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Les nouveaux bureaux cools

Bureaux de Sid Lee à Montréal

Photo : Sid Lee


Adieu tables de billard et aires de jeux des années 2000. Dans les bureaux cool d’aujourd’hui, esprit de communauté, vacances illimitées et plats cuisinés sont à l’honneur.

En mettant le pied à l’agence de créativité commerciale Sid Lee, dans le Vieux-Montréal, le visiteur distrait pourrait croire qu’il s’est engouffré dans un café branché. La réception s’ouvre sur un bistro, dont les immenses baies vitrées laissent apercevoir une cour intérieure baignée de soleil. Au centre du bistro trône une grande table en bois, où directeurs artistiques, concepteurs, infographistes et rédacteurs tiennent des réunions, bercés par le ronron des machines à expresso. Un écran géant diffuse des campagnes publicitaires réalisées par la boîte.

Une visite plus approfondie des lieux révèle aussi que les employés bénéficient de déjeuners gratuits servis avant 9 h et de repas chauds cuisinés sur place et offerts à bon prix le midi. Ils évoluent dans un décor caractérisé par des pans de murs tapissés d’œuvres d’art, de grands espaces de travail ouverts et beaucoup, beaucoup de fenêtres.

Bref, on est à mille lieues des rangées de bureaux à cloisons grises. Mais ce n’est pas de la poudre aux yeux. Ces espaces de travail modernes facilitent le partage et la discussion et servent la mission de la compagnie. «Pour être créatif, il faut un environnement inspirant et des lieux d’échange. On ne crée pas tout seul dans son coin», explique Pétula Bouchard, chef des opérations et associée. «Ici, tout est vrai, il n’y a pas d’artifices. Pas de trampoline ni de carrousel», ajoute Jean Pelland, associé à la compagnie sœur Sid Lee Architecture, en faisant allusion au ludisme des bureaux des entreprises pointcoms du début des années 2000.

À l’époque, les compagnies qui se voulaient dans le vent misaient sur le divertissement pour recruter et fidéliser leurs employés. Mais, selon Jean Pelland, ces bureaux prenaient parfois des allures de garderie avec leurs aires de jeux pour adultes. «C’était comme aller travailler à la même place que là où ton enfant de quatre ans va jouer! Aujourd’hui, les bureaux qui cherchent à brouiller la frontière entre les loisirs et le travail sont en perte de vitesse.

Les gens veulent plutôt des lieux de rassemblement conviviaux, dans lesquels ils peuvent s’exprimer», poursuit Jean Pelland. Il est bien placé pour le savoir : à titre d’architecte, il conçoit notamment… des bureaux! Sid Lee Architecture a notamment signé le siège social de la compagnie Red Bull, à Amsterdam, et les bureaux d’Attraction Média, un regroupement de six compagnies du domaine du divertissement et des médias, à Montréal.

Bien commun

Chez Google – la compagnie cool par excellence, qui reçoit un million de CV par année –, les consoles de jeux vidéo et la table de babyfoot ont encore leur place dans les bureaux au centre-ville de Montréal. Mais l’échange est aussi à l’honneur. «La première chose qu’on apprend en rentrant ici, c’est qu’il faut être googly, c’est-à-dire ouvert à la collaboration et à l’innovation», raconte Shibl Mourad, directeur du site chez Google Montréal.

Cette culture se répercute sur l’espace physique : les bureaux sont partagés à plusieurs, les salles de réunions sont équipées d’outils de vidéoconférence pour échanger avec les équipes Google partout dans le monde et les nombreux espaces communs favorisent la discussion et la collaboration.

Des outils de travail sont aussi conçus à cet effet. Par exemple, à la fin de chaque semaine, tous les employés de Google dans le monde sont invités à partager un résumé de leurs activités sur un serveur, où les travailleurs peuvent aussi effectuer des recherches. «Si j’ai un problème à résoudre, je peux trouver un employé de Google à Tokyo qui a eu un pépin similaire et en discuter avec lui», illustre Shibl Mourad. La pratique n’est pas obligatoire, mais très utilisée.

Dans la même veine, Sid Lee a développé cette année Quick Lee, une plateforme collaborative maison. Ce «Facebook d’entreprise» permet aux employés de travailler sur les mêmes documents – qu’ils soient dans les bureaux de Montréal, Paris, Amsterdam, Toronto ou Austin. Il héberge aussi des blogues personnels des employés et permet d’archiver tous les projets de la compagnie.

