Navigation des articles

jean-francois-venne

Le marché de la mobilité dans une nouvelle ère

app_mobile

En octobre 2012, la société Facebook devenait mobile first, c’est-à-dire qu’elle allait désormais développer ses systèmes en pensant d’abord aux applications mobiles, pour ensuite les adapter au Web. Une tendance marquée dans l’industrie, qui témoigne de la vitalité du marché de la mobilité.

Tiré du magazine Les carrières des TIC 2014.

La mobilité peut-elle sauver des vies? Marcel Curodeau, président de Medial Conseil Santé Sécurité, qui produit le site de formation sur la sécurité et la santé au travail LeCampus, en est convaincu. Depuis un an, les formations sont rendues disponibles par une application mobile pour tablettes électroniques. Les travailleurs peuvent donc accéder en tout temps à des informations cruciales sur les risques encourus dans certaines situations. «Par exemple, lorsqu’un travailleur œuvre en espace clos, les risques sont élevés et potentiellement mortels, illustre le président. Connaître ces risques est essentiel.»

Cet exemple incarne bien la tendance de la mobilité, qui ne se limite plus à la vente de biens, mais s’étend à plusieurs nouveaux secteurs, comme les services aux entreprises.

Le marché se diversifie

Les applications mobiles ont connu leurs premiers succès dans les secteurs traditionnellement présents sur le Web comme le tourisme, les loisirs ou la culture. Nebbio, une firme spécialisée en développement de solutions d’affaires mobiles, a conçu une application pour téléphones intelligents pour l’Office du tourisme de Québec. Cette réalisation lui a valu une nomination aux OCTAS 2013, un concours organisé par le Réseau ACTION TI, qui récompense l’excellence en TI au Québec. L’application est particulièrement appréciée parce qu’elle fonctionne aussi bien, que l’on soit branché au Web ou non. «Cela permet aux touristes venus de loin d’éviter les frais d’itinérance, souvent très salés», explique le président de l’entreprise, Éric Bégin.

Mais voilà que d’autres secteurs de l’économie s’y mettent. «On trouve de plus en plus d’applications mobiles du côté des banques, des compagnies d’assurance, et à l’intérieur même des entreprises. Certaines ont leur propre boutique offrant aux employés des applications développées à l’interne et d’autres provenant de l’extérieur», explique André Lapointe, directeur d’équipe Développement et technologie Internet au Centre de recherche informatique de Montréal.

Jonathan Hamel, président de G-NeTiX, une firme du Saguenay–Lac-Saint-Jean spécialisée en conception et développement d’applications mobiles, donne l’exemple de Go Fast Canada, qui commercialise des boissons énergisantes. La quinzaine de représentants québécois de cette entreprise est désormais équipée d’une tablette pour transmettre une foule d’informations commerciales aux clients à l’aide d’une application développée par G-NeTiX. Grâce à la géolocalisation, la direction connaît leur position exacte, reçoit les informations sur les ventes et peut gérer ses stocks en temps réel. «La compagnie nous a confié que cette application avait carrément fait la différence entre des pertes et des profits», soutient Jonathan Hamel.

Trouver la main-d’œuvre

«Le Conseil des technologies de l’information et des communications prévoit que le secteur des applications mobiles au Canada connaîtra une croissance de ses revenus de 54 % en 2014 et de 184 % en 2016, rappelle Chantale Gagné, conseillère pédagogique au Collège Ahuntsic, à Montréal. Il est impératif de former des travailleurs capables de répondre à la demande de main-d’œuvre que cela va provoquer.»

TECHNOCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications, recense au Québec environ 200 entreprises offrant des services en lien avec le développement d’applications mobiles. Selon Rémi Villeneuve, directeur adjoint, de 3 500 à 4 000 travailleurs effectuent principalement du développement d’applications mobiles. Un nombre beaucoup plus élevé de travailleurs y consacreraient également une partie de leur tâche.

