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Les occasions d’emploi de l’infonuagique

Plus qu’une tendance, l’infonuagique est une petite révolution dans notre façon d’utiliser les TIC. Promesse pour les uns, défi pour les autres, elle crée de nouvelles occasions sur le marché du travail. Un secteur à découvrir.

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Chez Microsoft, 70 % des ingénieurs bossent sur l’infonuagique. C’est du moins ce que révélait, en mai 2010, Stephen Elop, alors président de la division Affaires du géant de Seattle, au WCIT, le congrès mondial bisannuel des TIC. Souvent mieux connue sous son appellation anglophone de cloud computing, l’infonuagique offre à un usager l’accès à d’énormes capacités de calcul (permettant de traiter rapidement un grand nombre d’opérations) et de stockage, peu importe où il se trouve, simplement en accédant à Internet.

Dans l’édition 2011 de son diagnostic sectoriel de la main-d’œuvre du secteur des TIC, TECHNOCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications, évalue ce marché mondial à environ 59 milliards de dollars et prévoit une forte croissance au cours des prochaines années.

Les premières applications à avoir connu un succès «grand public» ont été les messageries en ligne, telles qu’Hotmail ou Yahoo!Mail, suivies des réseaux sociaux et des services de stockage de photos, comme Flickr. Mais c’est en se mettant au service des PME que l’infonuagique donne son plein rendement, selon Serge Goulet, président d’iProTek, une firme de Québec spécialisée dans la gestion des services et parcs informatiques des PME. Environ 30 % de ses clients fonctionnent complètement en infonuagique, et l’entreprise aide les autres à migrer vers ce type de service. «Elles n’ont plus à investir dans du matériel coûteux, qui perd rapidement sa valeur, et peuvent déléguer la gestion du parc informatique à des entreprises spécialisées comme la nôtre, qui s’occupent des serveurs», avance-t-il.

La firme Gartner estime que 45 % des entreprises mondiales auront délocalisé leurs infrastructures informatiques dans le nuage en 2015.

De plus, l’infonuagique offre aux PME un accès à des services coûteux, auparavant réservés à de grandes multinationales, par exemple les infrastructures de partage à la SharePoint ou les serveurs de messagerie comme Exchange 2010. Dans le nuage, l’usager ne paiera que pour les capacités de calcul dont il aura besoin. Toutes les conditions semblent donc réunies pour que le nuage devienne… de plus en plus imposant.

Généralistes demandés

La firme Gartner estime que 45 % des entreprises mondiales auront délocalisé leurs infrastructures informatiques dans le nuage en 2015, contre 3 % présentement. Au Québec, le manque de ressources humaines pourrait contribuer à cette migration, selon Nicolas Roberge, président d’Evollia. Cette agence de Québec aide ses clients à maximiser leur utilisation du Web. «Coincées entre les départs à la retraite et le manque de finissants en TIC, les PME peineront à trouver assez de travailleurs pour répondre à leurs besoins, prévoit-il. Le nuage est une bonne avenue.»

Nous recherchons des généralistes connaissant l’ensemble des systèmes d’exploitation, des plus vieux aux plus récents.
Serge Goulet, président d’iProTek

La migration massive vers l’infonuagique suscitera toutefois des besoins de main-d’œuvre au sein des entreprises qui en font une spécialité, surtout dans l’administration des systèmes, les infrastructures informatiques, la sécurité et les tests, croit Jean Lavoie, conseiller senior au Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM). Selon lui, les bons généralistes tireront leur épingle du jeu. «Avant, on dédiait des équipements pour chaque service informatique, rappelle-t-il. On avait des spécialistes en réseau, en bases de données, en serveur Windows. Maintenant, tout cela est réuni dans un système virtuel, et l’administrateur doit avoir des connaissances dans plusieurs domaines informatiques.»

Cette prédiction concernant les besoins de main-d’œuvre trouve un écho chez iProTek, qui embauche surtout des finissants en informatique du collégial. «Nous recherchons des généralistes connaissant l’ensemble des systèmes d’exploitation, des plus vieux aux plus récents, souligne Serge Goulet. Ils doivent bien comprendre les applications et les besoins des clients, et avoir d’excellentes compétences en réseautique.»

