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Les consommateurs s’unissent!

Les consommateurs s’unissent!


Nos habitations débordent de biens qui ne servent qu’à l’occasion, voire jamais. Si seulement on pouvait les louer… Mais à qui? Avec les sites de consommation collaborative, propriétaires et utilisateurs potentiels peuvent enfin se rencontrer. Et ce n’est qu’une des possibilités d’un mouvement qui secoue les puces de la société de consommation.

Disons que vous avez une voiture. Oseriez-vous la louer à des inconnus dénichés sur le Web? Pas sûr!

Pourtant, c’est exactement ce que propose Getaround, une start-up américaine lancée en mai dernier. Implantée à San Francisco, San Diego et Portland, elle permet aux propriétaires d’une auto de la louer à l’heure, à la journée ou à la semaine, au prix de leur choix, par l’entremise du Web. Objectif : rentabiliser cet actif souvent sous-utilisé (la bagnole moyenne est sur la route seulement 8 % du temps) et réduire la taille du parc automobile.

Le Québec n’est pas en reste. Communauto devrait lancer au printemps un projet pilote du même ordre, après avoir implanté le partage de véhicules dans la province il y a près de 20 ans. «Il y a plus d’engouement que nous pensions : environ 300 ou 400 propriétaires ont manifesté leur intérêt dès l’annonce du projet», affirme Marco Viviani, directeur, développement et relations publiques. Inimaginable il y a quelques années à peine, voici venu l’autopartage entre particuliers.

Pas de doute, la consommation collaborative gagne des adeptes. Aussi appelé économie du partage, ce vaste mouvement dépoussière l’échange, le troc, la location et le partage – des comportements vieux comme le monde – grâce, notamment, à la technologie. En 2011, le magazine Time plaçait le concept parmi les 10 idées qui vont changer le monde. Rien de moins!

Top modèles

La consommation collaborative a même son gourou : Rachel Botsman. Dans What’s Mine is Yours, écrit avec Roo Rogers, la Britannique livre un vigoureux plaidoyer en faveur du mouvement, qu’elle voit comme une façon de freiner la surconsommation, de maximiser l’utilisation des ressources et de créer des communautés. Elle en recense des milliers d’exemples partout dans le monde et dans toutes sortes de secteurs d’activité (finance, voyage, agriculture, éducation, etc.), qu’elle regroupe en trois grandes catégories :

  1. Les services où l’accès aux biens prévaut sur leur possession (ex. : Communauto pour le partage de voitures; BIXI pour le partage des vélos).
  2. La vente ou le troc entre particuliers (ex. : eBay; Déshabille-toi – une série d’événements d’échange de vêtements à grande échelle, née à Montréal).
  3. Les services de partage de ressources intangibles, comme le temps, l’espace et les compétences (ex. : les espaces de travail partagés).

Version numérique

Malgré ses airs vaguement hippie, l’économie du partage est devenue, avec Internet, un véritable marché. C’est que le Web facilite toutes sortes d’actions cruciales, comme la prise de réservations, l’identification des usagers, la localisation de biens. Ainsi, Airbnb, une compagnie parmi les plus hot du mouvement installée à San Francisco, permet à ses milliers d’usagers partout dans le monde de louer leur maison (ou chambre, chalet, cabane dans les arbres, igloo, etc.) à des visiteurs de passage, via son site Web. Pour les locateurs, il s’agit d’extraire de la valeur d’un espace sous-utilisé. Mais les revenus sont aussi au rendez-vous pour la compagnie, qui collecte des frais d’administration pour chacune des transactions faites sur son site. En trois ans et demi, plus de deux millions de nuitées ont été réservées dans 192 pays.

Pas étonnant que les investisseurs en capital de risque se bousculent au portillon! Lors de sa dernière ronde de financement, en juillet 2011, Airbnb a amassé pas moins de 112 millions de dollars américains. Getaround a reçu 3,4 millions en capital de risque, tandis que son compétiteur Relay Rides bénéficie du soutien financier de Google Ventures, la branche investissement du géant de Mountain View.

Pouvoir d’attraction

Difficile de chiffrer les adeptes de la consommation collaborative. Aux gros joueurs internationaux comme eBay et Airbnb s’ajoutent d’innombrables services locaux, qui rassemblent quelques centaines ou milliers d’usagers. Au Québec, Communauto compte 25 000 abonnés; BIXI Montréal, 40 000.

Qu’est-ce qui motive tout ce beau monde? La sensibilisation à l’environnement est un facteur. Louer la perceuse d’un voisin par l’entremise d’un site Web comme Zilok (établi notamment aux États-Unis et en France) ou Onloutou (au Québec et en France) est incontestablement plus vert qu’en acheter une, compte tenu des ressources nécessaires à sa production.

