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Montréal, nid de startups

FonderFuel

Photo : Eva Blue

Sans tambour ni trompette, Montréal est en passe de devenir l’un des points chauds des startups en technologies de l’information dans le monde, avec pour rares rivales New York et la Silicon Valley. Incursion dans ce nouveau créneau d’excellence pour la métropole.

L’ambiance est survoltée sur la mezzanine du premier étage du Monument-National à Montréal en ce matin du 8 novembre. Des centaines d’entrepreneurs en technologies de l’information et investisseurs s’activent avant le début du Demo Day, l’événement principal du programme d’accélération d’entreprises FounderFuel.

Cette journée-là, neuf équipes sont venues présenter leur projet d’entreprise à des investisseurs avides de s’associer aux prochaines stars du Web. Tant les uns que les autres sont au bon endroit. «Au moment où je vous parle, il y a entre deux et trois milliards en capitaux assis devant moi», souligne John Stokes, un des dirigeants du fonds montréalais Real Ventures, lors du discours d’ouverture. Lui-même veille sur une cagnotte de 50 millions.

Parmi les seigneurs du capital de risque présents, on compte notamment Rho Canada, dont le bas de laine vaut deux milliards de dollars. De quoi galvaniser les aspirants entrepreneurs. Mais la pluie de dollars n’est pas automatique. Au moment de mettre sous presse, une seule entreprise participante avait signé une entente (250 000 $ avec Rho Canada). Il s’agit de Playerize, de Vancouver, qui se spécialise dans le développement de jeux pour réseaux sociaux et appareils mobiles.

Qu’à cela ne tienne, les autres ont entrepris des tournées de financement et ont déjà des contacts avec plusieurs investisseurs. C’est un des buts de FounderFuel : mettre en relation des talents et l’argent qui leur permettra de prendre leur envol.

Inspiré des modèles américain et britannique, FounderFuel est un programme de 12 semaines qui permet à des entreprises en démarrage du domaine des technologies, communément appelées startups, de bénéficier d’ateliers sur la création et le développement d’entreprises et de conseils de mentors issus du milieu des affaires. «Le but est d’aider les entrepreneurs qui ont déjà une idée à accélérer leur business», dit Ian Jeffrey, directeur général du programme qui en est à sa première année d’existence.

En plus d’espaces de bureaux gratuits, chaque équipe dispose d’un fonds de départ de 10 000 $ et d’un montant additionnel de 5 000 $ par cofondateur. En contrepartie, FounderFuel se réserve 6 % de parts dans chacune des entreprises par l’entremise de Real Ventures, qui a financé le programme à hauteur de deux millions de dollars.

Les programmes d’accélération ont vu le jour dans la mythique Silicon Valley, où l’entrepreneur Web Paul Graham a inventé en 2005 le premier du genre, Y Combinator. Au cours des années suivantes, le nombre de tels programmes a connu une augmentation constante et il en existe aujourd’hui environ soixante-dix en Amérique du Nord, dont une dizaine au Canada. Montréal en compte deux, soit FounderFuel et TandemLaunch, spécialisé dans les innovations universitaires. Et depuis à peu près cinq ans, toute une série de rendez-vous en sol montréalais sont en train de faire de la métropole québécoise un point de ralliement incontournable de la communauté des startups.

Montréal, un must

«Il y a une tonne de choses qui se déroulent en ville», explique Ian Jeffrey, également partenaire dans Real Ventures. Il cite en exemple le Startup Camp Montreal, une journée de démonstration semblable à celle de FounderFuel, tenue deux fois l’an et produite par la firme Embrase, qui offre des services-conseils aux startups. Dans la même veine avait lieu le 1er novembre dernier le Montreal Startup Talent, dont Real Ventures était également commanditaire.

En juillet 2011, le Vieux-Port a été le théâtre, durant trois jours, du premier International Startup Festival, initié par Embrase. Au programme : ateliers de perfectionnement, discours d’entrepreneurs-vedettes et démonstrations d’entreprises devant des investisseurs potentiels.

