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Les Bois-Francs : la Mecque de la récupération

Dans les Bois-Francs, l’économie verte n’est pas un vœu pieux. Le développement durable est un moteur pour l’emploi et la ville phare de l’endroit, Victoriaville, est un modèle à suivre en matière de récupération. La région propose une foule de projets écologiques à recycler dans d’autres municipalités!

S’il avait habité Victoriaville, Pôpa de la défunte télésérie La petite vie aurait été aux anges. Car dans les Bois-Francs, on s’occupe de ses vidanges! Le recyclage et le compostage, c’est presque une religion. Des heures de plaisir pour Ti-Mé, qui aurait trié méticuleusement ses déchets, ses cannes de Pepsi et les restants de dinde de Môman.

À l’avant-garde

À la fin des années 1970, pendant que plusieurs jetaient encore leurs bouteilles de plastique aux poubelles sans mauvaise conscience, Victoriaville a été une des premières villes au Québec à établir un système de récupération collective. En 1998, la municipalité a réaffirmé son rôle de chef de file en instaurant notamment la collecte à trois voies (déchets, matières recyclables, compost) pour ses citoyens.

Ses bons coups ont fréquemment été soulignés. En 2009, par exemple, Victoriaville a reçu le Prix des collectivités viables (catégorie : Matières résiduelles) de la Fédération canadienne des municipalités, pour sa collecte annuelle de déchets domestiques dangereux, effectuée de porte en porte dans une vingtaine de municipalités des Bois-Francs.

La même année, la Ville a aussi remporté le prix Antonio-Lemaire du RÉSEAU environnement, pour l’introduction de 36 îlots de récupération à trois voies dans ses lieux publics et la distribution de 11 000 mini-bacs de compost à ses résidents. «Les citoyens sont fiers de l’orientation écologique de la Ville et ils ne se font pas prier pour participer à nos projets», affirme le maire Alain Rayes.

Exemple à suivre

Inspirées par Victoriaville, «la presque totalité des 23 municipalités de la MRC d’Arthabaska qui forment ce qu’on appelle les Bois-Francs se sont converties à la collecte à trois voies», se réjouit René Thivierge, directeur général de la Corporation de développement économique des Bois-Francs.

D’après des données obtenues par Gesterra Expert en gestion des matières résiduelles, une entreprise privée détenue par la MRC d’Arthabaska et Gaudreau Environnement, le taux de valorisation des matières recyclables dans les Bois-Francs a atteint 69 % en 2009. Une performance bien supérieure à la moyenne québécoise, établie à 56 %, selon RECYC-QUÉBEC. De plus, 59 % des matières organiques y ont été compostées plutôt qu’enfouies. C’est six fois plus que dans l’ensemble de la province.

Recycler une bonne idée

Suivant l’exemple de Victoriaville et des Bois-Francs, c’est maintenant toute la région administrative du Centre-du-Québec (MRC d’Arthabaska, de Drummond, de Bécancour, de Nicolet-Yamaska et de l’Érable) qui carbure au développement durable. La récupération et la valorisation des matières résiduelles ont d’ailleurs été désignées comme des créneaux d’excellence pour le développement économique du Centre-du-Québec dans le cadre du projet ACCORD (Action Concertée de Coopération Régionale de Développement), chapeauté par le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation.

«La région du Centre-du-Québec regroupe une quarantaine d’entreprises œuvrant en environnement qui emploient plus de 1 500 travailleurs, expose Micheline Letendre, coordonnatrice du projet ACCORD pour le Centre-du-Québec. On y trouve des compagnies de collecte et de tri comme Gaudreau Environnement, Gesterra et Récupéraction Centre du Québec. Il y a aussi des entreprises qui recyclent ou valorisent ces matières résiduelles, telles que Peintures récupérées du Québec, Recyclage Remtech, Cascades Re-Plast et Canlac. Il y a aussi des fabricants d’équipement pour les entreprises de collecte, de tri, de recyclage et de valorisation des matières résiduelles, comme Industries Machinex, Carbotech et Métallurgie des Appalaches.»

Personnel recherché

Ces entreprises ont grand besoin d’ouvriers qualifiés, note Micheline Letendre. «Les fabricants d’équipement peinent à recruter des techniciens en génie mécanique, des soudeurs, des électromécaniciens et des machinistes», précise-t-elle.

«Les techniciens en électronique qui font le montage et la réparation de nos automates ne sont pas plus faciles à trouver», ajoute le directeur général de Gaudreau Environnement, Johnny Izzi. En plus de faire de la collecte de matières résiduelles, l’entreprise exploite un centre de tri et une usine de recyclage des plastiques. Elle recycle aussi d’autres matières et fabrique du compost pour des écocentres.

René Thivierge prédit pour sa part que les écoconseillers seront recherchés à l’avenir. Ils feront un travail de sensibilisation et d’éducation auprès des industries, des commerces et des institutions. Ils pourront aussi guider la réalisation de leurs projets de développement durable.

Tourné vers l’avenir

Par ailleurs, les entreprises régionales qui ne sont pas liées à l’industrie de l’environnement en font tout de même une priorité. Ce qui laisse croire que les emplois verts continuent de pousser. «C’est dans le Centre-du-Québec que se trouve le plus grand nombre d’établissements ayant reçu la plus haute distinction [niveau Performance] du programme ICI ON RECYCLE, mis en place par RECYC-QUÉBEC, fait remarquer René Thivierge. On en compte 41 sur les 179 primés dans tout le Québec.» Pour mériter cet honneur, une entreprise doit valoriser et recycler au moins 80 % de sa matière résiduelle, plutôt que de l’acheminer vers des sites d’enfouissement.

Mais la région ne se repose pas sur ses lauriers pour autant. Une dizaine d’entreprises du parc industriel et portuaire de Bécancour appliqueront prochainement le «principe de synergie de sous-produits», salue Micheline Letendre. En s’inspirant de ce qui se fait au Danemark, elles chercheront notamment à voir comment les résidus de production provenant des activités industrielles d’une usine peuvent être réutilisés par une autre entreprise.

La municipalité de Victoriaville travaille quant à elle sur un projet de parc éco-industriel où les entreprises s’engageront à poser des gestes concrets pour la planète et dans lequel la qualité de vie des travailleurs sera rehaussée (entre autres grâce à une piste cyclable et des espaces verts).

Comme quoi le progrès environnemental est loin de s’essouffler dans cette région. Pauvre Pôpa, pas né au bon endroit ni à la bonne époque!

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