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Les grands chantiers du Saguenay

Durement frappé par la récession, le Saguenay–Lac-Saint-Jean reprend son souffle et tire son oxygène de vastes chantiers de construction. La région entend aussi diversifier son économie en misant sur la transformation des ressources naturelles et le tourisme.

L’industrie forestière et celle de l’aluminium ont été touchées par la crise économique, mais de manière différente. Du côté du bois, la crise avait précédé la récession. Cette industrie a perdu environ 4 000 emplois entre 2006 et 2010, notamment en raison de la faillite d’AbitibiBowater, la principale compagnie forestière de la région. Elle affronte aussi la concurrence de pays émergents, notamment ceux d’Amérique latine. «L’eucalyptus que l’on plante au Brésil pousse en 7 ans, comparativement à 45 à 90 ans pour les arbres québécois!» explique Marc-Urbain Proulx, professeur en économie régionale à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Cette industrie est aussi très dépendante du marché américain, or, la reprise aux États-Unis tarde.

De plus, les jeunes boudent les programmes de formation dans ce domaine, rebutés par les mauvaises perspectives d’emploi à court terme. Clément Desbiens, économiste à Emploi-Québec, croit que cela pourrait fragiliser encore davantage l’industrie. «On craint qu’il y ait des difficultés de recrutement si le secteur connaissait une forte reprise.»

Du côté de l’aluminium, les travaux sont relancés sur les chantiers de Rio Tinto Alcan. L’entreprise a investi récemment 200 millions de dollars pour construire la treizième turbine de la centrale hydroélectrique de Shipshaw et la future aluminerie AP-50. Au moment de mettre sous presse, Rio Tinto Alcan annonçait un investissement supplémentaire de 758 millions de dollars dans ses installations de la région. Ces innovations sont essentielles pour continuer de concurrencer les pays du Golfe persique, qui offrent aux alumineries du gaz à des prix imbattables, ce qui réduit considérablement leurs coûts de production. En contrepartie, ces innovations pourraient coûter des postes, selon Clément Desbiens. «On va ouvrir l’usine AP-50, très performante, mais l’usine d’Arvida sera démantelée. Au bout du compte, on va perdre des emplois.»

À signaler

  • L’entreprise Cycles Devinci a investi 438 000 dollars dans l’achat d’une chaîne de montage qui lui a permis de doubler sa production de vélos BIXI. Elle en fabrique maintenant 1 000 par semaine. L’usine surfe sur le succès de ce vélo urbain, et fournit plusieurs villes, dont Montréal, Londres, Boston et Melbourne.
  • L’entreprise Bleuets déshydratés a investi cinq millions de dollars dans son usine de déshydratation de bleuets, la première du genre au Canada. En pleine production, l’usine comptera 11 employés permanents et de nombreux saisonniers.
  • Au lac à Paul, le gisement de phosphore de 325 millions de tonnes métriques de la compagnie de prospection minière Ressources d’Arianne continue d’attiser les convoitises. En 2010, des entreprises indiennes et américaines ont visité le site et songent à l’exploiter. Cela pourrait générer jusqu’à 300 emplois.
  • On saura en 2011 si IAMGOLD, MDN et MCI iront de l’avant avec leur projet de mine de niobium et de tantale au nord du Lac-Saint-Jean. La construction de la mine débuterait en 2012 et nécessiterait 400 travailleurs. Son exploitation pourrait durer 18 ans et fournir du travail à plus de 200 personnes.

La route de la diversification //

Les grands chantiers se poursuivent. La construction de la route 175 dans la réserve faunique des Laurentides doit se terminer en 2013. Plus de 100 millions de dollars ont été investis dans l’édification d’une prison régionale à Roberval. Les entrepreneurs de la région bénéficient également des projets hydroélectriques d’Eastmain et de la Romaine qui, bien que situés dans le Nord-du-Québec, donnent beaucoup de boulot aux entreprises de construction du Saguenay–Lac-Saint-Jean, comme le Groupe Alfred Boivin ou Inter-Cité Construction.

Selon Marc-Urbain Proulx, la croissance dépendra surtout de la diversification de l’économie. Il songe aux énergies renouvelables (hydroélectricité, biomasse, éolienne) et au tourisme. Mais il pense aussi au secteur tertiaire moteur, qui est lui-même créateur d’emplois dans d’autres domaines, par exemple l’ingénierie, l’architecture, l’informatique, la RD, etc. Le tertiaire moteur compte déjà pour 18 % de tous les emplois de l’agglomération Saguenay.

«C’est un domaine qui progresse dans la région et qui va aider le Saguenay–Lac-Saint-Jean à aller au-delà de la seule exploitation des ressources naturelles», souligne M. Proulx.

Sur le terrain

Il est loin le temps où Sylvain Morin exploitait son atelier d’usinage dans le garage de sa propre résidence! Onze ans plus tard, Usinage SM a pignon sur rue dans le Parc industriel du Haut-Saguenay et emploie une quinzaine de personnes. Depuis 2006, l’entreprise a investi plus de un million de dollars à développer une nouvelle spécialité : la réfection de roues d’aluminium pour camions lourds. Usinage SM parvient à récupérer environ 20 % des roues qui lui sont confiées, et souhaite hausser ce taux à 50 % vers 2015. Elle affecte de 10 à 15 % du temps de travail de sa main-d’œuvre à la recherche et au développement.

Usinage SM emploie surtout des diplômés d’études professionnelles en soudure et en techniques d’usinage. L’entreprise a d’ailleurs profité de la récession pour se développer. «C’était une bonne période pour embaucher des travailleurs très qualifiés qui avaient de la difficulté à trouver un travail, indique le PDG, Sylvain Morin. On a aussi consacré plus de temps à la recherche de nouveaux débouchés. Avec la reprise, nos anciens clients reviennent nous voir, et on bénéficie en plus de la nouvelle clientèle.»

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Source : Emploi-Québec. Le marché du travail dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Perspectives professionnelles 2009-2013, 2009.

Extrait tiré du guide Les carrières d’avenir 2011.

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