La communauté des startups se rencontre aussi de manière moins officielle lors de cinq à sept dans les bars montréalais, pour réseauter et échanger des idées. Car malgré l’environnement compétitif, les entrepreneurs 2.0 voient un avantage à discuter de leurs projets respectifs. Il n’est pas question de révéler des secrets de programmation, mais plutôt de résoudre ensemble des problèmes liés aux démarches d’affaires, comme la commercialisation des produits.

C’est d’ailleurs cet état d’esprit qui a inspiré le projet de la Maison Notman piloté par la Fondation OSMO, dont les administrateurs sont issus du milieu du capital de risque montréalais. Cet immeuble patrimonial fraîchement rénové, situé au coin de la rue Sherbrooke Ouest et du boulevard Saint-Laurent, se veut un lieu de rencontre dédié aux entrepreneurs techno. La Ville de Montréal y a injecté 462 000 $, auxquels sont venus s’ajouter 2,5 millions de dollars d’investissements privés. C’est là que FounderFuel accueille ses participants et que les bureaux de Real Ventures sont établis.

Pour expliquer ce foisonnement à Montréal, Ian Jeffrey propose plusieurs facteurs : «La proximité de grandes villes comme Boston, New York et Toronto qui sont à une heure de vol. La mixité des cultures anglophone et francophone. Nos liens avec l’Europe grâce à nos universités, qui font qu’il y a beaucoup de talent en circulation.»

Jeff Grammer, partenaire chez Rho Canada, renchérit. «Premièrement, Montréal est un véritable point de rencontre et beaucoup d’entrepreneurs la choisissent pour échanger leurs idées et les développer. Deuxièmement, il existe un réseau d’anges [c’est ainsi qu’on appelle les mécènes des startups] et d’investisseurs bien organisé. Troisièmement, c’est l’endroit où il y a actuellement énormément de capitaux pour les startups», dit-il.

De riches mécènes

Par exemple, le réseau Anges Québec, créé en 2008, compte 85 membres ayant engagé un investissement moyen de 400 000 $ dans des entreprises en démarrage. Le vice-président de son conseil d’administration vante d’ailleurs les mérites des programmes d’accélération. «En tant qu’investisseurs, ça nous met en contact avec un talent incroyable», croit Michel Brûlé (à ne pas confondre avec l’éditeur), également président du fonds d’investissement M&M.

En cinq ans, les revenus d’Accedian Networks, de Montréal, ont bondi de 50 136 %!

Rho Canada a de son côté investi dans une vingtaine de startups depuis son implantation à Montréal en 2006, dont le tiers dans la métropole seulement et le reste en Ontario et en Colombie-Britannique. Deux de ces entreprises sont depuis devenues des joueurs majeurs de leurs domaines respectifs. Fondée en 2004, Accedian Networks, située à Saint-Laurent et spécialisée en réseautique, avait reçu 10 millions de dollars en 2008. En 2011, elle se classait numéro un du palmarès Fast 50 de Deloitte, qui répertorie les entreprises technologiques canadiennes ayant connu la plus forte croissance – en cinq ans, ses revenus ont bondi de… 50 136 %. Fondée en 2009, Beyond the Rack, un club de magasinage en ligne, a pour sa part mérité en 2011 un investissement de sept millions de dollars. Également à Saint-Laurent, elle figurait en 2011 au 191e rang dans le Top 500 du site Internet Retailer, qui classe les boutiques en ligne nord-américaines selon l’importance de leurs ventes annuelles. Accedian Networks et Beyond the Rack ont rapporté au total entre 40 et 50 millions de dollars à leur mécène.

Ces perspectives d’enrichissement rapide font rêver, et c’est sans doute pourquoi, en juin dernier, FounderFuel a reçu quelque 250 candidatures de startups «non seulement du Canada et des États-Unis, mais également d’Europe et d’Asie», mentionne Ian Jeffrey. Seulement dix – toutes canadiennes – ont été sélectionnées pour prendre part au programme; une a toutefois abandonné en cours de route.

Les ambitieux désirant faire partie de la prochaine cohorte avaient jusqu’au 7 janvier 2012 pour envoyer leur candidature à FounderFuel. Les candidats sélectionnés commenceront le programme d’accélération le 20 février, et mettront cartes sur table le 15 mai lors du prochain Demo Day.

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