Parfaire sa formation

Les établissements scolaires commencent tout juste à envisager les ajustements qu’ils devront faire dans les programmes de formation pour répondre à ces nouveaux besoins. À l’École de technologie supérieure (ÉTS), à Montréal, le directeur du Département de génie logiciel et des TI, Pierre Dumouchel, indique que les demandes des entreprises ne sont pas encore majeures et proviennent surtout de PME. L’ÉTS prévoit justement ajouter vingt heures de cours sur l’infonuagique dans son baccalauréat en génie des TI.

En règle générale, si les programmes de formation dotent les étudiants de bonnes connaissances de base sur les différents composants informatiques, comme les serveurs ou les réseaux, leur enseignement reste limité en ce qui concerne leur fonctionnement en commun dans le contexte d’un nuage, selon Jean Lavoie. Des limites qui n’échappent pas aux employeurs.

Chez iWeb, une entreprise montréalaise comptant plus de 235 employés, le processus d’embauche est constant. L’entreprise s’est classée au 82e rang des firmes canadiennes à plus forte croissance de Profit 200, un classement du magazine Profit, auquel elle figure depuis 2008. Elle s’est lancée depuis peu dans l’infonuagique comme telle, en offrant des serveurs virtuels, mais elle proposait déjà de l’hébergement de données et de l’hébergement partagé. Possédant plus de 18 000 serveurs actifs dans la région de Montréal, elle compte 20 000 clients de partout dans le monde.

Michel Thivierge et Claudine Legruiec, respectivement directeur des ressources humaines et conseillère en ressources humaines chez iWeb, déplorent d’une même voix l’inégalité des formations entre les différents programmes collégiaux et universitaires. Certains langages bien supportés par le Web, comme Python, Ruby ou PHP, n’y sont pas ou peu enseignés. «Plusieurs finissants connaissent très peu Linux ou le Freeware, par exemple», ajoute Michel Thivierge.

Tous les éléments technologiques sont là pour que le nuage soit un succès.
André Giroux, associé et chef de la stratégie chez SimplicITI

À tel point qu’il admet faire peu de cas du diplôme que possèdent les candidats. Il a même recruté des autodidactes qui n’en ont aucun! Ce qui compte pour iWeb, ce sont les tests à l’embauche. Dans ce processus, les candidats sont confrontés à des problèmes informatiques complexes. «On ne s’attend pas à ce qu’ils puissent les résoudre, mais en voyant comment ils tentent de les solutionner et jusqu’où ils se rendent, on a une bonne idée de leur capacité», poursuit Michel Thivierge.

Ce sont donc les compétences qui comptent. Et pour Claudine Legruiec, il ne faut pas se fier uniquement à l’école pour les développer. «Les jeunes ont tout intérêt à expérimenter, à faire leurs propres projets, voire à offrir leurs services bénévolement, dit-elle. L’expérience qu’ils acquerront ainsi leur sera très précieuse.»

Chose certaine, tous s’entendent pour dire que l’infonuagique est bien établie. «Tous les éléments technologiques sont là pour que le nuage soit un succès», lance André Giroux, associé et chef de la stratégie chez SimplicITI, une entreprise de Laval spécialisée dans la maximisation des avantages de la mise en nuage des applications informatiques. «Très peu d’entreprises quittent le nuage une fois qu’elles y ont migré», dit-il. L’avenir des travailleurs des TIC serait-il alors dans les nuages?

Quelques tendances fortes


Le passage au guichet unique.

«Actuellement, on est chez Microsoft pour le courriel, on dépose ses documents sur Google Docs, on
utilise SimplicITI pour la téléphonie IP. Les entreprises vont un jour offrir leur portail unique donnant accès à toutes ces applications», prédit André Giroux, de SimplicITI.

L’avenir appartient-il aux consultants?

Les PME pourraient délaisser les administrateurs de serveurs et rechercher plutôt des consultants qui sauront les guider vers les meilleurs services disponibles, avance Nicolas Roberge, d’Evollia.

Beaucoup d’emplois dans la sécurité informatique.

Les craintes liées à la sécurité sont le principal frein à la migration vers le nuage. Une crainte injustifiée, selon Serge Goulet, d’iProTek. «Les gens enferment leurs serveurs dans une pièce verrouillée et sont rassurés, explique-t-il. Pourtant, les serveurs sont extrêmement vulnérables au piratage, aux pannes et aux défaillances!»

Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Cet article est tiré du guide
Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

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