«Depuis ses débuts, le développement mobile est surtout venu de personnes ayant appris sur le tas, en téléchargeant les modes d’emploi qui expliquent comment programmer pour iOS ou Android», dit Jonathan Hamel, qui admet avoir parfois éprouvé des difficultés à recruter de bons employés. Mais la situation commence à changer. Le Collège Ahuntsic offre depuis 2012 une attestation d’études collégiales en développement d’applications mobiles, et de plus en plus d’établissements scolaires emboîtent le pas. En 8 mois, à raison de 25 heures par semaine, les 24 étudiants de la première cohorte du Collège Ahuntsic ont appris à maîtriser les langages de programmation des différentes plateformes mobiles, de même que la maintenance de ces applications qui évoluent très rapidement, explique le coordonnateur du programme d’informatique de gestion, Antonio Tavares.

Très vaste, le secteur de la mobilité exige des compétences diversifiées. Rémi Villeneuve donne l’exemple du développement d’applications de jeux, qui exige une forte créativité artistique, une bonne maîtrise du 2D et de solides connaissances en mathématiques. «Il faut créer des algorithmes assez complexes pour réaliser un mouvement en apparence simple, comme la trajectoire des oiseaux dans l’application Angry Birds», illustre-t-il.

Course d’obstacles

Véritable ruée vers l’or, la montée des applications mobiles est aussi une course d’obstacles pour les entreprises. En ce qui a trait au développement, la mobilité présente des exigences bien précises. Les écrans sont relativement petits et les applications doivent reposer sur une moindre quantité de données qu’un site Web. En revanche, les écrans tactiles permettent d’innover, par exemple en programmant des fonctions différentes selon le nombre de doigts posés sur l’écran.

Différents langages de programmation sont utilisés pour créer des applications «natives», c’est-à-dire développées spécifiquement pour les plateformes iOS, Android, BlackBerry OS, etc. Beaucoup d’espoirs sont aussi placés dans le langage HTML5, qui a l’avantage de s’adapter aussi bien aux applications mobiles qu’aux sites Web. Mais aucune technologie n’a encore pris le haut du pavé. «C’est une période exaltante pour les développeurs, mais stressante pour les compagnies, qui ne savent pas si leurs choix technologiques vont tenir la route longtemps», estime André Lapointe.

Au-delà de la technologie, ce qui prime dans la mobilité, c’est l’expérience de l’utilisateur. Et ce dernier peut se lasser rapidement. Surtout qu’il a l’embarras du choix. Plus de 2 300 applications mobiles sont lancées chaque jour dans le monde. «Quand un utilisateur juge une application insatisfaisante, il la laisse tomber rapidement», prévient André Lapointe.

Pour tirer son épingle du jeu, il faut faire preuve de créativité, savoir se mettre à la place des utilisateurs et bien utiliser toutes les fonctionnalités de ces nouveaux outils. «Je recherche des gens curieux, passionnés par leur domaine, et qui s’efforcent de rester à jour dans cette industrie en mouvement, précise Éric Bégin. Sans cette passion, ils seront très vite dépassés.»

Un marché en progression

La montée en flèche des applications mobiles, en quelques chiffres…

  • 1 milliard : la firme spécialisée Gartner estime que les ventes de téléphones intelligents et de tablettes dépasseront le milliard d’unités en 2013.
  • 58 milliards de dollars : la valeur estimée du marché global de la mobilité en 2014.
  • 40 milliards : le nombre de téléchargements d’applications sur l’App Store d’Apple depuis 2008.
  • 750 000 : le nombre d’applications disponibles sur l’App Store d’Apple, contre plus de 700 000 sur Google Play, 150 000 sur Windows Phone Marketplace et près de 100 000 sur BlackBerry App World.
  • 0,0008 % : ce que représente la soixantaine d’applications de divertissement, de livres numériques, de musique et d’actualités produites au Québec par rapport à l’ensemble des applications disponibles sur l’App Store d’Apple.
  • 3 % : la part de marché de l’industrie canadienne des applications mobiles (775 M$ en 2012). Grands champions, les États-Unis en détiennent 20 %.
Partager

SUR LE MÊME SUJET