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Le marché de l’emploi dans les TIC en région

Si vous rêvez d’une carrière en TIC loin du brouhaha des villes, votre bonheur se trouve peut-être en région.

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Hors des grands centres urbains, point de salut pour une carrière en TIC?

À voir les statistiques, on pourrait le croire. À elles seules, les zones métropolitaines de Montréal et de Québec regroupent près de 85 % des entreprises en TIC, dont environ 70 % concentrées dans la région montréalaise.

«Les régions, ce n’est pas le Klondike pour les emplois en TIC», résume François Lemieux, directeur du module d’informatique et de mathématique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). «Je ne peux pas garantir à tous mes finissants un poste dans leur région comme pourraient le faire la plupart des établissements montréalais», précise-t-il.

En effet, le bassin d’emplois y est moins grand qu’à Montréal avec ses milliers d’entreprises en TIC. Toutefois, si les régions n’offrent pas, en proportion, une ruée vers un immense nombre de postes, ce n’est pas non plus le désert. Bien au contraire.

Loin de Montréal, peu de possibilités?

«Il y a de la job», assure Patrick Bélanger, chef de la technologie chez Nmédia Solutions, à Drummondville. Avec une cinquantaine de salariés, sa PME spécialisée en développement d’applications pour le Web doit même refuser des mandats, faute de programmeurs disponibles. Selon lui, les TIC se prêtent particulièrement bien au travail en région. «La majeure partie du travail se fait derrière un ordinateur. Les rencontres avec les clients n’occupent que de 3 à 4 % du temps. Être en région ou à Montréal ne change donc pas grand-chose.»

Plusieurs métiers sont bénis des régions : ceux qui exercent en soutien technique, les analystes en informatique et les professionnels du marketing Web en général.

Les ouvertures hors des grands centres urbains sont légion, mais elles sont peu connues des jeunes, d’après Pierre Ricard, analyste-intégrateur chez Epsilia, une PME spécialisée dans le développement logiciel et les technologies sans fil à Trois-Rivières, et président de la section Mauricie–Centre-du-Québec du Réseau Action TI. «Qui sait qu’il y a des emplois dans le logiciel libre dans notre région?» demande-t-il, en ajoutant que les diplômés des établissements régionaux ne sont pas assez nombreux pour couvrir la demande des entreprises locales. «Le recrutement est déjà un problème majeur pour les entreprises régionales en TIC et cela va s’accentuer avec les besoins de remplacement des départs à la retraite.»

Des défis «comme les grands»

Avec l’expansion d’Internet haute vitesse, le fossé technologique qui séparait les régions des grands centres est comblé. Et de plus en plus d’entreprises, peu importe leur localisation, jouent maintenant sur l’échiquier mondial. «Tout comme celles de Montréal, nos entreprises se déploient à l’international. On vit la même réalité», explique Pierre Ricard. Un sentiment que partage Patrick Bélanger dont l’entreprise a remporté un prix lors du prestigieux concours pancanadien Microsoft Partner Network IMPACT Awards en 2011 dans la catégorie Partenaire de développement Web de l’année. «On a notre lot de défis stimulants et de grands contrats pour des clients montréalais et pancanadiens», dit-il.

Et même si certains postes en région peuvent sembler loin des pôles urbains, c’est peut-être l’occasion de voir du pays. «Chez Epsilia, nous avons des mandats au Mexique pour lesquels nous envoyons sur place certains de nos employés en informatique», illustre Pierre Ricard.

Moins de diversité

Certains professionnels, particu­lièrement ceux qui exercent des métiers plus généralistes comme les informaticiens et les programmeurs, auront davantage de facilité à se placer hors des grands centres. «C’est sûr qu’il y a des emplois très spécialisés pour lesquels les ouvertures sont limitées, comme les postes d’experts en RFID, un secteur où l’on travaille avec des puces électroniques miniatures de radio-identification», ajoute Pierre Ricard. Plusieurs autres métiers sont cependant bénis des régions : ceux qui exercent en soutien technique, les analystes en informatique et les professionnels du marketing Web en général…

«Il y a aussi une forte demande du côté des secteurs de la réseautique, la cybersécurité, les infrastructures, les bases de données, les télé­communications», assure Josée-France Simard, chef de services TI, gestion de la demande et formations TI à Rio Tinto Alcan au Saguenay et présidente de la section régionale d’Action TI.

Des gamers, même en région

Prenez le jeu vidéo, de loin le sous-secteur des TIC le plus concentré autour des centres urbains. Travailler en région ne signifie par pour autant abdiquer sa passion des manettes. «J’ai beaucoup d’anciens étudiants en jeu vidéo qui se sont placés dans la région, notamment au sein du studio BlooBuzz, à Saguenay, racheté en février 2012 par Quebecor Media», affirme François Lemieux. Selon lui, la situation évolue. «Il y a quelques années, faire un jeu vidéo nécessitait des équipes colossales et des studios disposant d’équipements à la mesure de ces projets, comme ceux d’Ubisoft à Montréal. Avec la mobilité des équipements, ce genre de jeu a perdu de l’intérêt au profit de petits jeux de plus en plus populaires sur Facebook ou sur les téléphones intelligents. Et pas besoin d’être à Montréal pour faire ça», précise-t-il.