Sans être spectaculaires, ces outils ne sont pas à négliger. «Le développement professionnel est très important pour les employés, particulièrement les jeunes des générations Y et C qui arrivent sur le marché du travail. Ils veulent croître au sein de l’organisation et être les artisans de leur apprentissage», explique Suzanne Ménard, conseillère principale dans l’équipe talent et engagement de Aon Hewitt. Cette firme de conseil en ressources humaines a réalisé une vaste étude de 2008 à 2010 sur les facteurs qui contribuent à l’engagement des employés (un concept qui comprend la satisfaction, la motivation et la productivité). En Amérique du Nord, les perspectives de carrière arrivent en tête de liste.

Parties de plaisir

Parmi les autres facteurs d’engagement des employés révélés par cette étude, la reconnaissance arrive au cinquième rang. «Elle comprend la rémunération globale – la paie, les avantages sociaux, les bénéfices –, mais aussi des éléments non monétaires comme les activités sociales qui permettent de nouer des liens avec les collègues», dit Suzanne Ménard.

La générosité des employeurs a pour but d’attirer les meilleurs travailleurs, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

C’est ce que vise Sid Lee, avec ses partys de Noël extravagants qui réunissent les employés des bureaux montréalais à New York, à Las Vegas, à Miami ou au Québec, dans des lieux renommés comme l’auberge Sacacomie, en Mauricie. Une fois par an, il y a aussi le Sid Lee Day, durant lequel le mot d’ordre est «pas le droit de travailler ni de rester à la maison»! Les employés passent donc la journée au bureau à participer à toutes sortes d’activités. Au fil des ans, Valérie Lapointe a profité de cet événement pour faire des séances de yoga, de Pilates, un cours de dégustation de vin et quelques parties de Guitar Hero. «Ça a un effet rassembleur et ça permet de côtoyer les collègues dans un autre contexte. C’est bon pour l’ambiance de travail et le sentiment d’appartenance», raconte cette productrice chez Jimmy Lee, une compagnie sœur de Sid Lee.

Question de temps

Autre caractéristique des bureaux dits cool en 2011 : les mesures qui facilitent la vie et la conciliation travail-famille. Aux habituels horaires flexibles et télétravail s’ajoutent des avantages plus originaux comme un nombre de jours de vacances illimité, des plats cuisinés à emporter le soir à la maison, des services de nettoyeur et de buanderie sur place, l’accès à un médecin de famille, des chalets à partager le week-end, etc.

«Certaines compagnies de haute technologie offrent des ressources de gardiennage à la maison, pour les parents qui ont un éclair de génie tard dans la journée et qui veulent continuer à exploiter le filon pendant la soirée», ajoute Roch Laflamme, professeur au Département des relations industrielles de l’Université Laval.

Chez Google à Montréal, un massothérapeute visite les bureaux une fois par semaine. Un service de traiteur livre aussi des plats à emporter à la maison. La compagnie songe à retenir les services d’une agence de conciergerie, qui pourrait enlever quelques épines aux pieds des employés, par exemple se charger des changements de pneus saisonniers de leurs voitures ou leur dénicher un plombier en cas d’urgence. «Dans certains cas, les employés paient à l’usage, quand ils utilisent ces services. La culture de Google n’est pas une culture de luxe, mais bien de commodité», explique Shibl Mourad.

Merci, pénurie

Bonne nouvelle, ces mesures innovatrices ne sont pas réservées aux travailleurs créatifs branchés. On en trouve aussi dans les milieux de travail traditionnels, dans les cabinets comptables et l’industrie pharmaceutique, notamment.

À la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline, dans l’ouest de Montréal, les employés ont accès à des cafétérias subventionnées, à des repas à emporter, à des salles de repos, des centres de conditionnement physique, alouette. «Nous sondons nos troupes chaque année afin de bien répondre à leurs besoins, dit Sacha Kennedy, responsable des communications. À leur demande, nous avons créé la journée Orange, qui permet aux employés de prendre une journée payée pour faire du bénévolat dans leur communauté.»

Qu’est-ce qui motive les employeurs à gâter leurs employés? Selon Suzanne Ménard, la moyenne d’âge de la main-d’œuvre y est pour quelque chose. «Les jeunes n’hésitent pas à verbaliser leurs attentes à l’organisation. Pour les garder, leur employeur doit s’ajuster.»

De l’avis du professeur Roch Laflamme, la générosité des employeurs a pour but d’attirer les meilleurs travailleurs, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. «Dans la majorité des organisations, la qualité de vie des employés n’est pas la première préoccupation. Ils font un calcul économique et se disent : “Si la qualité de vie me permet de garder mes gens et d’avoir plus de productivité, je vais adopter des mesures qui favorisent une bonne qualité de vie.”» Selon lui, le jour où l’offre excédera la demande, ces belles pratiques s’envoleront en fumée.

Mieux vaut en profiter!

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