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Nord magnétique

Photo : Leanne Petagumskum

Le Nord fait rêver. Et ça tombe bien puisque les régions nordiques du Québec ont besoin de bras, de cerveaux et d’amants de la blanche cérémonie. Mais attention, il faut avoir les nerfs solides.

«C’est le temps du Nord!» s’exclame le Dr Jean Désy, médecin itinérant qui, depuis 20 ans, arpente cette région du Québec faite de toundra et de taïga grande comme la France et l’Allemagne réunies.

Et il a raison : des projets hydroélectriques dans la région du Nord-du-Québec, le gouvernement en a pour 50 milliards de dollars, l’équivalent de quatre fois les projets déjà réalisés à la baie James. C’est sans compter les développements miniers en cours ou en exploration, qu’il s’agisse d’or, de nickel ou de diamants, en plus d’une série de nouveaux parcs nationaux créés ces dernières années pour favoriser l’écotourisme.

Le Nord-du-Québec occupe plus de la moitié de la province (55 %), mais seulement 0,5 % de la population y habite, soit 40 000 Blancs, Cris et Inuits. Il se divise en trois parties distinctes : le Nunavik, qui englobe 14 villages inuits répartis le long des côtes de la baie d’Hudson et de la baie d’Ungava; la Jamésie, qui s’étend de la baie James jusqu’aux monts Otish; et l’Eeyou Istchee, formée de 8 villages cris enclavés dans la Jamésie et le Nunavik.

«C’est incroyablement beau!» s’exclame Elsa Moro, qui s’est installée dans le Nunavik il y a deux ans avec son conjoint, Joé Juneau, une ancienne vedette de la Ligue nationale de hockey qui a mis sur pied un programme sports-études pour les jeunes Inuits. «Nous habitons à Kuujjuaq en face de l’immense rivière Koksoak. L’eau est limpide, c’est hallucinant. L’été, la végétation au sol sent l’eucalyptus. On voit des troupeaux de caribous, de bœufs musqués…»

Détresse et enchantement

Beau, mais pas facile d’approche. Elsa Moro fait l’aller-retour entre Québec et Kuujjuaq depuis le début de l’année scolaire. «J’ai décidé de scolariser mes filles dans le Sud, parce que les écoles du Nord sont trop faibles. Mais comme Blanc, c’est super facile de trouver de l’emploi ou de faire des projets. Kuujjuaq est en train d’exploser économiquement et il y manque de main-d’œuvre.»

En effet, la pénurie de personnel qualifié se fait sentir dans tous les domaines des services. Un des plus gros employeurs du Nunavik, la Commission scolaire Kativik, embauche près de 400 enseignants et une trentaine d’administrateurs par année pour ses 17 écoles.

«Nos employés ne restent en place qu’un an ou deux en moyenne. Nous sommes donc toujours à la recherche de gens capables de vivre l’isolement et de s’adapter à une nouvelle culture», explique Harriet Keleutak, secrétaire générale de l’organisme depuis 15 ans.

Geneviève Guneau correspondait exactement à ce profil. En terminant ses études en enseignement, elle laisse Québec en 2003 et met le cap sur Kangiqsujjuaq, une bourgade inuite pratiquement située au bout du Québec. «Je voulais enseigner à l’étranger, et le Nord, c’est comme un autre pays, mais chez nous. Cette expérience m’a poussée à aller au bout de mes ressources comme enseignante et comme être humain.»

Première difficulté, les jeunes Inuits sont scolarisés en inuktitut jusqu’en troisième année du primaire. «Quand ils arrivent dans nos classes, ils parlent à peine le français et ne sont pas motivés. Le contact avec eux est fastidieux, parce que les enfants se protègent. Ils ne veulent pas s’attacher à des gens qui ne font que passer», explique Geneviève Guneau.

L’autre difficulté, ce sont les conséquences de l’abus d’alcool, qui afflige trop de communautés nordiques. «Quand une de nos collègues a été battue par son chum inuit à coups de bâton de hockey, on s’est dit qu’on ne pouvait plus endurer la violence et l’alcoolisme qui sévissent dans le village.»

Après deux ans de cette expérience éprouvante, Geneviève Guneau et son conjoint, Christian Brizard, ont fait leurs bagages. Mais depuis, le Nord ne les quitte plus. «Le Nord, ça nous habite longtemps, ça me manque encore», dit-elle.

