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Le pelletage, un art


Vous en avez plein le pompon de pelleter? Pourtant, cette activité vous aide à brûler des tas de calories! Le pelletage : corvée ou sport national?

L’«Homo québécus» ne naît pas avec la faculté de pelleter comme les bébés tortues ont l’instinct de rejoindre la mer dès leur naissance. Il apprend plutôt à se débarrasser de ce qu’il appelle communément la «m*rde blanche» à coups de sacres et d’ampoules aux doigts. Son supplice s’éternise à mesure que s’accumulent les centimètres de neige.

«Pelleter fait partie de notre identité climatique de Québécois», soutient Louis Corbeil, ancien enseignant en éducation physique aujourd’hui à la retraite, qui, comme ses compatriotes, se souvient avec nostalgie des hivers de son enfance. «Ils étaient plus rigoureux. Les voisins étaient tout le temps en train de pelleter dans ma rue.»

«Pelleter, c’est un bout de notre imaginaire collectif et même un outil d’intégration», ajoute Christine Leroy, une immigrante française aujourd’hui agente au service extérieur à Affaires étrangères et Commerce international Canada. «En tant que nouvel arrivant, on te « checke » pour voir comment tu t’y prends pour pelleter. Le test du pelletage est aux Québécois ce que la cuisson des pâtes al dente est aux Italiens!» image-t-elle.

Son premier hiver au Québec, en 1998, la jeune femme l’a passé à pelleter des allées alors qu’elle travaillait bénévolement dans un centre culturel à Saint-Donat dans les Laurentides, un véritable «trou à neige»; il en tombe plus de quatre mètres chaque hiver, presque trois fois plus qu’à Montréal. À la fin de la saison, Christine avait «des épaules de nageuse».

Il va y avoir du sport

Pelleter exige un effort physique intense et c’est pourquoi les Québécois l’appellent le «sport national»! L’activité mobilise les biceps, les muscles du dos et le cardio. Chaque pelletée de neige pèse 5 kg en moyenne, selon le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail. Et quand la neige est mouillée, la charge peut grimper à 11 kg. Le brave qui déplace une pelletée aux cinq secondes charrie 60 kg de neige par minute, ce qui commence à ressembler au poids d’un adulte.

Ainsi, en pelletant de la neige légère durant 30 minutes, une personne brûle environ 290 calories, soit plus qu’en pédalant le même temps sur un vélo stationnaire (170 calories). C’est pour cette raison que Karl Sanfaçon, qui habite Beauport, dans la région de Québec, ne rechigne pas à utiliser la pelle. «J’essaie de rester en forme par tous les moyens, y compris en pelletant, dit ce technicien de 37 ans. Ça crée le même effet d’endorphine qu’un autre sport.» L’air frais en sus!

Toutefois, le pelletage n’est pas sans risque. Karl Sanfaçon se rappelle avoir souffert de douleurs au bas du dos après avoir pelleté pendant plusieurs heures à la suite d’une grosse tempête. «Heureusement, il n’y a pas eu de séquelles. Le mal était disparu le lendemain», dit-il. Pour d’autres «pelleteux», c’est plus sérieux. «Une entorse lombaire peut vous valoir de deux à trois jours d’arrêt de travail et la prise d’anti-inflammatoires», prévient Louis Charbonneau, urgentiste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

Il y aurait 11 500 accidents liés au pelletage en moyenne chaque année aux États-Unis, selon une étude parue dans l’American Journal of Emergency Medicine l’an dernier. «Et il est probable que ce chiffre soit sous-estimé, car de nombreuses personnes ne consultent pas un médecin», affirme le Dr Garry Smith, coauteur de l’article. La partie du corps la plus amochée par le pelletage : les tissus mous tels que les muscles, tendons et ligaments, dans 54,7 % des cas. Les blessures au bas du dos sont aussi fréquentes (34,3 %). Moins jolies, les lacérations du visage dues aux coups de pelle représentent 15 % des afflictions recensées. Chicane de couple ou simple maladresse dans le maniement de l’outil? Mystère!

Autre danger : les glissades qui entraînent une chute! «J’ai vu des cas de fractures de la colonne avec déficit neurologique [NDRL : qui a entraîné une paralysie]», dit le Dr Charbonneau. Heureusement, ce n’est pas fréquent!

Toutefois, le pelletage peut être fatal. Aux États-Unis, près de 7 % des accidents liés sont des crises cardiaques. Les gens âgés de plus de 55 ans sont particulièrement à risque selon cette même étude. Le fait de déployer un effort physique alors qu’il fait froid accentue le risque de défaillance cardiaque.

Ou est-ce le fait de voir la charrue se pointer devant l’entrée au moment même où on pense (à tort) avoir fini cette corvée?

Seuls Dieu et sa dame Nature le savent.

Quelle pelle choisir?

Votre pelle doit être légère (1,5 kg) et pas trop large, de façon à soulever moins de neige à la fois. Une étude parue dans la revue internationale Applied Ergonomics en 2003 conseille d’opter pour un manche ergonomique recourbé. Le manche doit être assez long pour atteindre votre poitrine afin de vous éviter de trop vous baisser. Enfin, le pousse-neige (ou pelle traîneau), qui permet de déplacer la neige sans la soulever, est plus indiqué que la pelle partout où c’est possible de l’utiliser!

Pelleter sans se blesser

Illustrations: Jérôme Mireault, colagene.com

Les erreurs qui ne pardonnent pas

Selon Ève Chaput, physiothérapeute à la clinique de physiothérapie du Plateau Mont-Royal, à Montréal

VOX POP

Pelleter, une affaire de gars?

«Je vois le pelletage comme une activité familiale, même si je dois dire que le gros de l’ouvrage est fait par mon amoureux.»
– Caroline, agente de recherche

«Le matin, si on a besoin de sortir la pelle, c’est mon chum qui y va. Le soir, après le travail, c’est mon tour étant donné que j’arrive plus tôt.»
– Annie, responsable de sites Web

«Je pense que même si j’étais en couple, je le ferais de temps en temps, car je préfère ça à sortir les vidanges. Et puis ça me détend. Je n’ai toujours pas investi dans une pelle digne de ce nom. J’utilise un balai. Pour la glace, habituellement je la fracture avec mes talons et ça part bien.»
– Camille, conseillère en éthique

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