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Mauricie : diversification en vue

La Mauricie cherche à réduire sa dépendance à l’exploitation des ressources naturelles et aux grandes multinationales. Pour y parvenir, elle mise sur la diversification économique et le développement de l’entrepreneuriat. Son plus grand défi demeure cependant le vieillissement de sa population.

Les perspectives

Plusieurs grandes entreprises de la région ont éprouvé des difficultés. Du côté de l’industrie forestière, en 2011, Kruger a mis à pied 52 travailleurs de son usine de Trois-Rivières et 43 de celle de Wayagamack, alors que Commonwealth Plywood a temporairement interrompu ses activités à Shawinigan, mettant 45 travailleurs au chômage. «Le secteur du bois, qui employait 8 000 personnes en 2001, n’en occupe plus qu’environ 1 500», fait remarquer Jules Bergeron, économiste à Emploi-Québec.

Parmi les autres coups durs, mentionnons aussi la fin des activités de l’usine de Rio Tinto Alcan à Shawinigan, annoncée pour 2015 et qui touchera 450 travailleurs de l’aluminium. En 2011, la fermeture de l’usine Manac à Trois-Rivières, qui fabriquait des camions semi-remorques, a coûté 150 emplois, alors que 140 autres sont disparus lorsque IQT Solutions est partie sans demander son reste… et sans payer les employés de son centre d’appels! La fermeture de l’usine d’impression de journaux de Transcontinental à Trois-Rivières a aussi privé 50 personnes de leur gagne-pain.

Changement de cap

«La Mauricie a été à la remorque des grandes multinationales pendant plus de cent ans, remarque Geneviève Bédard, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan. Il faut maintenant développer une vision différente de l’économie et de l’emploi, axée sur les PME et la diversification économique.» Un constat que partage Pierre Lacoursière, directeur du bureau d’affaires Mauricie de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec. «Il faut favoriser le démarrage d’entreprises locales. Elles pourraient reproduire le succès de Marmen, une compagnie spécialisée dans l’usinage de haute précision dont le siège social est en Mauricie et qui emploie maintenant près de 900 personnes.» À titre d’exemple de ces nouvelles entreprises innovatrices, Geneviève Bédard cite Nirvana Chauffe Piscine, une PME d’une trentaine d’employés qui fabrique des chauffe-eau éco-énergétiques. Leur appareil a été nommé dans le top 10 des meilleurs produits pour l’économie d’énergie et le design lors du Salon Piscine 2010 tenu à Lyon, en France, et l’entreprise connaît une croissance annuelle frôlant les 50 %.

C’est toutefois l’aérospatiale qui mène la charge de la diversification. À elle seule, l’expansion de l’entreprise d’entretien d’avions Premier Aviation, à Trois-Rivières, créera environ 500 emplois d’ici 2016. À plus petite échelle, Aviatech, aussi à Trois-Rivières, devrait embaucher une quinzaine de travailleurs d’ici 2014 pour produire son nouvel avion détecteur de fuites de méthane. Le tourisme poursuit également son essor en Mauricie, où il occupe plus de 4 000 travailleurs. Ce secteur tend à se spécialiser dans divers créneaux, comme le tourisme culturel ou le tourisme d’affaires (congrès, colloques, etc.). Cependant, l’un des plus gros employeurs de la région demeurera le secteur de la santé. «Toutes les professions du domaine de la santé montrent des perspectives d’embauche favorables ou très favorables pour les prochaines années», note Jules Bergeron. En 2011, plus de 13 000 personnes travaillaient dans ce domaine en Mauricie. 10/11

À Signaler

> La fusion de la scierie Kruger de Parent et de l’usine d’aboutage Perron à Trois-Rivières, fermées depuis 2009, ainsi qu’un investissement de 21 millions de dollars permettront de réembaucher 300 employés.

> Le gouvernement fédéral a autorisé la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly-2, un projet évalué à deux milliards de dollars. Ces travaux occuperont en moyenne 800 travailleurs de la
construction pendant 18 mois et devraient débuter en 2013. Ils consolideront aussi les 750 emplois des travailleurs actuels de la centrale.

Sur le terrain

Depuis plus de 25 ans, la compagnie Epsilia, à Trois-Rivières, offre des services de traçabilité dans des secteurs comme l’alimentation, la vente en gros ou l’industrie manufacturière. Ces systèmes permettent de suivre toute la chaîne de production et de distribution d’un produit. Cela facilite, par exemple, le rappel en cas de défectuosité ou de contamination.

L’entreprise a vu son chiffre d’affaires augmenter de près de 50 % en 2010-2011, et prévoit une croissance supplémentaire de 25 % en 2011-2012. «Nous sommes parmi les rares au Québec à offrir un système de traçabilité basé sur la technologie de radio-identification, qui permet de mémoriser et récupérer des données à distance», précise Sylvain Ricard, vice-président Opérations.

Epsilia compte 25 employés, surtout des ingénieurs en logiciel ou en informatique, des informaticiens et des techniciens en informatique. Elle a procédé à trois embauches en 2011 et prévoit continuer
de recruter deux ou trois personnes annuellement, pendant plusieurs années.

Les tendances démographiques

La Mauricie a renoué avec la croissance démographique entre 2006 et 2010. Selon l’Institut de la statistique du Québec, la part des personnes âgées de 65 ans et plus (19,8 %) y dépasse tout de même celle des moins de 20 ans (19,1 %). Résultat, «entre 2010 et 2014, 87 % des 23 600 postes à pourvoir seront des remplacements de départs à la retraite. C’est beaucoup plus que la moyenne québécoise, qui est de 67 %», lance Jules Bergeron, économiste à Emploi-Québec.

Yves Marchand, directeur général d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières, reste optimiste. «La diversification économique incite les jeunes à revenir», dit-il, mentionnant le secteur de l’aérospatiale. «Des jeunes, qui avaient dû s’expatrier pour travailler dans ce domaine, reviennent dans notre région pour profiter de la qualité de vie qu’elle offre, tout en travaillant dans leur spécialité.»

Recherchés

• Dentistes
• Éducateurs spécialisés
• Mécaniciens d’équipement lourd
• Optométristes
• Préposés aux bénéficiaires
• Techniciens de laboratoire
• Technologues et techniciens en santé animale
• Travailleurs sociaux
• Vétérinaires

Source : Emploi-Québec. Le marché du travail dans la région de la Mauricie, Perspectives professionnelles 2010-2014, 2011.

 

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