Autre débouché intéressant pour les diplômés : les emplois dans des entreprises qui ne sont pas spécialisées en TIC. Au Québec, plus de la moitié des pros en TIC exercent leur métier dans le secteur financier, les services, le secteur manufacturier, etc. «Les firmes en ingénierie offrent beaucoup de services en TI et ont besoin de professionnels, tout comme le secteur industriel, fortement présent dans une région comme le Saguenay», affirme Josée-France Simard. «Pour se démarquer, les PME ont tout particulièrement besoin des TIC pour améliorer leurs processus et leur compétitivité», ajoute Pierre Ricard.

Qualité de vie

Des attraits, les régions n’en manquent pas. Au premier rang, la qualité de vie s’avère une valeur sûre pour attirer de futurs employés. «Le stress est bien moindre qu’en métropole. Les employés le constatent tous les jours. La plupart mettent moins de dix minutes pour arriver au bureau», affirme Patrick Bélanger.

Un avis que partage André Fortin. Coordonnateur de services TI à Rio Tinto Alcan à Jonquière, il a choisi de retourner travailler en région, en avril 2011, après dix ans passés à Montréal. «J’ai grandi en région et, à l’arrivée de mon second enfant, j’étais nostalgique de la qualité de vie. Se rendre au travail, élever ses enfants, tout est plus facile ici, il y a moins d’irritants.» Il avait même envisagé une diminution de salaire, jusqu’à 10 %, qu’il n’a finalement pas eu à consentir. «Une heureuse surprise», confie-t-il, qu’il doit essentiellement au fait d’avoir intégré une grande entreprise, chose rare en région.

Se rendre au travail, élever ses enfants, tout est plus facile ici, il y a moins d’irritants.
André Fortin, coordonnateur de services TI à Rio Tinto Alcan

Ceux qui souhaitent exercer hors des centres urbains ont donc plus de chances d’atterrir dans une PME. Un avantage pour ceux qui veulent évoluer professionnellement, croit Patrick Bélanger. «L’éventail de tâches confiées au salarié sera plus large : s’ils en ont l’aptitude, nos programmeurs transigent directement avec les clients, alors que dans une grande entreprise, ce rôle serait assuré par un chargé de compte.» Mais un désavantage certain pour ceux qui ne tiennent pas en place après quelques années dans la même entreprise. «La dynamique est très différente de celle de Montréal, car il y a moins d’occasions localisées dans un même secteur. Les gens sont donc moins libres de changer d’employeur», estime Josée-France Simard.

Attirer et retenir

Malgré une qualité de vie enviable, attirer des travailleurs en région n’est pas toujours simple. «Les PME ne disposent pas des mêmes moyens que les grosses entreprises pour publiciser leurs annonces», explique Pierre Ricard, dont la section régionale du Réseau Action TI organise chaque année un colloque permettant aux PME de sa région de présenter leur savoir-faire aux jeunes diplômés en TIC.

Du côté des diplômés, la recherche d’un emploi en région nécessite souvent plus de réseautage. «En région, les acteurs des TIC se connaissent bien. Un jeune a donc tout intérêt à se faire activement connaître auprès des entreprises en les contactant directement et en n’hésitant pas à faire du porte-à-porte pour les rencontrer», conseille Josée-France Simard. Une démarche proactive que recommande également François Lemieux, tout en suggérant aussi aux diplômés de ne pas hésiter à se lancer en affaires. «En région, il y a un grand souci d’aider la collectivité à se développer. Un jeune qui a une bonne idée aura toute l’aide nécessaire pour démarrer son entreprise.» Par exemple, le Centre de développement technologique en jeux vidéo et en informatique de l’UQAC offre aux porteurs de projets innovants l’accès gratuit à des locaux et des équipements. L’occasion de faire coïncider grands espaces et grands projets?

Moins payante la région?

Choisir de travailler en région implique souvent un salaire moindre. Par exemple, le salaire de base réel d’un programmeur-analyste est de 54 400 $ à Québec, de 59 500 $ à Montréal et de 51 600 $ en moyenne pour les autres régions, selon l’enquête réalisée en 2012 par TECHNOCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications. Cette perte de revenu est compensée par un coût de la vie moins élevé selon Patrick Bélanger, qui note que «les jeunes diplômés sont prêts à accepter des offres salariales bien moindres pour bénéficier d’une certaine qualité de vie».

Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Cet article est tiré du guide
Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

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