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Le volume de travail diminue : que faire?

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Tout le monde l’a déjà vécu : au boulot, le rythme ralentit et on se retrouve avec moins à faire, parfois pendant plusieurs jours. Après le sentiment bienvenu de soulagement vient le doute. Que faire?

Quand Dominique (nom fictif) repense à son épisode de tournage de pouces forcé, il y a quelques années, l’énergique trentenaire frémit. «J’étais en train de mourir là!»

Commis aux services administratifs dans une grande entreprise, elle avait pourtant longtemps eu de la «broue dans le toupet». Mais petit à petit, les projets se sont faits moins nombreux et ses tâches ont fondu. Au début, elle n’était pas fâchée de souffler. Sauf qu’après quelques semaines, son assiduité habituelle a fait place à de l’apathie. Ses journées presque vides ont eu raison de sa motivation. «Mon moteur intérieur s’était éteint. Je me levais en pensant à “caller malade”. Je ne me reconnaissais plus.»

Au bout d’environ un an, elle est partie en congé de maternité. Pendant son absence, l’idée de changer d’emploi a germé. «J’aimais mieux perdre ma permanence que de recommencer à me “pogner le beigne”.» Un sacrifice qu’elle n’a finalement pas eu à faire, puisqu’elle a décroché un poste dans un service plus dynamique de la même entreprise. Aujourd’hui, ses journées sont bien remplies. «Des fois, je panique, tellement j’ai de choses à faire!» Assez pour s’ennuyer de sa période inactive? «Jamais!»

Comme quoi n’avoir rien à faire au bureau n’est pas un cadeau. Et tôt ou tard, tous les travailleurs vivent cette expérience. Que le creux dure quelques jours ou quelques mois, la question se pose : que faire quand il n’y a rien à faire?

Dure, dure, l’oisiveté

Ça va de soi, aucune entreprise ne souhaite payer ses salariés à flâner. «Un bon gestionnaire anticipe la demande de son produit ou de son service et gère son personnel en conséquence. Sinon, il “paie dans le beurre” : c’est une perte nette!» explique Denis Morin, professeur en gestion des ressources humaines à l’UQAM.

Pour un salarié, le résultat n’est guère plus heureux. Parlez-en à Lucie Lacasse. Au fil des ans, cette conseillère principale en gestion de carrière chez Optimum Talent a aidé quantité de travailleurs licenciés à retomber sur leurs pattes. Pour plusieurs, la cadence avait considérablement ralenti avant la suppression de leur poste. «En général, ils vivent une détresse profonde. Se sentir inutile, c’est désastreux pour l’estime de soi et extrêmement angoissant», dit-elle.

Pour Mathilde (nom fictif), le sentiment de culpabilité était aussi de la partie. À l’été 2010, dans le cadre d’un programme de maîtrise, elle a réalisé un stage «vide» de quatre mois dans un ministère fédéral. «Tout le monde autour de moi était débordé, mais personne ne prenait le temps de me déléguer des tâches malgré mes demandes répétées. Comme j’étais rémunérée par des fonds publics, je me sentais très coupable.»

«Comme patron, je préfère de loin l’employé proactif à celui qui se tourne les pouces sans faire de vagues»
— René-Louis Comtois, Formations Qualitemps

Au moins, son stage avait une durée déterminée. Selon Lucie Lacasse, plus l’oisiveté s’étire, plus les travailleurs souffrent. Après une longue période d’inertie, certains ont même besoin de repos. Car aussi incongru que ça puisse paraître, on peut se brûler à ne rien faire. «On pense à tort que seul le surmenage mène à l’épuisement. Mais être continuellement sous-stimulé et faire un travail qui n’a plus de sens, ça use», assure-t-elle.

Quand le couperet tombe, le désarroi est pire pour ceux qui se sont tourné les pouces sans aviser personne, poursuit-elle. «Est-ce qu’ils auraient pu être mutés dans un autre service et garder leur emploi s’ils avaient agi? Ils n’en auront jamais le cœur net.»

Du travail, s.v.p.

Pour éviter ce genre de regrets, mieux vaut cogner à la porte du patron aux premiers signes de ralentissement afin d’évaluer la situation. Avec un peu de chance, le creux sera momentané, par exemple à cause d’une diminution d’achalandage saisonnière ou d’un repositionnement stratégique.

Ces baisses de régime temporaires peuvent avoir du bon. «C’est l’occasion de réviser ses outils et méthodes de travail afin d’être plus efficace quand la machine s’emballera de nouveau», dit René-Louis Comtois, un pro de la gestion du temps qui vient au secours des travailleurs débordés. On peut, par exemple, adopter un meilleur système de gestion de courriels, mettre à jour son carnet de relations, ou même faire du bon vieux ménage. «Ce n’est pas spectaculaire, dit-il, mais c’est utile!»

En proposant des façons productives de s’occuper, un travailleur marque des points. «Comme patron, je préfère de loin l’employé proactif à celui qui se tourne les pouces sans faire de vagues», dit-il. Dans son entreprise, Formations Qualitemps, pas question de gaspiller les périodes creuses annuelles que sont l’été et le début de janvier. Tout au long de l’année, les membres de son équipe notent leurs idées d’amélioration. «Dans les temps morts, on s’attaque aux gros morceaux», explique-t-il. La compagnie en a notamment profité pour enrichir l’interactivité de ses cours et simplifier l’identification des participants à ses ateliers.

Et si vous êtes le seul à connaître des journées allégées? Raison de plus pour en parler! «C’est possible qu’un gestionnaire répartisse mal les tâches dans son équipe. Si vous vous la coulez douce pendant que vos collègues se démènent, ils vont s’en rendre compte», dit Lucie Lacasse. Votre réputation risque d’en prendre un coup, tout comme l’esprit d’équipe.

Aux grands maux…

Pour les passages à vide plus sérieux, mettre de l’ordre dans ses documents ne suffit pas. «Si un employé n’a rien à faire pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, c’est que ses tâches ne sont plus essentielles ou qu’il y a trop d’effectifs», estime Denis Morin. À la longue, des suppressions de postes sont à prévoir.

Quand le creux dure et qu’une réorganisation de tâches se prépare, il faut donc passer à l’action, selon Lucie Lacasse. «Si on souhaite rester dans l’entreprise, il faut s’asseoir avec son superviseur et évaluer les possibilités. Est-ce que mes compétences pourraient être mises à contribution dans un autre service? Est-ce que mes tâches actuelles peuvent être bonifiées?» Si l’entreprise en a les moyens, elle peut offrir une formation pour faciliter ce genre de transitions.

Idéalement, la table sera déjà mise. «Ces discussions sont plus faciles si on a établi une relation de confiance avec son patron et qu’on profite des évaluations de rendement annuelles pour faire le point, explique Lucie Lacasse. Même quand ça va bien, il faut prendre l’habitude de vérifier que l’organisation nous prend en compte dans son développement et que nos objectifs personnels cadrent avec ceux de l’entreprise.»

Éviter l’hyperspécialisation est aussi un atout. «Rester polyvalent est important, puisqu’on ne peut jamais présumer qu’une tâche qui existe aujourd’hui existera encore demain», dit Denis Morin.

Si vous êtes prêt à aller voir ailleurs, c’est le moment de mettre votre CV à jour et de lancer des perches dans votre réseau de connaissances. «On le répète souvent : chercher un emploi, c’est un job à temps plein», dit Lucie Lacasse. Autrement dit, une excellente façon de s’occuper!

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