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Les étudiants rêvent-ils en couleur?

Étudiant reveur

Un sondage sur les aspirations des finissants montre que les jeunes ont des attentes élevées par rapport à l’impact de leur diplôme sur leur vie professionnelle. Sont-elles justifiées?

Je suis tombé cette semaine sur un sondage intéressant réalisé par BMO Banque de Montréal.

On y apprend que les deux tiers des étudiants canadiens croient que leur diplôme les conduira à un emploi qui leur permettra de faire vivre leur famille et d’acheter une maison, dans un délai moyen d’environ 9 ans. De plus, 80 % des répondants estiment que leur diplôme leur permettra d’être satisfaits sur le plan professionnel.

Sont-ils réalistes? Trop optimistes? Naïfs? Voyons voir ce que le marché de l’emploi leur réserve vraiment.

Prenons par exemple un diplômé universitaire québécois ayant obtenu un baccalauréat à 23 ans, en 2011 (note : la plupart des données sont tirées du document La relance à l’université 2013, qui présente la situation d’emploi des diplômées de 2011, 20 mois après l’obtention de leur diplôme. Les sources sont incluses en bas de page pour alléger le texte).

En tant qu’étudiant moyen, il a terminé ses études avec une dette de 13 967 $, ce qui est tout de même beaucoup moins que la moyenne canadienne de 23 000 $. [1]

Lors de son année de diplomation, les titulaires d’un baccalauréat ont mis en moyenne cinq semaines à trouver un premier boulot. En outre, les deux tiers des diplômés étaient en emploi dans un délai de 20 mois après l’obtention de leur diplôme. [2]

Le taux de chômage étant relativement faible pour les titulaires d’un baccalauréat (4,8 % en 2013, soit beaucoup moins que les quelque 8 % que l’on observe actuellement à l’échelle québécoise), on peut supposer que notre diplômé moyen se soit trouvé du boulot assez rapidement. [3]

Le voilà maintenant en position d’épargner. Le salaire hebdomadaire brut moyen des titulaires d’un baccalauréat était de 925 $ en 2013, ce qui lui confère un revenu annuel brut de 48 100 $. Ce qui est, dans les deux cas, supérieur au salaire moyen du travailleur québécois. [4]

Tenons pour acquis qu’il mettra de côté en moyenne 6 179 $ par année, soit l’épargne moyenne prévue par les Québécois en 2014. [5] Au bout de neuf ans, il aura accumulé un montant de 55 611 $, ce qui devrait lui avoir permis de rembourser sa dette étudiante.

Supposons que notre diplômé et sa conjointe, tout aussi moyenne que lui, convoitent une maison unifamiliale à Montréal, dont le prix moyen était de 339 655 $ au deuxième trimestre de 2014. [6] En considérant que tous les deux ont été économes, et en soustrayant certaines dépenses (voiture, meubles, imprévus, etc.), il est légitime de croire qu’ils pourraient avoir accumulé suffisamment d’argent pour mettre une mise de fonds de 20 % sur leur bungalow (l’équivalent de 67 931 $), tout en ayant effacé leurs dettes.

Mais notre diplômé moyen sera-t-il satisfait sur le plan professionnel?

En 2013, 80 % des titulaires de baccalauréat occupaient un emploi à temps plein lié à la formation reçue. Plus des trois quarts d’entre eux occupaient un emploi permanent. En ajoutant son salaire supérieur à la moyenne dans l’équation, on peut supposer que son emploi correspond probablement à ses aspirations. [7]

Bien entendu, ces calculs sont très approximatifs et ne tiennent pas compte de l’inflation, des impôts, de la situation familiale de notre diplômé moyen et des nombreux imprévus de la vie d’adulte, entre autres choses. De plus, les indicateurs varient grandement selon le domaine d’études. Mais nous avons quand même un ordre de grandeur.

Les visées des diplômés interrogés par BMO ne sont donc pas totalement irréalistes.

Toutefois, ils ne doivent pas perdre de vue cet élément fondamental : le diplôme n’est pas tout. Il fournit la clé qui ouvre certaines portes du marché de l’emploi, mais pas nécessairement la carte qui indique le chemin à suivre pour se rendre à la destination souhaitée.

L’obtention d’un diplôme n’est pas en soi gage de succès. L’école fournit des connaissances, mais les employeurs recherchent plus : des compétences, des aptitudes et un savoir-être qui ne s’enseignent pas nécessairement à l’école. La valeur des expériences a également un rôle déterminant dans un parcours professionnel.

Les étudiants n’ont pas tort d’être optimistes quant à leur vie professionnelle… pour autant qu’ils n’oublient pas que leur succès ne dépendra pas uniquement de leur diplôme.

[1] : Fédération des étudiants universitaires du Québec, 2011.
[2], [3], [4], [7] : La Relance à l’Université 2013, MERST.
[5] : BMO Banque de Montréal, 2014
[6] : Fédération des chambres immobilières du Québec, 2014.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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