Les utilisateurs retirent aussi des bénéfices concrets, comme l’efficacité et la facilité. Par exemple, adhérer à BIXI, c’est dire adieu au casse-tête de l’entreposage d’un vélo l’hiver et aux visites chez le réparateur.

Dans beaucoup de cas, des économies sont aussi à la clé (louer ou échanger coûte moins cher qu’acheter). Par contre, il ne s’agit pas d’une mode passagère en attendant le retour de la croissance économique, selon Lauren Anderson, directrice de l’innovation chez Collaborative Consumption, la firme de consultation fondée par Rachel Botsman et installée en Australie. «Avec la crise, les gens ont réalisé que le système est fragile. Troquer des biens concrets devient plus attirant qu’échanger de l’argent abstrait, comme ça se fait à la bourse.»

Nouvelle mentalité

Parallèlement, Internet ébranle les mentalités par rapport à la propriété. Prenons l’exemple de la musique : en quelques années, nous sommes passés des CD aux fichiers numériques, pour arriver à des services en ligne comme Rdio ou Spotify qui permettent l’écoute sur demande de millions de chansons, moyennant un abonnement de quelques dollars par mois (des redevances sont versées aux artistes). «Nous sommes encore très attachés à la propriété, mais un changement s’opère tranquillement vers une culture de l’accès», observe Zeynep Arsel, spécialiste des systèmes de redistribution et professeure adjointe de marketing à l’Université Concordia.

Autre attrait : l’appartenance à des communautés. «Louer une chambre ou un appartement sur Airbnb n’est pas nécessairement moins cher et rarement plus propre qu’un hôtel. Ce qui séduit, ce sont les échanges avec l’hôte, la possibilité de résider dans un quartier moins touristique, l’expérience plus authentique», croit Lauren Anderson.

Pour Isabelle Lemaire, une Montréalaise utilisatrice de Communauto, BIXI, Airbnb et Station C (un espace de travail partagé dans le quartier Mile-End), ces communautés jouent un rôle important. «À Station C, la relation est intime, puisque je côtoie les gens avec qui je partage l’espace, mais je me sens aussi directement liée aux abonnés de Communauto. Ce lien me force à être une bonne citoyenne et à rapporter la voiture à temps pour le prochain utilisateur, par exemple.»

Vote de confiance

Malgré ses avantages, la consommation collaborative a des limites. Les biens à haute utilisation – votre ordinateur personnel, par exemple – sont difficilement partageables. «Certaines de nos possessions, comme les vêtements à bas prix, ne peuvent être redistribuées ou échangées étant donné leur durée de vie trop courte», ajoute Zeynep Arsel.

Mais la vulnérabilité de l’économie du partage tient surtout au fait qu’elle repose sur des liens entre inconnus : quelques pommes pourries peuvent ébranler la confiance des utilisateurs. En juin 2011, après deux ans d’activité, Airbnb a vécu son premier incident. Au retour d’un séjour à l’étranger, une utilisatrice a retrouvé son appartement de San Francisco complètement saccagé par les sous-locataires. L’histoire a été largement relayée dans les médias et aurait pu décourager beaucoup de gens de louer leur domicile. Mais la compagnie a rapidement réagi en bonifiant ses mesures de sécurité, ajoutant notamment une assurance.

«Une compagnie peut mettre en place toutes sortes de mesures et de mécanismes pour favoriser la confiance», ajoute Zeynep Arsel. Le concept de réputation est parmi les plus répandus. Ainsi, après chaque transaction sur eBay, le vendeur et l’acheteur peuvent s’évaluer mutuellement. Les deux parties ont intérêt à bien se comporter, puisque d’autres consulteront leur évaluation avant de décider de faire affaire avec elles.

Quel avenir pour la consommation collaborative? «Un jour ou l’autre, des chefs de file émergeront et domineront leur segment de marché, comme eBay pour la vente entre particuliers», croit Lauren Anderson. Au rayon techno, elle s’attend à l’apparition de plateformes simples qui pourront être utilisées par tout un chacun pour créer un service, à la manière de Blogger et WordPress pour les blogues.

Mais elle n’ose pas s’avancer sur les prochaines sphères qui seront gagnées par la consommation collaborative. «Je n’aurais jamais pu imaginer l’apparition de services spécialisés dans les expériences, comme Sidetour où des membres offrent une visite de leur ville à moto, par exemple. Qui sait quelle nouvelle niche surgira?» Les paris sont ouverts!

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