Rémunération globale des enseignants de la Commission scolaire Kativik

  • Salaire de base : de 36 472 $ à 70 352 $, selon l’expérience.
    (Soit exactement le même traitement que celui offert aux enseignants du Sud.)
  • Allocation d’isolement et d’éloignement : de 7 331 $ à 17 991 $ par année, selon le secteur (plus haut dans le Nord, plus haute la prime) et les personnes à charge.
  • Prime de rétention : de 3 500 $ à 7 000 $ les deux premières années; de 5 000 $ à 9 000 $ la troisième année et les suivantes, selon le secteur.
  • Logement meublé, chauffé et éclairé, pour un loyer de 120 $ à 228 $ par mois.
  • Trois voyages par année dans le sud du Québec payés par la Commission scolaire.
  • Déménagement payé

Grande séduction

Pour attirer des renforts dans ses classes, la commission scolaire déploie de généreux incitatifs financiers : allocation d’isolement, prime de rétention, prime d’éloignement. Il y a même des subventions pour le logement (voir encadré page 1).

En fait, tous les employeurs du Nord mettent le paquet pour réchauffer le cœur des travailleurs. La mine Raglan, une division de Xstrata qui exploite le nickel au nord de Kangiqsujjuaq, a fait construire un complexe hôtelier au coût d’un demi-milliard de dollars pour abriter ses travailleurs, qui gagnent pour la plupart un salaire annuel dans les six chiffres en ne travaillant que trois semaines sur cinq.

De plus, la compagnie sert un argument massue aux géologues ou aux ingénieurs en métallurgie dont on manque : un avion privé qui permet à un jeune professionnel de travailler à la mine tout en résidant sur le Plateau, ou au gars de métier de Québec de retourner voir ses enfants aux trois semaines, de jardiner pendant deux semaines pénardes et d’en profiter pour prendre une bière.

Parce que la mine est sèche. «Dix-huit pour cent de nos employés sont Inuits. Il n’y a donc pas d’alcool ni de drogue qui se consomme sur le site [incluant le complexe hôtelier]. Ce serait trop dangereux», explique Mario Julien, directeur des ressources humaines de la compagnie.  

Dans le Nord, l’industrie minière connaît une effervescence sans précédent. Pour faire rouler les six mines présentes sur le territoire, en plus des 250 projets d’exploitation (dont 45 au Nunavik), les entreprises du secteur ont mis sur pied le Comité Action Mines, qui se charge de prospecter le bassin de travailleurs du Sud. Financé à 60 % par des fonds publics, le Comité a lancé en 2009 La Ruée vers le Nord, une campagne de promotion dont les animateurs ont visité les salons de l’emploi à bord d’une roulotte thématique l’automne dernier.

«On prévoit 1 100 emplois dans les mines au cours des cinq prochaines années. Et on ne cherche pas juste des mineurs, on a besoin de comptables et d’administrateurs en tout genre», dit Luc Letendre, le coordonnateur de la tournée, qui devrait reprendre cette année.

En juin 2009, Emploi-Québec a pour sa part créé une section spécialisée dans le recrutement nordique, Attraction Nord. Elle agit telle une nounou, en aidant, par exemple, les conjoints des travailleurs à trouver un emploi et les parents à dénicher des places en garderie. C’est donc la grande séduction, en particulier dans le domaine médical : on cherche désespérément des psychologues, des physiothérapeutes, des médecins, des infirmières et des travailleurs sociaux. Là encore, des primes d’éloignement et autres crédits d’impôt sont mis de l’avant (voir encadré ci-dessous).

D’ailleurs, la richesse relative des expatriés pose certains problèmes. Par exemple, alors que les Blancs disposent de logements spacieux, les Autochtones s’entassent à plusieurs familles dans des maisons trop petites. Selon Jean Désy, les inégalités sont visibles et risquent de causer des tensions raciales.

«Il est important de ne pas aller dans le Nord pour y chercher de l’or ou pour sauver le “bon sauvage”», explique le médecin, qui vient de publier un recueil de poésie sur la toundra. «Il faut avant tout avoir envie de vivre le territoire. Le meilleur de l’âme inuite, ce n’est jamais comme médecin que je l’ai rencontré, mais toujours sur le bord de la rivière en faisant cuire de l’outarde.»

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Avantages sociaux des employés du Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James

  • Prime annuelle d’éloignement de 5 269 $ pour une personne seule ou de 7 536 $ pour une famille.
  • Déduction fiscale annuelle pour région éloignée de 3 011 $.
  • Soutien à la recherche de logement et à la recherche d’emploi pour le conjoint.
  • Admissibilité au crédit d’impôt de 8 000 $ pour les nouveaux diplômés.
  • Programme de bourses d’études allant jusqu’à 5 000 $ par année.
  • Déménagement payé.
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