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Les cinq erreurs de l’ingénieur débutant

Jeune homme avec bras levé

Son diplôme en main, l’ingénieur junior entre sur le marché du travail gonflé à bloc. Mais nul n’est à l’abri des erreurs de débutant. Voici cinq faux pas à éviter.

1. Se surévaluer

Sur le marché du travail, l’expérience vaut tout autant que le bagage scolaire. Pour espérer occuper un poste plus important, il faut d’abord faire ses preuves, et cela prend du temps. «Les jeunes veulent accéder rapidement à des postes leur donnant plus de responsabilités, remarque André Houde, premier vice-président des ressources humaines au sein de la firme de génie-conseil Les Services exp. Leur formation technique leur donne l’illusion d’être prêts, mais il leur faut la compléter avec des années d’expérience sur le terrain pour bien saisir l’application de ce qui a été appris.»

Pour devenir directeur des projets spéciaux comme Daniel Pouliot de Demix Construction, il faut généralement attendre une dizaine d’années et avoir occupé deux ou trois autres postes de niveau inférieur. Certains jeunes ingénieurs sont pourtant malheureux et démotivés lorsqu’ils en prennent conscience. «Ça peut se refléter dans leur performance au travail. Ceux qui restent en emploi malgré tout gagnent en maturité et comprennent le pourquoi», précise-t-il.

«Les jeunes doivent réaliser qu’ils en ont encore à apprendre», renchérit Geneviève Bélec, CRHA, directrice des ressources humaines pour la firme de génie-conseil Bouthillette Parizeau. L’ingénieur en début de carrière doit se voir comme un membre d’une équipe multidisciplinaire. «Le génie-conseil, c’est un travail d’équipe. Le rôle de l’ingénieur est aussi important que celui de tous les autres postes», soutient-elle.

2. Attendre à la dernière minute

À l’université, certains avaient l’habitude d’étudier à la dernière minute avant un examen. Une attitude à proscrire sur le marché du travail, au risque d’engendrer des délais et des coûts indésirables. «Une personne qui est mal préparée pour un dossier aura un impact direct sur le résultat», indique Daniel Pouliot, qui compte quatre ingénieurs juniors sous sa gouverne. «Il faut prendre connaissance des plans et devis dans le détail, au préalable, pour mieux maîtriser le projet et réduire les risques d’erreurs. On travaille en pensant à la prévention.»

Un exemple : le plan d’un projet de construction indique que le câblage souterrain de compagnies de télécommunications doit être déplacé. Si le jeune ingénieur n’en a pas pris connaissance et n’a pas prévu cette étape à l’intérieur de l’échéancier initial, des délais seront occasionnés.

3. Ne pas poser suffisamment de questions

Par peur de déranger ou de paraître mal formés, certains ingénieurs juniors hésitent à poser des questions sur un projet. C’est pourtant l’une des meilleures façons d’éviter des erreurs potentiellement coûteuses. «S’ils ne comprennent pas les besoins, ils peuvent faire de mauvais calculs qui pourraient mener à des résultats erronés. Il est plus facile de faire des corrections sur un plan que sur un projet fini», rappelle Geneviève Bélec.

Au lieu de se renseigner auprès de collègues, plusieurs tentent de trouver réponse à leurs questions dans le Web.

Daniel Pouliot constate que, bien souvent, les jeunes ingénieurs respectent les normes mathématiquement, mais présentent des plans impossibles à exécuter avec les équipements et la technologie disponibles, par manque d’expérience. «Pour se plier à la réalité du terrain, ils doivent valider l’information en posant des questions et en passant du temps sur les chantiers», indique le directeur des projets spéciaux chez Demix Construction, qui se spécialise dans les grands projets d’infrastructure tels que les ponts et les échangeurs routiers.

Au lieu de se renseigner auprès de collègues, plusieurs tentent de trouver réponse à leurs questions dans le Web, remarque André Houde. C’est bien, mais il importe tout de même de vérifier l’information auprès de confrères plus expérimentés. «Les jeunes ont tendance à travailler en vase clos, à prendre des initiatives sans les valider d’abord. Il faut questionner, ce qui ne peut pas se faire en isolement», indique-t-il.

«Les jeunes ingénieurs croient parfois tout connaître, alors ils ne posent pas de questions et cherchent à trouver les réponses eux-mêmes, ajoute Geneviève Bélec. Ultimement, ça engendre des coûts, car c’est du temps qui aurait pu être investi autrement. Ça peut être formateur de chercher, mais il faut être en mesure de connaître ses limites.»

4. Ne pas se donner à fond

Une note de 85 % sur un travail de fin de session était satisfaisante? Pas sur le marché du travail. «Les plans doivent être conformes aux attentes du client. Ça prend du 100 %», fait savoir Geneviève Bélec.

Même si les ingénieurs juniors peuvent compter sur un collègue d’expérience pour réviser et approuver leur travail, ils doivent être conscients qu’il est là pour les encadrer et non pour terminer leur tâche.

Lors de la rédaction d’un plan et d’un devis, il serait malavisé de croire qu’écrire l’essentiel de l’information en omettant des détails est suffisant. Un tel raccourci peut donner lieu, par exemple, à des problèmes de coordination entre les gens de génie mécanique et de génie électrique pour l’installation d’un équipement de ventilation, si cet aspect du projet est relégué à l’arrière-plan. C’est un manque de compréhension de la réalité du travail, estime-t-elle.

Même son de cloche pour Éric Dumouchel, CRHA, vice-président des ressources humaines chez CIMA+. «Il faut vérifier toute information, parce qu’une erreur peut être coûteuse, et même dangereuse, dans le monde du génie. Une erreur de calcul, ce n’est pas une option. Dans le cas d’une structure, la sous-évaluation d’un seul élément pourrait se révéler catastrophique», illustre-t-il.

Même si les ingénieurs juniors peuvent compter sur un collègue d’expérience pour réviser et approuver leur travail, ils doivent être conscients qu’il est là pour les encadrer et non pour terminer leur tâche. C’est au junior de s’assurer que son travail est conforme. «Il ne faut pas tenir pour acquis que quelqu’un passe systématiquement derrière nous», ajoute Éric Dumouchel.

5. Bâcler ses communications écrites

Il faut savoir exprimer clairement ses idées dans ses communications écrites. «Plusieurs jeunes ont de la difficulté à structurer leurs idées, fait remarquer Éric Dumouchel. Quand on n’a pas le non-verbal, on perd 93 % du message.» D’où l’importance de soigner la rédaction des courriels, des rapports et de tout autre document.

Daniel Pouliot déplore la piètre qualité de certaines communications écrites, souvent la source d’une mauvaise compréhension menant éventuellement à des erreurs. «Les questions posées par courriel n’atteignent pas la même précision que si elles étaient posées de vive voix, soutient-il. Les réponses sont courtes et, parfois, ne répondent pas à l’envergure des questions. On encourage les jeunes à téléphoner aux personnes, même à les rencontrer, pour s’assurer d’une réponse claire.»

Par ailleurs, il peut être judicieux de faire relire ses écrits pour s’assurer de leur précision, de la clarté des propos et de la qualité du français, suggère André Houde.

Un mot d’ordre pour éviter les erreurs : communication. Une communication efficace à tous les points de vue vous assurera des relations interpersonnelles constructives et la progression de votre carrière.

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