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Les branches du génie moins connues

Les branches du génie moins connues

Quand on pense au génie, la construction de routes, de barrages et d’édifices nous vient spontanément à l’esprit. Mais le génie touche aussi les innovations en matière d’alimentation, d’environnement, de médecine et de géomatique. Zoom sur les formations méconnues de l’ingénierie.

Depuis belle lurette, les aspirants ingénieurs se voient concevoir des ponts, des barrages et des moteurs. Pas étonnant que 41 % des 62 190 membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec se spécialisent en génie civil, électrique ou mécanique. D’autres domaines comme l’ingénierie informatique, géologique, industrielle et aérospatiale ont aussi la cote.

«Pourtant, plusieurs autres formations comme le génie alimentaire, biomédical et biotechnologique gagneraient à être connues, croit le président de l’Ordre, Daniel Lebel. Même si ces disciplines offrent moins d’emplois que le génie civil, les diplômés qui les choisissent ne chôment pas. Tous nos membres sont pratiquement en situation de plein emploi.»

Levons le voile sur des visages différents du génie.

Le génie gourmand

«Bon an, mal an, de 8 à 12 étudiants obtiennent leur diplôme en génie alimentaire, observe Damien De Halleux, directeur du programme à l’Université Laval. Le taux de placement est de 100 %. On pourrait facilement en former le double. Vu le peu de diplômés, les entreprises embauchent des ingénieurs mécaniciens et chimistes, de même que des spécialistes en sciences et technologies des aliments pour pourvoir les postes destinés aux ingénieurs en génie alimentaire.»

Dans les entreprises de transformation alimentaire, l’ingénieur en génie alimentaire s’assure du bon déroulement des opérations à toutes les étapes de la fabrication des produits. C’est le spécialiste de l’automatisation et du contrôle des procédés utilisés pour la manutention, le traitement, la transformation, la conservation et la distribution des aliments.

«L’ingénieur en génie alimentaire joue également un rôle dans le contrôle de la qualité, l’achat et la mise en route de nouveaux équipements, précise Damien De Halleux. Il est aussi responsable de la sécurité alimentaire.» À son avis, cet ingénieur bénéficie d’une bonne stabilité d’emploi. «Peu importe comment se porte l’économie, il faut manger!»

Le génie du territoire

Autre discipline méconnue : le génie géomatique. «On n’a eu que six diplômés en 2012, déplore Michel Boulianne, directeur du programme à l’Université Laval. Notre taux de placement est de 100 %. Nous pourrions facilement accueillir une cinquantaine d’étudiants par année.»

Ces programmes ont été développés parce qu’il y avait un besoin dans le marché. Plus on découvre ce que peuvent accomplir ces ingénieurs, plus on réalise le rôle qu’ils ont à jouer dans leurs domaines.
– Daniel Lebel, président de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Il y a encore beaucoup à accomplir pour faire connaître le programme, constate le directeur. «Les jeunes n’ont aucune idée de ce qu’est la géomatique.» Mais quand on leur parle de récepteurs GPS et d’images satellitaires, les lumières s’allument.

L’ingénieur en géomatique conçoit des systèmes de mesure, de traitement, de représentation et de diffusion de données géospatiales. Son domaine d’intervention est vaste. Notamment l’agriculture pour les plans de fermes et l’assistance GPS pour mesurer la performance des récoltes, et la foresterie pour les inventaires forestiers, les tracés de routes et la protection des forêts contre le feu. Il peut aussi agir dans d’autres secteurs comme la sécurité civile, la navigation et l’urbanisme.

D’après Michel Boulianne, la demande de ce type d’ingénieurs devrait croître en raison de l’utilisation plus répandue des outils de géomatique comme le GPS, les systèmes d’information spatiale et les images satellitaires.

Le génie bon vivant

Le baccalauréat en génie biotechnologique, offert à l’Université de Sherbrooke, est un autre programme qui mérite d’être mieux connu. Ses diplômés sont appelés à faire la conception et le contrôle de procédés utilisant des organismes vivants, en vue de produire divers produits ou matériaux. Par exemple, des antibiotiques, des vaccins, des organes artificiels, des pesticides microbiens et des biocarburants.

«Nous sommes la seule université à offrir ce baccalauréat au Canada», précise Nicolas Abatzoglou, directeur du Département de génie chimique et de génie biotechnologique à l’Université de Sherbrooke. Le taux de placement des diplômés est de 90 %.

Ils travaillent principalement dans les industries agroalimentaire, pharmaceutique et environnementale. Mais de plus en plus d’entreprises font appel à leur expertise, dit Nicolas Abatzoglou. Ainsi, même les mines sollicitent leurs services pour extraire certains minerais grâce à l’emploi de microorganismes.

Le génie à la ferme

Le génie agroenvironnemental gagnerait aussi à élargir sa notoriété.

Le directeur de ce programme à l’Université Laval, Mohamed Khelifi, croit qu’il pourrait accueillir plus que les 14 à 18 étudiants inscrits annuellement, pour répondre aux besoins grandissants.

Le taux de placement des diplômés est de 90 % et les débouchés sont nombreux. Par exemple, les manufacturiers d’équipements et de machinerie, les fabricants de produits agricoles et les entreprises de production agricole les recherchent.

