Navigation des articles

eric-grenier

Maintenant, votez.

vote

L’emploi est l’enjeu de cette élection. Des emplois, toujours plus d’emplois, de meilleure qualité, pour les moins formés comme pour les plus bardés de diplômes. Chaque candidat s’élève en champion de leur création, puis il accuse l’adversaire d’en détruire, de n’en offrir qu’aux copains ou d’empêcher les autres d’en créer. Non, il ne s’agit pas de la campagne électorale québécoise, mais bien de la présidentielle américaine.

Car, chez nous, le thème de l’emploi sert plutôt de béquille aux programmes électoraux, de justificatif à toutes les promesses financièrement intenables. Il sert à masquer ce qui n’est pas présentable devant la visite : la corruption pour les libéraux, le flou indépendantiste pour les péquistes et la contradiction entre nationalisme économique et saine gestion pour les caquistes.

Plus que tout autre enjeu, l’emploi est celui qui a le plus de répercussions sur nos vies, mais les politiciens québécois se sont enfermés dans le discours de la supériorité du modèle québécois sur celui de nos voisins. Il est vrai que la chute du marché du travail depuis la crise de 2007-2008 a fait moins mal ici qu’ailleurs. Pour une bonne raison : on tombait de pas mal moins haut!

C’est comme au cirque : les clowns se font moins de bleus que les échassiers et les acrobates. En 2006, l’année précédant le krach financier de l’automne 2007, le marché du travail québécois rampait dans la poussière de l’arène avec plus de 8 % de chômage. Quant aux marchés des États-Unis et de l’Ontario, ils flottaient sans filet dans la stratosphère de la performance avec des taux sous les 6 %.

Aujourd’hui, c’est la crise de l’emploi aux États-Unis, avec un taux de chômage de 8,2 % en juin dernier. En Ontario, on évoque toujours un état de débâcle, avec 7,7 % de chômage. Au Québec? Le chômage était aussi à 7,7 %. Pourtant, il en va comme ça du discours de François Legault : «Ce n’est plus la quantité d’emplois qu’il faut viser, mais leur qualité.» Ce n’est pas mal comme rhétorique prospective, mais ça coupe court au défi présent : il y a 300 000 chômeurs et près de 150 000 assistés sociaux aptes à l’emploi en ce moment et il n’y a que 56 000 emplois disponibles. On a beau tourner cela dans tous les sens, rien n’y fait : le chameau ne peut pas passer dans le chas de l’aiguille. Le Québec n’a pas assez d’emplois pour tout son monde.

Les libéraux ont raison de se gargariser du fait que, lors de la dernière récession, le Québec n’a pas connu des taux de chômage de plus de 13 %, comme dans les années 80 et 90. Par contre, ils devraient reconnaître que leur promesse de 2003, soit de faire mieux que tous les gouvernements précédents en matière d’emploi, ne s’est jamais matérialisée.

Après neuf ans, quel est le bilan des libéraux? Ils n’ont pu faire mieux que ce que le Québec a toujours su bien faire : créer moins d’emplois que la moyenne canadienne et arriver en milieu de peloton des provinces à cet égard.

Après neuf ans, quel est le bilan des libéraux dans ce domaine? Ils n’ont pu faire mieux que ce que le Québec a toujours su bien faire : créer moins d’emplois que la moyenne canadienne et arriver en milieu de peloton des provinces à cet égard. De juin 2003, moment où Jean Charest amorçait son mandat, à juin dernier, la croissance de l’emploi au Québec a été largement inférieure à la moyenne canadienne (8,5 % contre 10,1 %). En 2003, le taux d’emploi, c’est-à-dire le pourcentage de Québécois de plus de 15 ans au travail, était de 60 %. En 2012, il est de 60,1 %. Au sixième rang des provinces en 2003 et au sixième rang des provinces en 2012. Plus de surplace que ça, tu as des racines et tu perds tes feuilles à l’automne!

Et encore, si le Québec a évité de régresser dans le classement pendant la récession, ce n’est dû, en partie, qu’au programme d’infrastructures. Celui-ci n’était en rien une position de défense contre la crise financière mondiale; il s’agissait, en réalité, d’une réaction politicienne à un fait divers : l’écroulement d’un viaduc à Laval. Mais, bon! Ce n’est pas la motivation qui compte, c’est le résultat. Et ça a marché pendant deux ans. Au coût de 40 milliards de dollars de dettes supplémentaires. Bref, juste pour maintenir le Québec à son rang historique en matière d’emploi, ce gouvernement a dépensé des milliards en subventions aux employeurs, en plus de faire baisser les taxes et les impôts des entreprises. Au bout de l’aventure, la dette du gouvernement du Québec a crû de 40 % : 79 des 183 milliards de dettes accumulées ces 60 dernières années ont été contractés depuis 2003. Ça fait cher l’emploi.

Oui, il y a bien un boom minier. Ce n’est quand même pas le programme des infrastructures qui a animé la demande mondiale, et encore moins la politique agricole qui a planté dans le sous-sol tous ces précieux minéraux. La preuve, le Plan Nord, pièce maîtresse du programme libéral, n’est toujours pas loi. Pourtant, le boom minier date d’au moins le milieu des années 2000. On en a quand même fait un plan à 80 milliards de dollars, alors que Montréal, notre vrai moteur économique, lui, croupit avec des statistiques dignes des cités américaines les plus dévitalisées.

Maintenant, le gouvernement du Québec n’a plus de munitions pour stimuler quoi que ce soit. Le feu d’artifice a eu lieu. Son seul objectif devrait être, désormais, d’au moins ne pas nuire à la croissance de l’emploi. À vous, lecteurs et électeurs, de décider qui a le plus faible potentiel de nuisance.

commentez@jobboom.com

Partager