pour les gouvernements. Quand chacun négocie son salaire et ses avantages en catimini, où tracer la frontière de l’équité? Et surtout, comment se comparer?

Ces questions embêtent Rosette Côté, présidente de la Commission sur l’équité salariale du Québec. «Les nouvelles formes de rémunération, comme les primes d’intéressement (achat d’actions de l’entreprise), auront-elles les mêmes effets sur les hommes que sur les femmes, demande-t-elle. Ces tendances risquent de créer d’autres écarts entre les travailleurs, car les femmes, en raison de leur ségrégation professionnelle (salaires moindres, postes au bas de l’échelle, etc.), ont un accès limité à ces primes. On ne peut pas laisser les nouveaux modes de travail entraver les fruits de la loi.»

 

Attention, toutefois, de ne pas dépasser les bornes : des demandes farfelues ou illégitimes pourraient être mal perçues. «Des employés nous ont demandé, par exemple, de modifier les heures générales de bureau afin d’éviter les problèmes de circulation, dit la gestionnaire. D’autres trouvaient que le stationnement fourni par l’entreprise était trop éloigné du bureau et souhaitaient avoir un autre espace. Ils demandaient beaucoup.»

À l’heure de la conciliation travail-famille, permettre aux employés d’arriver et de partir à des heures qui leur conviennent mieux que l’horaire traditionnel est l’arrangement le plus répandu, observe Pierre Emmanuel Paradis. Par ailleurs, peu de travailleurs se prévalent de l’horaire de quatre jours, indique Sylvie St-Onge, professeure en gestion des ressources humaines à HEC Montréal. «Travailler quatre jours n’est pas une chose nécessairement bénéfique, notamment pour les femmes, car travailler à temps partiel peut réduire les chances d’être promu.»

De l’avis de Pierre Emmanuel Paradis, les employés à temps plein sont beaucoup plus susceptibles d’obtenir des privilèges que leurs collègues à temps partiel. Mais si ces avantages ne sont aujourd’hui plus réservés aux cadres, ceux-ci sont tout de même les premiers à en bénéficier, indique l’économiste. «Plus on monte dans la hiérarchie, plus les avantages deviennent importants.»

Osez!

Que vous soyez cadre ou simple employé, pour obtenir des avantages, il faut oser demander, ce que ne font pas tous les travailleurs. «En situation de négociation, le plus gros virus des travailleurs est la peur de se faire dire non», lance Guy Cabana, coauteur du livre Les 10 secrets du négociateur efficace. «Osez, risquez, tentez!» ajoute-t-il.

Et si vous avez obtenu certains privilèges, sachez demeurer discret, conseillent les spécialistes. Les ententes personnalisées représentent un risque pour l’employeur, explique Sylvie St-Onge : si les détails d’une négociation sont révélés, le patron pourrait être forcé de justifier ses actions. «Dans le cas où il y aurait beaucoup d’inégalités entre les travailleurs, il se peut que des employés quittent l’entreprise ou soient démotivés. Devant les iniquités, d’autres peuvent être tentés de se syndiquer.» Chez le fabricant de produits cosmétiques, d’ailleurs, la consigne est claire : tous les accommodements «non visibles» (dont personne ne peut se douter) doivent être confidentiels.

Bien que la personnalisation des salaires dans les milieux non syndiqués ait toujours existé, cette tendance s’accentuera de manière importante au cours des 10 prochaines années, estime Sylvie St-Onge. Par exemple, la pénurie de main-d’œuvre appréhendée dans certains secteurs forcera plusieurs entreprises à retenir leurs employés expérimentés au-delà de 65 ans. «Les entreprises devront être très accommodantes pour retenir leurs employés du troisième âge», affirme l’universitaire.

Sans compter que les jeunes travailleurs préfèrent souvent la qualité de vie à l’avancement professionnel. «À cause des impôts, une hausse salariale n’aurait pas fait une grande différence sur mon bulletin de paie, remarque Amélie. Plusieurs personnes dans la société se rendent compte que le temps libre est plus appréciable que les salaires élevés.»

Le temps, c’est aussi de l’argent.

Sachez négocier

Les trucs de Guy Cabana, président de Danec Consultant et coauteur du livre Les 10 secrets du négociateur efficace, pour obtenir quelques primes à côté du salaire.

Bien se connaître. Sachez exactement ce que vous voulez et pourquoi.

Se préparer. Informez-vous sur votre entreprise et sur votre interlocuteur. Fera-t-il preuve d’ouverture face à vos demandes. Est-ce dans la culture de l’entreprise?

Déterminer qui est le bon interlocuteur. Si votre supérieur immédiat n’a pas de pouvoir décisionnel, par exemple, il vaut mieux rencontrer la personne la plus susceptible d’exaucer vos souhaits, comme le président ou ses adjoints.

Balayer les attitudes soumises. Persuadez-vous que vous avez du pouvoir et votre comportement traduira cette assurance.

Aller droit au but. Avant la rencontre, demandez combien de temps vous est alloué et respectez ce délai.

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