«Nos ingénieurs conçoivent notamment des bâtiments, des machines et des équipements agricoles, de même que des systèmes de drainage, d’irrigation et de conservation des sols, indique Mohamed Khelifi. Ils contribuent aussi à l’amélioration et au développement des techniques de production et de transformation primaire des produits agricoles suivant une saine gestion environnementale des ressources [sol et eau].»

Le génie de l’hôpital

Les 29 premiers bacheliers en génie biomédical de l’École Polytechnique Montréal ont intégré le marché de l’emploi en mai 2012. «Cette formation n’était auparavant offerte qu’aux études supérieures», explique Yves Boudreault, directeur des études de premier cycle à l’École.

L’ingénieur biomédical fait en sorte que les médecins disposent des meilleurs outils de travail. Il conçoit des systèmes d’imagerie par résonance magnétique, des tomodensitomètres (scanners), des stimulateurs cardiaques, des cœurs artificiels, des orthèses. Il peut aussi fabriquer des matériaux pouvant être implantés dans le corps humain et qui servent à la construction de prothèses ou de systèmes de libération de médicaments. Cet ingénieur est aussi apte à s’occuper de l’achat et de l’entretien d’équipements de même que de l’évaluation de technologies existantes.

Des choix gagnants

Le président de l’Ordre des ingénieurs du Québec est confiant pour l’avenir de ces formations. «Ces programmes ont été développés parce qu’il y avait un besoin dans le marché, assure Daniel Lebel. Plus on découvre ce que peuvent accomplir ces ingénieurs, plus on réalise le rôle qu’ils ont à jouer dans leurs domaines.»

Les passionnés d’ingénierie qui n’ont aucun intérêt pour la construction des gratte-ciel peuvent dormir tranquilles. D’autres avenues s’offrent à eux. Il s’agit de les découvrir, puis d’oser les choisir.

À l’échelle humaine

Martin Cyr, 43 ans, chef de service du génie biomédical
Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine

Titulaire d’un baccalauréat en génie informatique, Martin Cyr a décroché un diplôme de maîtrise en génie biomédical en 1995. Après avoir travaillé dans plusieurs établissements (université, hôpital, fabricant de systèmes de chirurgie assistée par ordinateur, etc.), l’ingénieur biomédical s’est joint à l’équipe du CHU Sainte-Justine en 2006. Depuis 2010, il y est chef de service du génie biomédical. «Je gère le portefeuille de projets et les budgets associés aux équipements médicaux, ainsi que les contrats de service et de maintenance de ces équipements, explique-t-il. Je ne soigne personne, mais j’aide tout le personnel à le faire. Je suis responsable de 6 ingénieurs biomédicaux et 15 techniciens.»

Dans un centre hospitalier, les ingénieurs biomédicaux sont responsables de l’acquisition d’équipements et de leur utilisation sécuritaire. «Ils doivent faire les bons choix technologiques, dit le chef de service. Ils comparent, évaluent et testent les différentes technologies proposées par les fabricants. Ils coordonnent l’installation et la mise en service de ces appareils et s’assurent qu’ils disposent d’un plan d’entretien. Ils veillent aussi à ce que le personnel médical obtienne la formation pour les utiliser.»

«Mon travail me permet de côtoyer des gens qui possèdent des expertises variées [médecins, inhalothérapeutes, techniciens], apprécie Martin. Cette mise en commun des connaissances est enrichissante. Cela nous a permis de mettre en place un banc d’essai pour l’évaluation des performances des instruments médicaux, avant l’utilisation sur les patients et l’achat. Mais la plus belle récompense survient lorsque notre équipe fait une différence dans les soins prodigués aux patients.»


L’affamée

Caroline Houle-Paradis, 32 ans, ingénieure de projets
Aliments Fontaine Santé

Le génie alimentaire, Caroline Houle-Paradis en mange! Depuis huit ans, cette diplômée en génie alimentaire de l’Université Laval travaille comme ingénieure de projets chez Aliments Fontaine Santé, une entreprise de Saint-Laurent qui fabrique notamment des salades, de l’humus et des trempettes, sans agent de conservation.

«J’aime la nouveauté et c’est un domaine où l’on est continuellement à la recherche de nouvelles méthodes de fabrication et de nouveaux procédés.»

Comme ingénieure de projets, ses tâches sont diversifiées. «Parfois, je dois trouver les raisons pour lesquelles un procédé ou un équipement fonctionne mal, apporter des solutions pour diminuer les pertes de produits ou encore réduire l’utilisation d’eau et de savons, dans un souci de protection de l’environnement.»

Parmi ses bons coups, Caroline a participé à toutes les étapes d’un projet visant à implanter dans l’entreprise une chaîne de lavage automatisée. De la définition du besoin de l’entreprise en ce qui a trait aux équipements jusqu’à sa mise en route finale. Dans un projet de cette envergure, plusieurs personnes étaient impliquées : un consultant externe, des opérateurs, du personnel de maintenance, des soudeurs, des fournisseurs d’équipements, etc. ll fallait que l’ingénieure fasse le pont entre les diverses personnes et s’assure que ce nouvel achat livre les résultats escomptés.

«J’apprécie la résolution de problèmes concrets, souligne Caroline. J’aime me creuser la tête à la recherche de solutions. Lorsque je trouve ce qui cloche, je suis fière de moi. Mon travail n’est pas routinier. Les projets ne sont jamais les mêmes.» Grâce au génie alimentaire, celle qui avait soif de défis et de nouveautés est rassasiée.

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