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Le travail fait le bonheur

Pour 80 % des Québécois, le bonheur avec un grand B passe par un emploi satisfaisant, selon un sondage mené en 2009 par l’Indice relatif de bonheur (IRB) pour le Magazine Jobboom. Parmi 24 facteurs de bonheur, le travail arrive même en troisième place après l’accomplissement et la santé, devançant ainsi la famille! Alors autant s’arranger pour être heureux au boulot.

«Le travail permet de gagner sa vie, mais pour la grande majorité des gens, c’est beaucoup plus que ça», commente Pierre Côté, fondateur de l’IRB. En effet, deux Québécois sur trois disent accorder une importance élevée à leur activité professionnelle. «Dommage qu’il y ait encore beaucoup d’employeurs qui ne voient pas pourquoi ils se soucieraient du bonheur de leur personnel», déplore-t-il.

Or, certains patrons auraient tout intérêt à s’y attarder. Moins de la moitié des Québécois (45 %) se disent pleinement satisfaits de leur travail. Un indice supplémentaire qui ne ment pas : 60 % des répondants à notre sondage pourraient être tentés d’accepter une offre d’emploi d’une autre organisation. Cette tentation se révèle même très forte pour 26 % d’entre eux.

Les attentes envers le travail sont-elles démesurées? C’est sans doute en partie vrai puisqu’un tiers des Québécois admettent qu’ils accordent trop d’importance au boulot. Rémi Tremblay, qui organise des discussions et des activités destinées aux dirigeants d’entreprise, croit que le manque d’estime de soi est en cause chez bien des bourreaux de travail. «Les gens en font beaucoup pour se prouver qu’ils sont à la hauteur», observe-t-il. Résultat : le travail leur demande beaucoup trop d’énergie. Pas étonnant que les lundis matin soient tant redoutés.

Une transformation possible

Malgré tout, cet ancien président d’Adecco Québec et d’Adecco Canada (des filiales d’une firme de recrutement internationale) croit fermement que le bonheur au boulot, c’est possible.

En 1999, dix ans après la fondation d’Adecco Québec, son équipe et lui-même ont entrepris une réflexion à ce sujet. «Pour devenir chefs de file dans notre domaine, il avait fallu convaincre des clients, gagner des parts de marché, raconte-t-il. Bref, nous étions des conquérants, avec tout ce que ça comporte de pression sur les gens. Et à bien y penser, nous n’avions pas envie de continuer dans cette voie.»

Ils ont donc transformé l’organisation, entre autres pour qu’elle mise davantage sur les forces de chaque individu, plutôt que de demander à tous d’entrer dans un moule. De plus, ils ont décidé d’explorer plutôt que de conquérir. «Quand nous allions rencontrer un client, ce n’était plus pour décrocher un mandat à tout prix, mais pour nous intéresser réellement aux situations qu’il vivait», poursuit-il. Le résultat : «Nous étions beaucoup plus en accord avec nous-mêmes, sans que ça affecte négativement la croissance de l’entreprise, bien au contraire.»

Réfléchir et agir

Le conseil de Rémi Tremblay pour être heureux au travail est le même pour les individus que pour les organisations : d’abord, réfléchir à ce qui nous rend heureux, puis agir, tout simplement.

Julie Caron, aujourd’hui humoriste, a eu la chance de l’avoir comme patron il y a quelques années. Elle travaillait alors comme responsable des relations commerciales chez Adecco, mais aspirait à autre chose. «Quand j’étais petite, j’adorais faire rire. Puis, à l’adolescence, je me suis rendu compte que c’était une façon extraordinaire de faire du bien aux gens», relate-t-elle.

Bien qu’elle soit parvenue à présenter un numéro dans les bars, la comique en herbe n’osait imaginer en faire une carrière. «J’avais quand même un emploi intéressant et une certaine sécurité.» Néanmoins, elle a osé révéler son ambition à Rémi Tremblay.

Peu après, ce dernier lui a fait toute une surprise en lui annonçant qu’il créait chez Adecco un poste d’humoriste. Julie Caron se souvient encore de sa stupéfaction. «J’allais être payée par mon employeur pour réaliser mon rêve!» s’exclame-t-elle. Son nouveau titre : «comique senior, classe trois».

Pendant un an et demi, elle a représenté Adecco dans divers événements, en plus d’ajouter une touche humoristique aux présentations et aux conférences du président. Lorsque l’entreprise a dû supprimer des postes, dont le sien, elle avait acquis suffisamment d’expérience et de contacts dans le domaine de l’humour pour voler de ses propres ailes.

Il n’est pas toujours nécessaire de changer d’occupation pour trouver son bonheur, selon Rémi Tremblay. Souvent, il n’en tient qu’à nous de transformer notre situation actuelle. «Si vous rêvez que votre entreprise vous offre des horaires plus flexibles, proposez-le, tout simplement», conseille-t-il. Et si ce petit geste était le premier pas vers le bonheur professionnel – et le bonheur tout court?

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